‹ La morale des stoïciens [microform]Chapitre 1 sur 58 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

Nous n'avons pas la prétention d'exposer la doctrine des Stoïciens. Des maitres éminents nous l'ont fait connaitre avec un talent digne d'une si noble cause ; mais leurs savantes études n'ont pas rendu plus accessible la hauteur prodigieuse à laquelle ces grands types de l'humanité se sont élevés par leur vertu. Ceux qui les admirent le plus les voient toujours planer dans des régions sublimes où il leur semble impossible de les suivre. On dirait même que, plus ils les respectent, plus ils désespèrent de les imiter. A la vénération sincère et profonde qu'ils éprouvent pour une vertu si haute, se mêle une sorte de crainte de quelque chose qui est au-dessus, sinon en dehors de la nature humaine. Telle est l'impression générale que nous avons constatée à l'égard des Stoïciens. Faut-il en chercher la cause dans une idée fausse de la force d'âme dont les erreurs et les excès même ne diminuent pas la grandeur ? ou dans la faiblesse humaine qui essaie

d'excuser son inaction en se reconnaissant impuissante à réaliser le bien ? Nous sommes porté à croire que c'est autant une connaissance incomplète qu'une volonté faible qui empêche la plupart des admirateurs des Stoïciens de devenir leurs imitateurs. Ils concluent de certains actes ou de certaines paroles séparées de ce qui les précède et de ce qui les suit, que ces héros étaient des géants dans le domaine moral, qu'ils avaient reçu du ciel une vertu extraordinaire pour accomplir leur œuvre gigantesque et que cette vertu, qui avait sa raison d'être dans les siècles de tyrannie et de corruption, serait aujourd'hui excessive et même monstrueuse. Tout en rendant hommage à l'indomptable énergie et a l'inflexible fermeté de ces nobles témoins de la dignité humaine, ils leur reprochent de ne s'être élevés. à une hauteur si grande qu'en méconnaissant ou en étouffant les sentiments les plus légitimes.

Nous avons la ferme conviction qu'une étude approfondie des écrits des Stoïciens corrigerait une opinion si erronée. Aussi, dans l'espoir d'éveiller le désir d'entrer en communication avec la pensée de ces grands maîtres de l'humanité, avons-nous essayé de recueillir ce qui nous semble le mieux caractériser leur morale. Nos modestes efforts seraient trop bien récompensés si ces textes pouvaient faire pénétrer dans l'âme des lecteurs ce

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