PREFACE
Notre siècle est une époque d'hypercriticisme. On y remue toutes choses, et le saint et le profane : l'homme n'a peut-être jamais mis tant d'audace à éprouver la vérité.
La morale ne pouvait échapper à cette enquête intrépide. Elle a fini par avoir son tour : voilà plus de soixante-dix ans que Ton discute sur le sens et la valeur des concepts qui la fondent.
Qu'a produit ce long et pénible effort ? des ruines surtout. La morale s'est précisée par certains aspects, élargie par d'autres ; mais elle a perdu contact avec ses supports naturels '. Depuis longtemps déjà, ce n'est plus qu'un édifice en l'air. On le peut nier; on le niera sans doute. Ce n'est pas moins un
I . Il faut dépasser l'expe'rience pour Ibnder une morale. C'est un point que M. Em. Boutroux s'efforce de mettre en lumière dans un article de la Revue Bleue {Le problème religieuse, i6 janvier 1909), après l'avoir déjà expose' sous une autre forme au cours de son livre intitule' Science et religion.