‹ La morale du judaísmeChapitre 27 sur 35 · HËSUHÉ DE LA THÉORIE MORALE DE LA PAROLE · texte numérisé non relu

HËSUHÉ DE LA THÉORIE MORALE DE LA PAROLE

la boone parole est ce qu'il y a de pins désirable ; la mauvaise parole, ce qu'il y a de plus détestable. (Valkra Rabba, sect. 33.)

.àpr^s avoir envisagé sons ses différents aspects, beaux et laids, gais et tris^tes^ attrayants et repoussants, le puissant organe de la parole, il importe de résumer, «n les condensant, les enseigntemenis qui découlent de notre exposé contradictoire^ et qui Tont été dans radmirable sentence proverbiale ,: m La mort et la vie sont au pouvoir de la langue (2). » Oui,, ittnt qu'elle reste fidèle à sa célesle origine, imessagère de la •Providence à Tinstar des anges et des archanges^ esiprit qui j[)arle (3), elle est la vie. Auxiliaire de la parole révélée, aussi iiabiie à en répandre la semence qu'à en distribuer les fruits^ ôHe est une bénédiction. Quelle puissance peut être jcomparée à celle de la noble parole ramuan^t les cœurs, faisant vibrer les ^)ordes intimes, nous .pétrissant comme une pâle molle entre les mains de Kartiste inspiré, nous faisant passer parles sensations les plus diverses, par les émotions les plus opposées, die la haine à llamour, de la colère à la pitié, de rindignation à la i)ieinfveillanGe, de rhocrearàl-admiration^ de raipathieà liâorthoiLâiasme! FiUe.de la :parole âe ^Dieu, elle est créatrice à^son IMT, opère des miracles, mirades <de ciiarilé, de piété, 4e ivertuietide bienfaisanoe. Pareille aux «avoyés de Dteu^ elle sait À son «gré e&flier iku «iwsser des Aot^, icalmer rou e;u(it8r

(t) Osée, H, 10. (s) Genèse, II, t; Ookelos, ibld.,

(«) ProTerke4,xvi;:ti. Kl>baa m'nb.

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les vagaes populaires, en précipiter les mouvements vers le but qu'elle se propose. Ce professeur qui, du haut de sa chaire, vulgarise les mystères des sciences physiques ou métaphysiques, les expose dans un langage clair, limpide, accessible à toutes les intelligences, n'est-il pas un organe de la parole de Dieu? Ce défenseur du bon droit, ce champion de la veuve et de Torphelin, cet avocat qui plaide la cause de la faiblesse •contre la force, de la vérité contre le mensonge et la perfidie, ce vir bonus dicendi peritus que le paganisme a oonnu, n'est-il pas l'éloquent interprète de la parole de Dieu? Et ce tribun, cet orateur politique, pérorant sur un plus vaste théâtre, parlant au nom de la patrie, de la prospérité nationale, de l'amélioration de la condition des masses, de la revendication des droits de l'homme, n'est-il pas un écho de la voix sacrée? Enfin ce prédicateur, organe des intérêts moraux et religieux, s'adressant à nos aspirations les plus élevées, nous prodiguant les enseignements de la théodicée et les leçons de la morale révélée, nous détachant doucement ou violemment des passions mondaines , des affections sensuelles , guérissant nos blessures avec un instrument non moins efficace que la lance d'Achille, nous transportant subitement dans les régions immaculées du spirituel, de l'infini, n'est-il pas une de ces langues de feu (1] semblable à celles des séraphins et des saintes Haïolh (2). Et si, descendant de ces hauteurs, arrêtant nos regards sur des scènes plus modestes et plus humbles, nous les portons sur cet instituteur qui inculque aux enfants les premières notions du vrai , du bien et du beau moral , en leur faisant épeler ces mots de religion, de vertu, de devoir, qui forment le mot d'ordre de la vie, ou sur cet homme du peuple, père de famille, qui endoctrine les siens, ou sur cet ami du pauvre qui fait appel à la charité de tous, ou sur ce promoteur de la paix prêchant partout l'union ou la concorde, ou enfiii sur ce citoyen loyal qui met son expérience et son jugement à la disposition de tous ceux qui viennent y recourir, ne reconnaissez-vous pas en eux de vrais serviteurs de la parole « des

(l) Ptaamef, CIV, 4. (â) Éiéohiel, III, IS et 13v

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anges, comme les qualifie le Psalmisle, forts, vaillants, exécutant avec intelligence les ordres de la divinité (i) »?

Mais voici maintenant le revers de la médaille. En face de cette statue de la sage Minerve vient se dresser la tête de la Méduse; à côté du cordial se distille le venin subtil de la parole malfaisante, brandon de discorde, engin de perdition, mine toujours prête à faire explosion, Saturne dévorant ses propres enfants, machine infernale vomissant la malédiction et la mort, Tinjure et la haine, la calomnie et la médisance, se mettant au service de toutes les mauvaises passions, provoquant Tagitation et la tempête, se trahissant par ses allures étranges, ici se creusant une voie souterraine comme la taupe, là procédant par bonds, par soubresauts de bête féroce, plus terrible que les roulements du tonnerre, que les grandes voix de la mer en fureur. Cet immense contraste n'a pas échappé au génie sagace de nos sages, qui ont su en tirer la moralité dans la parabole que voici : « Rabbi ordonna un jour à son domes- « tique de lui apporter le meilleur morceau de la boucherie, « et celui-ci lui rapporta une langue. Le lendemain il lui dit « de chercher le pire morceau de viande, et il rapporta encore « une langue. Comment se fait-il, lui demanda Rabbi, que la « langue soit tout à la fois ce qu'il y a de meilleur et ce qu'il « y a de pire? C'est que la bonne parole, répliqua le valet, est « ce qu'il y a de plus désirable, de même que la mauvaise paa rôle est ce qu'il y a de plus détestable (2). » Profonide vérité, applicable à la parole comme à tous les dons qui nous sont directement octroyés par Dieu ; ils ne sauraient être ni bons ni mauvais à demi : conformes k leur principe et à leur destination, ils tendent et nous conduisent à la perfection. Détournés de leur but et conservant dans leurs déviations mêmes une étincelle de cette flamme incandescente qui est comme l'essence des prérogatives divines, ils ne peuvent que dégénérer en fléaux, pareils à ces météores dont l'influence bénigne ou maligne laisse des traces profondes sur son passage.

Mais s'il en est ainsi , nous arriverons à un résultat , à une

(1) Pfaumes, GUI, JO. («) Vaïkra Rabba, tect. 33.

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cooelasion qui ne sera pa&da goût d« ces moralistes timorés, poar qui le but de Téthique, c'est Téquilibre des facultés et des paissions. Que Ton n'espère donc pas une juste et sage pondératioa entre les avantages et les inconvénients de la parole, telle- que la désirent tes esprits méticuleux^ les partisans d'unie! neutralité qui n'est souvent qu'une paralysie déguisée^ en désaccord sur ce point avec la Révélation non moins qu'avec la réalité des choses. Sous le rapport dogmatique comme sous te rapport moraU la Révélation ne se contente pas de ce que l'oa appelle la médiocrité dorée. Nous l'avons vue naguère prottester contre le système des compensations en matière de ri^ munération future, et préférer à l'élimination réciproque du* mérite et du démérite la récompense du premier opposée ait châtiment du dernier (1). Elle est donc conséquente avec elteméme en définissant la parole « instrument de vie ou de mort, » ou bien a le meilleur et le pire des aliments », suivant la Tradition. Il faut en prendre son parti : le dernier mot de la mission humaine n'est pas cette pondération si chère aux éq-uilibristes moraux, plus ou moins entachés d^épicuréisme, mais le triomphe du bien sur le mal, fruit d'une lutte soutenue avec autant de courage que de persévérance. Or, pour que cette lutte soit sérieuse, digne du libre arbitre,' il) faut que le mal puisse produire tous ses effets, non moins que le bien ; il faut qu'ils parcourent l'un et l'autre toute la carrière du possible, sans quoi la lutte et, après eUe, la victoire, resteraient incomplètes. On comprend dès lors ce double pouvoir de la parole, condition essentielle du duel qui doit aboutir à un succès glorieux ou à une défadte honteuse.

£n ce qui concerne la réalité contemporaine, que nous apprend-elle à ce sujets Elle nous donne son opinion dans le fait te plus saillant de ta société modef n,e,. dans cette ultimm ratio qui se nomme la presse. La presse n'est-elle pas. l'expressioa la plus éclatante de ce double pouvoir ie k parente ? N'est-il pas vrai que, suivant te point de vue sovs leq;uel on l'envisage^ nous montrant l'une o» l'autre et ses deiKx faces da Janus,

(1) Voyez notre Proviétnee et Mitntinération, p. 297-998.

nous voyons en elle ou un ange da paradis , ou un i^émAn de Tenfer? D'un.côté, toutes lesqualités, toutes les vertus, tputes les perfections : nobte défense des bons principes, ardeut plaidoyer en faveur dertiumanitë souffrante, diffusion de lumières intellectuelles qui. poursuivent dans leurs derniers réduits les ténèbres. de Tignorance,* de la superstition, du fansktjsme. De l'autre, tous les vices, tous les crimes,. toutes les furies : excitation à la discorde et à la haine, appel à Tesprit de révolte, provocation au désordre et à la destruction, toj'che incendiaire lançant les matières intlammables aux quatre points cardinaux! Que devient donc le principe d'équilibre au sein de ce double et violent courant? La meilleure preuve de son impuissance n'est-elle pas dans les difficultés insurmontables qui s'opposent à la réglementation de cet instrument de propagande, dans cette législation de la presse que l'on fait, que Pon défait et que Ton refait comme la toile de Pénélope, sans espoir de l'amener jamais à bonne fin? On aura beau faire : dans le choix des moyens propres à combattre l'excès du mal, le meilleur sera toujours de lui opposer l'excès du bien. La vie et lu mort constituant deux attributs du langage, on ne saurait échapper à l'influence délétère qu'en l'étouffant sous la multiplication de ses actes bienfaisants. Là est la stabilité ; là est le salut. C'est le libre arbitre qui le veut ainsi , le libre arbitre qui ne s'accommode de chaînes ni d'entraves d'aucune nature, qui n'approuve que les victoires remportées par la raison s'inspirant des données de la parole révélée. Moïse nous l'a dit le premier : « Regarde, je place aujourd'hui devant toi la bénédiction et la malédiction. » La malédiction , c'est la mauvaise parole, déviant de la route du vrai et du bien, tombant de chute en chute, allant se corrompant et se dénaturant jusqu'à perdre tout souvenir de sa noblesse originelle, pour devenir ce rugissement de la béte qui n'a plus d'humain que le son. La bénédiction , c'est la parole servant d'expression aux idées , aux pensées et aux sentiments élevés, à la glorification divine, à l'instruction morale et religieuse, à l'enseignement littéraire et scientifique, à la défense du droit et de la loi, à l'invocation

de la charité publique et prirée, et finalement à la sanction de nos actes externes et internes en les soumettant au jugement de la parole suprême, qui n'a cessé et qui ne cessera de reten* tir, pas plus que cette voix du Sinai dont la sonorité est sans fin (1], répercutée par les innombrables voix de toutes les gêné* rations virtuellement présentes à cette manifestation universelle du verbe divin (3).

(t) Deatéronone» V, 19, tp'^ «bl; 0. (•} Deatéronoma, XXIX, 13 «t 14.

liatchi, îbid.

Flff DU TOME PREMIER.

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