CHAPITRE VUI
^ Dans 1 Inde, c'est seulement vers le v« siècle avant notre ère que la religion formula des lois morales précises et émit la prétention de moraliser 1^ peuple au nom de la divinité en réglant d'une façon minutieuse tous les actes de sa vie' Ce qui, d'abord, avait dominé, parmi les aryens de 1 Indoustan c'était la morale naturelle, avec sa lutte incessante entre l égoïsme des individus et des familles et l'aitruisme qui naît forcément des relations entretenues par les individus ou les familles avec d'autres individus et d'autres lamiiies. La religion avait consacré, dès les premiers temps de son apparition, l'esprit de domination de l'homme en l instituant prêtre de la famille en même temps que propriétaire de tous ses biens et maître de tous ses membres; mais 1 autorité du chef de famille se trouvait tempérée par es sentiments affectifs dont il était animé à l'égard de sa emme et de ses enfants. La religion n'ayant pas formulé de lois morales précises et fixes, ses prescriptions se modifiaient en même temps que la moralité privée ou publique. La société aryenne n'était point parfaite; loin de là; mais elle évoluait conformément aux besoins naturels et aux nécess es des relations sociales. La moralité n'était influencée que dans une très faible mesure par la religion.
Lorsque les chefs de famille furent remplacés dans le culte par des prêtres professionnels, la religion fit davantage sentir
TociZr"\ '"' ^^'"^"^^"'^ ^' ^^ '«^-^^ individuelle et
hnrll 1 '^ "' ^"* P^''' '""^^ ^ ^"«Pi^^^ 1« conduite des hommes ; le prêtre, avec ses intérêts, y intervint de plus en
Laîiessan. Reliifions.
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plus, au fur et à mesure du développement de son autorité. Lorsque celle-ci fut solidement assise et docilement acceptée par toutes les classes de la société, le corps sacerdotal la consacra par une Loi religieuse et morale qui devint, comme chez les Hébreux, un véritable code civil.
La religion fut, dès lors, la directrice souveraine de la conduite des hommes et l'inspiratrice de la morale pubhque aussi bien que de la morale privée. C'est donc elle qui, à partir de ce jour, assuma la responsabiUté de l'évolution morale et sociale qui se produisit dans la société aryenne de rindoustan. S'il y eut progrès, c'est à elle qu'il en faut attribuer l'honneur, s'il y eut déchéance, c'est elle qui en doit subir le reproche. L'examen que nous allons faire des lois sacrées de l'Inde et de leurs effets nous donnera les conclusions auxquelles il convient de s'arrêter.
Le Code sacré des Hindous date probablement du V siècle avant notre ère. Il porte les traces incontestables de son origine aryenne. C'est bien en vue de la société aryenne de ce temps qu'il a été conçu, car il consacre l'organisation dans laquelle se trouvait alors cette société. Toutefois, à côté des prescriptions qui révèlent l'esprit aryen et qui découlent de l'état de la société aryenne, on en trouve dont la source est manifestement différente et qui rappellent beaucoup certaines règles des Livres sacrés des Hébreux. Si l'on se rappelle que ceux-ci remontent au x« siècle avant notre ère, que leur édition officielle et définitive est de 800 ans avant J.-C. et que dès cette époque, longtemps mêmeavant elle, les juifs eurent des relations avec l'Inde à travers la Perse, il sera facile d'admettre que des prêtres israélites exercèrent plus ou moins directement une intluence sur la rédaction des Lois de Manou. Le Manava-D/iarma- Saslra est, à coup sûr, un Uvre aryen mais un livre aryen dans lequel l'esprit mosaïque s'est glissé.
Comme les Livres sacrés de Moïse, il se donne pour r œuvre delà Divinité elle-même dictée à Manou, c'est-àdire à l'Homme par excellence. (( Manou était assis, Ut-on dès les premières lignes du Manava-Dharma-Saslra, ayant sa pensée dirigée vers un seul objet ; les Maharchis (ou
grands Richis, saints personnages) l'abordèrent et, après l'avoir salué avec respect, lui adressèrent ces paroles : « Seigneur, daigne nous déclarer, avec exactitude et en suivant l'ordre, les lois qui concernent toutes les classes primitives, et les classes nées du mélange des premières. Toi seul, ô maître, connais les actes, le principe et le véritable sens'de cette règle universelle, existant par elle-même, inconcevable, dont la raison humaine ne peut pas apprécier l'étendue, et qui est le Véda. Ainsi interrogé par ces êtres magnanimes, . celui dontlepouvoircstimmense, après les avoir toussalués! leur fit cette sage réponse: « Écoutez » leur dit-il. » Suit alors une sorte d'histoire de l'évolution du monde, des êtres, des hommes et des classes des hommes de l'Inde analogue à la Genèse des Hébreux, puis ces mots: « Pour distinguer les occupations du Bralimane et celles des autres classes dans l'ordre convenable, le sage Manou, qui procède de l Ltre existant par lui-même, composa ce Code de Lois. Ce hvre doit être étudié avec persévérance par tout Brahmane instruit, et être expliqué par lui à ses disciples, mais jamais par aucun autre homme d'une classe inférieure. En lisant ce livre, le Brahmane qui accomplit exactement ses dévotions n'est souillé par aucun péché en pensée, en parole ou en action. Il purifie une assemblée, sept de ses ancêtres et sept de ses descendants, et mérite seul de posséder toute cette terre. Cet excellent livre fait obtenir toute chose désirable ; il accroît l'intelligence, il procure de la gloire et une longue existence, il mène à la béatitude suprême. La loi s'y trouve complètement exposée, ainsi que le bien et le mal des actions et les coutumes immémoriales des quatre classes. » Vient ensuite une énumération des diverses matières contenues dans la Loi, puis le paragraphe suivant qui termine le Livre I et qui rappelle l'origine du Manava- Dharma-Sastra: « De même que jadis, à ma prière, Manou a déclaré le contenu de ce Livre, de même vous, aujourd'hui, apprenez-le de moi, sans suppression ni augmentation. »
Au début du livre II, l'écrivain rehgieux revient sur le caractère de son ouvrage : « Quel que soit le devoir enjoint par Manou à tel ou tel individu, ce devoir est complètement
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LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS
déclaré dans la Sainte Écriture ; car Manou possède toute la science divine. — Il faut savoir que la Révélation est le Livre saint (Véda), et la Tradition, le Gode de Lois (Dharma- Sâstra) ; lune et l'autre ne doivent être contestées sur aucun point, car le système des devoirs en procède tout entier. » De même que les Livres de Moïse débutent par l'exposé des devoirs et des droits de la classe sacerdotale, le Gode sacré indien met au premier rang de ses prescriptions celles qui sont relatives aux Brahmanes. Mais, dans ce dernier ouvrage, toute la Loi sacrée est dominée par la division du peuple en quatre classes sociales très distinctes l'une de l'autre parleursfonction8,leursdroitsetleursdevoirs.(( Pour
la conservation de cette création entière, l'Etre souverainement glorieux donna des occupations différentes à ceux qu'il avait produits de sa bouche, de ses bras, de sa cuisse et de son pied. — Il donna en partage aux Brahmanes l'étude et l'enseignement des Védas, l'accomplissement du sacrifice, la direction des sacrifices offerts par d'autres, le droit de donner et celui de recevoir. — H imposa pour devoirs au Kchatriya de protéger le peuple, d'exercer la charité, de sacrifier, de lire les Livres sacrés, et de ne pas s'abandonner aux plaisirs des sens. — Soigner les bestiaux, donner l'aumône, sacrifier, étudier les Livres saints, faire le commerce, prêter à intérêt, labourer la terre, sont les fonctions allouées au Vaisya. — Mais le souverain maître n'assigna au Soûdra qu'un seul office, celui de servir les classes précédentes sans déprécier leur mérite. — Parce qu'il est né le premier, parce qu'il possède la Sainte-Écriture, le Brahmane est de droit le seigneur de toute la création ^ »
Insistant sur la supériorité des Brahmanes, le Gode sacré ajoute: « Parmi tous les êtres, les premiers sont les êtres animés ; parmi les êtres animés, ceux qui subsistent par le moyen de leur intelligence : les hommes sont les premiers, entre les êtres intelligents, et les Brahmanes entre les hommes . — La naissance du Brahmane est l'incarnation éternelle de la justice; car le Brahmane, né pour l'exécution