‹ La Morale du bonheurChapitre 106 sur 106 · I..\ MOItALE DU nONIIEUU · texte numérisé non relu

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cours de ce livre et dans la conclusion de la Crojance en Dieu. Elle a même gagné avec le temps, au lieu de se calmer. On ne se borne plus maintenant à souhaiter la disparition du catholicisme. On déclare qu'il agonise et même qu'il est mort ; on en sonne les glas avec un air de triomphe.

Je n'imagine rien de plus contraire au succès de la recherche qu'un pareil parti pris. Veut-on dire sur le cathoicisme des choses qui servent réellement, il est une précaution préalable à prendre. Il faut d'abord en faire une étude loyale, et non plus dans ces livres de piété trop nombreux qui font mourir la foi; mais dans ses documents authentiques, qui sont surtout l'Evangile et les définitions des conciles. Que l'on passe six ou sept ans de sa vie, et sans autre désir que celui de se renseigner, à pénétrer le sens de cette doctrine, à dégager les idées qui la commandent : il n'y a que ce travail qui puisse être utile. Vive ceci! à bas cela! de telles exclamations ne sont à leur place qu'en politique. J'ajoute que, chez ceux qui suivent ce procédé, il sera bien difficile que le respect ne succède pas au mépris. Outre que l'idéal du christianisme renferme des principes dont la fécondité morale n'est plus à démontrer, ils'est assimilé sur sa route tout ce que l'humanité a jamais pensé de meilleur et de plus solide.

L'instinct contempteur des moralistes à l'Auguste Comte ne s'arrête pas aux idées chrétiennes ; il s'étend à tout le passé de notre race.

C'est entendu, les vieux n'ont rien pensé de valable. Et comment pourrait-il en aller autrement, puisqu'ils ont cru à la métaphysique, voire même à la religion? Il n'y a

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donc qu'à recommencer. Et l'on recommence, comme si le monde était né d'hier; puis on recommence encore, avec la même illusion. De là une poussière nébuleuse de petits essais toujours plus étranges, toujours plus caducs, et qui se détruisent les uns lesautres. Cette sorte d'individualisme ne peut être que stérile. Le chêne ne grandit qu'en ajoutant le présent au passé. Il en va de m^me pour la science : elle est chose essentiellement collective.

Il est donc temps, il est grand temps de changer à la fois et la méthode et l'esprit qu'on apporte à l'étude du problème de l'aclion.Le positivisme, en morale, c'est un cul-de-sac. I>a haine est sophistique; elle ne peut avoir qu'un résultat, qui est d'embrouiller les questions. Et le génie tient sa force du passé qu'il résume : c'est là qu'il a puisé sa sève et qu'il trouve sa base d'élan.

La crise morale sera près de se calmer, le jour où l'on comprendra qu'il faut innover dans la tradition.

Paris, 9 mai 1009.

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