VI PRÉFACE
fait, et qui s'impose avec trop de force pour que Ton s'arrête à l'établir. Il n'y a guère plus que quelques politiciens à le contester.
J'ai cru faire une œuvre utile, en dégageant du passé aussi bien que du présent un certain groupe de principes qui me paraissent inattaquables, et sur lesquels la morale peut s'édiiier à nouveau.
Il m'a semblé d'abord que le bonheur constitue la fin suprême de la vie, qu'il est par là même la seule chose qui puisse donner quelque prix à notre existence.} Et, sur ce point initial, tout le monde s'accorde de gré ou de force, d'une manière explicite ou implicite; Rant lui-même n'a pu construire sa immorale qu'en y revenant.
I L'analyse m'a fait voir ensuite que de Tidée du
I bonheur dérive tout un système d'exigences individuelles, sociales et religieuses qui constituent l'ensemble de nos droits et de nos devoirs.
Mais, en même temps, il m'a paru manifeste que l'on ne peut s'en tenir là. Le bonheur est ce qui fait le prix de la vie; mais qu'est-ce qui fait le prix du bonheur lui-même? D'où vient qu'il possède un— valeur morale? L'obligation se fonde directement sur l'ordre naturel des choses; mais ne faut-il pas remonter plus haut pour en trouver la raison dernière? D'autre part, si la loi morale ne peut commander qu'à condition d'être juste, ne suppose-t-elle pas une vie ultérieure où l'ordre ait enfin le dessus?
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