LA RELIGION ET L'I^VOLUTION MORALE GRÉCO-ROMAINE
le défendait aux femmes. Il était ordinaire que le costume fût fixé invariablement par les lois de chaque cité ; la législation de Sparte réglait le costume des femmes, et celle d'Athènes leur interdisait d'emporter en voyage plus de trois robes. A Rhodes, la loi défendait de se raser la barbe ; à Bizance, elle punissait d'une amende celui qui possédait chezlui un rasoir ; à Sparte, au contraire, elle exigeait qu'on se rasât la moustache. L'État avait le droitdenepas tolérer que ses citoyens fussent difformes ou contrefaits. En conséquence il ordonnait au père à qui naissait un tel enfant de le faire mourir... Dans un temps où les discordes étaient fréquentes, la loi athénienne ne permettait pas au citoyen de rester neutre ; il devait combattre avec l'un ou l'autre paru : contre celui qui voulait demeurer à l'écart des factions et se montrer calme, la loi prononçait une peine sévère, la perte du droit de cité... A Sparte le père n'avait aucun droit sur l'éducation de son enfant... L'État n'avait pas seulement, comme dans nos sociétés modernes, un droit de justice à l'égard des citoyens. Il pouvait frapper sans qu on fût coupable et par cela seul que son intérêt était en jeu. Aristide assurément n'avait commis aucun crime et n en était même pas soupçonné ; mais la cité avait le droit de le chasser de son territoire par ce seul motif qu'Aristide avait acquis par ses vertus trop d'influence et qu'il pouvait devenir dangereux, s'il le voulait. On appelait cela l'ostracisme... Or, l'ostracisme n'était pas un châtiment: c'était une précaution que la cité prenait contre un citoyen qu'elle soupçonnait de pouvoir la gêner un jour... On pensait que le droit, la justice, la morale, tout devait céder devant l'intérêt de la patrie. » Ajoutons que toutes ces idées étaient consacrées par la religion, mais n'avaient pas été inspirées par elles comme le supposait Fustelde Coulanges. L'erreur capitale de son bel ouvrage consiste à chercher dans la religion de la cité la source des opinions professées par les (^recs et les Romains et mises en pratique par eux dans leurs sociétés. Leurs opinions relativement à l'État sont nées des besoins sociaux ou de la concurrence sociale ; elles turent mises en pratique sous l'influence de ces besoins
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LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS
OU (le cette concurrence ; la religion ne fit que consacrer une organisation qui l'avait précédée.
En résumé, il est impossible d'attribuer à la religion aucun rôle directeur dans la formation et l'organisation des sociétés grecques et romaines, pas plus qu'on ne peut la considérer comme ayant été un élément moralisateur de ces sociétés. Elle s'est montrée pure dans la phase de pureté relative du corps social : elle s'est corrompue en même temps que lui : il est même venu une époque où elle s'est jointe à tous les autres éléments de démoralisation pour faire rétrograder la moralité publique et privée.
On dira peut-être que si la religion n'a pas exercé, dans les sociétés grecques et romaines, l'influence moralisatrice qu'on attribue d'ordinaire et d'une façon générale aux religions, c'est parce que ni celle des Grecs ni celle des Romains n'ont formulé leurs prescriptions dans des codes analogues aux Livres sacrés des Hébreux. A cette objection il serait facile de répondre que l'évolution de la moralité privée ou publique ne fut que bien peu influencée dans le sens du progrès par les codes religieux des juifs, que même, à certains égards, leur évolution ascendante s'en trouva considérablement gênée. Cependant, les prescriptions de ces codes étaient représentées comme l'œuvre de la divinité, elles étaient fort sévères, et leurs sanctions étaient d'autant plus terribles qu'elles devaient se manifester dans le cours de la vie terrestre.
Des faits analogues sont révélés par l'étude de la société aryenne de l'Inde. Comme la société hébi-aïque, elle eut, à partir d'une certaine époque, des Livres sacrés et un code moral d'origine religieuse, mais l'évolution de la moralité privée ou publique ne fut que très faiblement favorisée par ces Livres et ces codes sacrés. Les proscriptions de ces derniers allèrent même souvent à [encontre de l'évolution momie qui se serait produite sous l'influence de la seule nature. Par contre, nous verrons dans la société romaine, l'évolution ascendante de la moralité s'opérer très nettement sous l'influence de la philosophie qui détruisait les anciennes religions.