I. V. G. L. DuPBAT, loc. cil., p. io4-io
pourtant catholique et qui pratique sa foi. Ces paroles traduisent l'état général des consciences. Nous souffrons d'une sorte d'anémie mt'-taphysique : ce qui a pâli dans nos âmes, ce n'est pas seulement la force de pousser logiquement nos pensées, c'est aussi l'aptitude à croire.
Voilà les méfaits de la critique contemporaine. Ils sont graves : ils le sont en eux-mêmes et plus encore par leurs conséquences pratiques, A quoi tiennent-ils donc? Quelle en peut être la cause ?
Hypnotisé par les progrès qu'ont réalisés les sciences positives, on a voulu construire la morale à leur image. On a voulu fonder une morale qui fût libérée de tout élément métaphysique, qui ne comprît que des faits et des lois. Le grand effort a été d'édifier une éthique purement expérimentale.
Cette tentative n'a pas d'aboutissant; elle est condamnée d'avance et de par la nature des choses. La morale prend son point de départ dans l'expérience, elle y retourne et pour la dominer; mais, entre ces deux extrêmes, elle décrit une courbe hardie oii s'échelonne toute une série de concepts d'ordre purement déductif ; et c'est là ce qui la constitue et la fonde. L'agent moral déhorde les limites de l'intuition et par sa fixité et par la liberté qui le spécifie; l'existence des personnes auxquelles il doit respect et amour, ne peut s'établir qu'en vertu d'une inférence rationnelle, vu que le moi de nos semblables n'est
BILA^ DE LA CR[SE MORALE. 2"j'j
pas pour nous l'objet d'une perception immédiate. En ,quoi consiste le prix de la vie? Quel est le fondement de l'obligation morale? Deux questions énormes qui nous conduisent par degrés jusqu'aux cimes les plus hautes de la métaphysique.
Travailler à construire une morale exclusivement positive, c'est vouloir que tous les points d'une circonférence ne soient pas à égale distance de leur centre. Les constructeurs d'éthique qui ne veulent que des faits, qui ne jurent que par les faits, auraient dû procéder à la manière des géomètres : au lieu de se mettre naïvement à la remorque de la science, ils auraient dû se demander en premier lieu si leur problème était possible. Cette question préalable et qui s'imposait, les eût préservés d'un labeur à la fois inutile et funeste.
Égarés par la mode scientifique, les moralistes de notre époque l'ont été en même temps, du moins d'ordinaire, par la haine et le dédain préconçu du surnaturel chrétien.
Ce qui vous frappe et de plus en plus, quand on lit les œuvres de Renan, c'est son antipathie profonde à l'égard du catholicisme. Il eût mieux valu que cette religion ne fût pas; il faut qu'elle ne soit plus; elle n'a pas de fondement dans l'histoire; ses dogmes et ses vertus so nt irrationnels .voilà sa pensée de derrière la nuque et qui parfois s'accuse en termes formels; voilà son idée dominante ; et il en a comme une sorte de hantise qui fausse à chaque instant son beau génie. Cette disposition se retrouve à peu près partout dans la littérature philosophique de notre époque, suivant que je l'ai fait voir au