‹ La morale des religions [microform]Chapitre 88 sur 340 · LA RELIGION ET L ÉVOLUTION MORALE GRÉCOROMAINE · texte numérisé non relu

LA RELIGION ET L ÉVOLUTION MORALE GRÉCOROMAINE

d'adeptes. S'il devint rapidement la religion des esclaves et des plébéiens, c'est que les uns et les autres étaient restés plus ou moins étrangers aux cultes de la famille et de la cité. Contrairement à ce qui se produisit chez tous les peuples sémites et, plus particulièrement , chez les Hébreux, Rome et la Grèce ne connurent jamais de classe sacerdotale. Dans ces pays, l'aristocratie eut toujours soin de se réserver les fonctions pontificales. Le chef politique de la cité était, en même temps, son chef religieux ; c'est lui qui offrait les sacrifices au foyer de la cité. A Rome, sous la monarchie, le « costume du roi était celui du souverain dieu ; le chariot promené dans la ville où tout le monde va à pied, le sceptre d'ivoire avec l'aigle, la figure peinte en vermillon, la couronne en feuilles de chêne d'or, appartiennent au dieu romain comme au roi' ». Le roi n'était pas seulement le prêtre de la cité: il était, en quelque sorte, l'incarnation du (lieu auquel il sacrifiait sur le foyer de la cité.

Lorsque la République eut remplacé la royauté, les consuls auxquels fut confié le pouvoir exécutif furent, à leur tour, les souverains pontifes du culte de la cité. Ils offraient les sacrifices, consultaient les augures, accomplissaient, en un mot, tous les actes principaux du sacerdoce. On avait créé, en même temps que les consuls, un rex sacrorum en qui était incarné nominalement le caractère sacré des anciens rois, mais ses fonctions étaient à peu près nulles. Les consuls seuls étaient, en réaUté, les souverains pontifes de la rehgion nationale et leur autorité religieuse passait, avec leur puissance civile, a leurs successeurs. Il existait encore trois collèges de prêtres : celui des augures, celui des pontifes et celui des gardiens des oracles, auxquels on ajouta plus tard celui des maîtres des banquets sacrés : mais toutes ces charges étaient réservées aux membres des familles riches ou aristocratiques. Elles ne pouvaient pas se transmettre de père en fils. Il ne put donc jamais se former à Rome une classe sacerdotale. Les fonctions religieuses y furent toujours plus ou moins associées aux charges civiles ou militaires. |

l. Fustel de Coulanges, La Cilé antique, livre IV, chap. vu.

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