‹ La morale des stoïciens [microform]Chapitre 2 sur 58 · PRÉFACE III · texte numérisé non relu

PRÉFACE III

qu'ils ont fait sentir à la nôtre, savoir, que les Stoïciens ne sont pas sortis de l'humanité, qu'ils ont compris et respecté la nature humaine, et qu'ils l'ont aimée par-dessus tout, puisqu'ils l'ont voulue grande et digne de sa nature divine. Ils ont vu sa grandeur dans son libre arbitre qu'ils se sont efforcés de garder en eux-mêmes et dans les autres. Ils ont travaillé à s'affranchir de tout ce qui ne dépend pas du libre arbitre, à perfectionner leur âme à l'image de Dieu, à contribuer à l'harmonie universelle par la justice, la bienveillance et l'amour. Si, dans leur sainte passion pour le bien, ils se montrent parfois trop ardents, impatients, absolus, qui oserait le leur reprocher? Si, en luttant contre le mal, ils semblent souvent insensibles à la douleur, c'est qu'ils sont exaltés par la grandeur de la fin qu'ils poursuivent. S'ils poussent à Textrême le détachement, s'ils sont forts jusqu'à paraître inhumains, qui pourrait leur refuser son admiration, même dans leurs exagérations ? Si le sentiment de leur dignité les rend fiers et même hautains en face de toute servitude, qui ne les en respecterait davantage?

On nous reprochera peut-être d'avoir mis quelquefois en parallèle les textes des Stoïciens et ceux des livres chrétiens. Mais l'Évangile ne peut rien perdre de son autorité par ce rapprochement. Et l'analogie que nous avons pu constater, entre certains préceptes de la morale stoïcienne et lés enseignements

de la morale chrétienne, nous montre avec évidence l'unité de la morale et les rapports intimes qu'il y a entre la loi divine et la conscience humaine. Nous ne croyons pas que ce soit manquer de respect au christianisme que de reconnaître que, dans tous les temps, Dieu a fait à l'humanité quelque révélation de la vérité morale. Il récompense les cœurs droits qui cherchent sincèrement la vérité pour se diriger selon la vérité, en leur donnant une intelligence supérieure de toutes les choses qui ont rapport à l'âme, à son origine et à sa destinée.' C'est ainsi que Socrate, Platon et les Stoïciens se sont élevés, par la rectitude de leur conscience et l'intégrité de leur vie, à des notions morales plus parfaites que la plupart de ceux qui étaient instruits par la loi de Moïse. Et parce que ces fidèles serviteurs de Dieu ne sont ni de l'Ancien ni du Nouveau Testament, faut-il douter qu'ils aient parlé et agi par une inspiration divine ? La loi de Dieu n'était-elle pas écrite dans leur conscience et dans leur cœur ? Saint Paul lui-même ne leur rend-il pas témoignage en disant que les incirconcis qui accomplissent la loi tirent leur louange de Dieu ? Nous aimerions cent fois mieux être exclu de la communauté des fidèles avec ces chrétiens de cœur, que d'y être admis avec les esprits étroits qui les écartent. L'idéal moral des Stoïciens ne nous parait pas différer sensiblement de celui des chrétiens : l'œuvre des chrétiens c'est de « dépouiller

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