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CHAPITRE II. — Des éléments constitutifs de la morale

révélée.

Pour la construction de tout monument il faut, outre la base et le couronnement, les matériaux qui servent à la formation de la charpente et du corps de bâtiment. Ayant trouvé la base et le sommet de notre édifice dans la ressemblance de rhomme avec Dieu, se réalisant par la sainteté, allons à la découverte de ces matériaux qui doivent le compléter.

§ l''*'. Amour et crainte de Dieu.

(3"> '* c>"557) ini5< nnni^bîi T^î'^. ''"^ ^? ^?T^

Craindre et aimer rÉternel ton Dieu.

' (Deutér., X, 12.)

On sera peut-être étonné de nous voir assigner la première place, dans cette édification, à la crainte et à Tamour de Dieu. Sont-ce réellement des principes d'action? Ne sont-ce pas plutôt des sentiments exclusivement religieux? A cet égard, nous ferons bien de nous en rapporter au double témoignage de la religion et de la psychologie. Celle-là nous les offre comme les deux puissantes et majestueuses colonnes de la Loi, de toute la Loi, individuelle et sociale, religieuse et morale (i). A son tour, la théorie des facultés de Tàme ne manque pas de nous indiquer l'amour et la crainte comme les moteurs principaux de nos déterminations. Les fonctions morales de la crainte sont claires comme l'évidence : c'est elle qui nous préserve de l'indolence, de l'apathie, du marasme où nous nous laisse-

(i) Deutér., V, 26; VI, 2, », 13 et 24; XIX, 9; XXVIII, 52; XXX, 6, 16 et 20; X, 5, 12 et 20; XI, 1 et 22 ; XVII, 19; XXXI, 12 et 13.

40 PREMIÈIIE PARTIE.

rions tomber plus souvent encore que de coutume, si nous ne sentions Taiguillon de ce vigilant gardien de notre salut. Elle en a une autre plus importante encore : c*est de servir de frein à nos passions, pareilles à ces chevaux fougueux que Ton ne parvient à dompter que par l'emploi du mors et de la muselière (1). Qu'est-ce qui nous arrête sur la pente du crime? c'est la crainte du châtiment; dans la voie de la prodigalité? la crainte de la misère; dans le honteux chemin des plaisirs frivoles et des satisfactions bestiales? la crainte d'encourir le mépris des hommes, jointe à celle de ruiner notre santé et notre fortune. Eh bien, la crainte de Dieu n'est pas autre chose que la résultante de toutes ces craintes partielles venant se fondre dans un sentiment supérieur, permanent, désintéressé, s'offrant à nous comme un fidèle compagnon et le régulateur de notre activité. Quant à l'amour, ne serait-il pas oiseux d'en démontrer la puissance? N*est-il pas l'agent provocateur de toute producr tion organique et inorganique, corporelle et immatérielle? Ne possède-t-il pas le mystérieux pouvoir d'enfanter des miracles, de nous précipiter au-devant des plus grands dangers, de nous rendre chers les sacrifices les plus durs, douces les épreuves les plus amères, faciles les tâches les plus épineuses? Or, si cette puissance magique réside dans le sentiment inconscient, soudain, produit d'une inspiration tantôt imparfaite, tantôt vicieuse, que ne sera-t-elle capable d'entreprendre et de réaliser quand elle jaillit de la source pure de l'amour divin ! Et puisque la raison et la foi sont d'accord pour saluer dans la crainte et dans l'amour les moteurs principaux du mécanisme humain, la révélation est dans son rôle quand elle revendique au nom de la divinité les prémices de ce double sentiment, de cette faculté de la sensibilité dont nous sommes si richement doués. N'oublions pas ce mot profond de la Tradition, à savoir que le gouvernement humain est calqué sur le gouvernement divin (2), avec cette différence toutefois que le dernier est in-

(0 Psaumes, XXXII, 9.

(a) Talmud, Beracholh, C2, fi<5>'ip'nn fc<r\1DÎ5a "pS^^ KS'nX^ ï^mD^a.

INTRODUCTION GÉNÉRALE. Ai

faillible dans ses directions ; plus nous le prenons pour guide, plus nous en écoutons et suivons les suggestions, moins nous sommes exposés aux déviations et aux erreurs de conduite.

Mais ici nous nous heurtons à une difflculté que nous ne pouvons passer sous silence. On nous recommande à la fois l'amour et la crainte de Dieu. Mais Tamour et la crainte ne sont-ils pas Tobjet d'un certain antagonisme, deux sentiments contradictoires, faits pour s'exclure plutôt que de concourir à un but commun ? Ne sont-ils pas habituellement mis en œuvre par des personnes ou par des situations diamétralement opposées? Peut-on aimer ce que l'on craint, craindre ce que l'on aime ? L'amour n'est-il pas alimenté par l'attraction, de môme que la crainte se nourrit de répulsion? L'objection serait grave, si la crainte de Dieu pouvait être confondue avec le sentiment vulgaire de la peur, peur du juge, peur de la pénalité, peur du pouvoir ou des caprices d'un despote. Est-ce bien ainsi qu'il faut entendre la crainte de Dieu? Non certes : commentateurs, scoliastes, exégètes, théologiens rejettent à l'envi cette sensation grossière, cette préoccupation mesquine, en la déclarant indigne de figurer dans les rapports de l'homme avec la sagesse et la bonté infinies. La vraie crainte de Dieu est tout autre chose : elle consiste dans ce sentiment de respect et d'humilité, qui s'empare de nous, soit que nous nous trouvions en présence du spectacle sublime des créations matérielles ou spirituelles, soit que nous songions au déshonneur, à la déchéance qui serait la conséquence fatale de notre désobéissance à un maître si bon et si parfait. Désireux de nous la rendre familière, de la faire siéger à côté de nos meilleures facultés, les théologiens posl-talmudiques ont donné un nom à cette crainte de Tordre le plus élevé ; ils l'ont appelé : « la crainte noble et majestueuse (nisriTnn r^"^"^] (1). » Sans exclure systématiquement la crainte inférieure du châtiment, elle tend à la purifier, à l'idéaliser. Cette distinction n'a pas échappé d'ail-

(l) Cr. MaTmonide, Yad ha-hazal a, traité passim; Sépher Habbrith , S^ partie, delà des bases de la Loi, chap. 2; Eïu Yacob, crainte de Diea, chap. 14.

leurs au génie môme de notre langue sacrée : elle a su discerner la crainte terrestre de la crainte céleste, par une différente application de régime au verbe craindre, suivant l'une ou Tautre de ces deux acceptions (1). Sous le bénéfice de cette interprétation, Tamour et la crainte de Dieu se complètent réciproquement, et nous allons essayer de le démontrer. Livrée à elle-même, la crainte de Dieu, si noble et si pure qu'elle soit, finirait par dégénérer en sensation d'effroi, peu faite pour rapprocher l'homme de Dieu ; elle nous en éloignerail plutôt, comme on s'éloigne instinctivement de tout ce qui dépasse, dans une trop large mesure, les proportions de notre être. A son tour, l'amour de Dieu, s'il n'était retenu, tempéré par le sentiment de cette crainte respectueuse, serait exposé à un double écueil : ou bien il tomberait dans l'excès de la familiarité, au grand préjudice delà dignité de notre adoration, ou il irait se fondre dans l'amour passionné, charnel, qu'on ne peut assouvir que par la possession de l'objet aimé, tombant infailliblement dans les égarements et les folles rêveries du mysticisme. En se limitant mutuellement, l'amour et la crainte de Dieu concourent à la formation d'un sentiment mixte, en harmonie avec notre organisation complexe, avec notre double tendance, expansive et répulsive, aussi étranger à la peur terrifiante qu'à la confiance superbe, se tenant à égale distance d'une antipathie coupable et d'une identification impossible.

Une telle alliance de la crainte avec l'amour de Dieu était, on peut l'affirmer hardiment, dans la pensée de Moïse ; on ne s'expliquerait pas autrement la fréquente juxtaposition de ces deux recommandations. Le législateur semble nous inviter, en quelque sorte, à ne les séparer dans la conduite de la vie, pas plus qu'il ne les sépare dans l'exposition de sa doctrine. Grâce à leur liaison, à l'association de leurs efforts, à l'union de leurs forces contrastantes, nous sommes à même de nous maintenir dans cet équilibre religieux qu'on ne trouble jamais impunément. Cette relation aussi nécessaire qu'intime, un théologien

(l) La première s'exprime par 1^3 X'T^ , la derDÎère par n!ï< X^'i.

moderne Ta découverte, dans les deux termes d'amour et de crainte, par un procédé trop ingénieux pour que nous ne soyons pas tenté de le faire connaître : « La preuve, dit-il, que Tamour et la crainte de Dieu sont faits pour se soutenir, pour se compléter, pour vivre dans un parfait accord, est dans le croisement, dans l'entrelacement des syllabes dont ils se composent (i). »

A ces enseignements, puisés dans Tétymologie sacrée, la Tradition vient joindre l'autorité de sa large méthode d'inte;rprélation. Réclamant pour la prière, tant publique que privée, une attitude digne et recueillie, elle a soin d'appuyer sa recommandation sur un texte biblique. A cet effet, elle vise un verset des Psaumes, ainsi conçu : « Adorez l'Éternel avec crainte, livrez-vous à une allégresse mêlée de frayeur (2). » Qu'est-ce à dire? Se peut-iL qu'on soit tout à la fois joyeux et tremblant? Cela signifie, d'après le Talmud, qu'en ce qui concerne les actes d'adoration, la joie et l'enthousiasme doivent élre convoyés d'un saint effroi (3). Oui, le culte rendu à l'Être suprême sera une joie, une félicité, mais doublée, si Ton peut dire ainsi, d'un sentiment de réserve qui le contient dans ses élans désordonnés et le préserve des périls, des chimères extatiques. C'est encore pour échapper à ce danger que le chef de l'école mystique proclame à son tour, comme un principe fondamental de sa doctrine, la même alliance de l'amour avec la crainte de Dieu, en la consacrant par la formule sacramentelle (la'in^i ib'imn) qu'il fait présider à l'accomplissement de toutes les prescriptions religieuses (4).

11 reste enfin à savoir si la nécessité de cette alliance est un fait purement Ihéologique, sans influence sur la vie pratique. Mais qui oserait soutenir une pareille assertion en présence

(l) Sépher Habbriih, u. s. Eu plaçant (2) Psanmes, H, li-

l'un sous Taotreles deux termes, dansl'ordre (3) Talmud, Beracholh , 30, Dipan

sniTant : n&< — *n*i

n^TS'n î<nr\ ne nî>*iji.

''^^""''^^ (4) Zohar, Nasso, 134; cf. Re^schilh

on aura le mot par la double lecture , hori- Ho'hma IX 6. xontale et Terticale. Cf. Schelab, fol. SO,

de la plus grande découverte physique, de cette loi de lia gravitation universelle, résultante des deux forces opposées, de l'attraction et de la répulsion, correspondant aux deux sentiments opposés de Tamour et de la crainte? Et puis, au point de vue direct de la morale, est-il un frein meilleur, plus salutaire que la crainte, pour nous empêcher d'aller de Tavant dans la voie du mal, déplaisante à Dieu, antipathique à sa sagesse et à sa sainteté? D'un autre côté, est-il un plus puissant mobile que l'amour de Dieu pour nous engager résolument dans la voie des vertus actives? Enfin, l'amour serait-il de force à nous garantir contre les déviations, contre les écueils du chemin, s'il n'était corroboré par la crainte? Ou bien la crainte aurait-elle la faculté de nous tirer d'une trop prudente réserve, de nous arracher à l'abstention, si elle n'était aiguillonnée par l'amour? Bon gré, mal gré, il faut convenir que l'homme moral n'est une personnalité complète que tout autant qu'il s'épanouit sous l'influence de ce double stimulant, la crainte de Dieu aboutissant à l'éloignement du mal, et l'amour de Dieu nous conduisant à la pratique du bien, nouvelle preuve à l'appui de la thèse déjà développée, à savoir que la Théodicée est la vraie source de la morale.

§ 2. Z>e l'abstention du mal.

Absti€us-toi du mal (Psaumes, XXXIV, 15}.

Dans Tordre logique, la priorité appartient incontestablement à l'abstention du mal ; la pratique du bien serait chose vaine et illusoire si ses résultats n'étaient assurés contre les attaques du mal. Sans protection, sans défense contre les entreprises de ce dernier, la réalisation du bien serait sans efficacité comme sans sécurité. Voilà une donnée de la raison qui n'est pas démentie par l'expérience : pour s'en convaincre, il suffit d'observer avec quelque attention l'esprit de direction qui préside généralement à l'éducation des enfants. Longtemps avant de

procéder à son initblion dans le culte de la verlu, on se sent obligé de développer dans ces jeunes cœurs la crainte avec la haine du mal, par des corrections infligées à leurs écarts. D'accord avec l'expérience et le sens commun, la Révélation ne pouvait que sanctionner cette priorité, et c'est ce qu'elle fait en mettant habituellement l'abstention du mal en première ligne : « Délourne-toi du mal et fais le bien (1), » dit le Psalmiste. « Haïssez le mal et aimez le bien, » répète Ammos (2). « Avant que l'enfant sache repousser le mal et choisir le bien, » lisons-nous encore dans Isaïe (3). Vient ensuite l'exemple pour confirmer le précepte. De quoi s'agit-iU en effet, dans les premiers récits bibliques? De la punition de Gain, du cataclysme universel, de la catastrophe de Sodome, c'est-à-dire d'un ensemble de faits ayant pour objet l'anéantissement du mal dans l'individu, dans la cité et dans le sein de l'humanité tout entière. La Loi de Moïse suit les mêmes errements : pour peu que l'on étudie le code sacré, on est frappé de la place qu'y occupe la législation répressive. C'est la grande préoccupation du législateur que de réagir vigoureusement contre le mal moral ; elle se trahit dans cette clause ajoutée à un grand nombre de dispositions pénales : « Tu extirperas le mal de ton sein (4), » clause qui contient en substance toute la philosophie du droit pénal.

Après avoir déterminé l'importance théorique et pratique de ce premier fondement de la loi morale, il nous faut l'étudier dans ses principaux éléments, en mesurer, si cela se peut, l'étendue et la profondeur. Le premier point à constater, c'est que l'abstention du mal ne doit pas se borner aux actes matériels. Jalouse de s'emparer des racines mêmes du vice, de le saisir à l'état embryonnaire, dans la période d'enfantement, l'interdiction du mal prend domicile dans notre for intérieur, non pas d'une façon occulte, plus ou moins inaperçue, mais en plein Décalogue,dans ce qu'on est en droit d'appeler la grande

(1) Psaumes,' XXXIV, ir. (4) ^S^pTÛ 5)*.n r\^rn\ Dentéron.,

(2) Ammos, V, 15. XXIII, 6 et 12; XVII, 7 et 12; XIX, 15

(3) Isaïe, VII, 16. et 19; XXI, 9 et 21; XXII, 21, 22 et2*.

charte de la Révélation. Personne n'ignore le texte du dixième et dernier commandement : « Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain, ni sa femme, ni son serviteur ni sa servante, ni son bœuf ni son âne, rien enfin de ce qui appartient à ton prochain (i). » Assurément cette défense de la convoitise serait la meilleure sauvegarde de l'individu comme de la société, si Tun et Vautre savaient Tobserver et en faire leur règle de conduite. Loin d'être isolée, elle est d'ailleurs accompagnée ou suivie de plusieurs prescriptions particulières qui viennent en préciser le sens et en faciliter l'application. Telles sont les lois qui défendent de haïr le prochain dans son cœur^ de se livrer à la vengeance ou à la rancune, d'avoir mauvais œil contre son frère nécessiteux, d'user de dissimulation, de rester impassible en présence du danger couru par le prochain (2), etc.

Cette extension que nous donnons au domaine du mal et, par suite, aux nécessités de la défense à y opposer, est-elle conforme à l'opinion exprimée par les autres organes de la Révélation? Pour ceux qui savent ce que c'est que le grand Prophélisme, le doute n'est guère possible. Nous croyons avoir suffisamment démontré (3) qu'il s'en prend moins au mal légal, à celui qui tombe sous la vindicte publique, qu'aux méfaits qui échappent à la justice officielle. Nous l'avons vu formuler les protestations les plus énergiques contre l'improbité cachée, contre les dénis de justice, contre la partialité des juges, contre les fins de non-recevoir opposées aux droits des faibles et des opprimés, contre les procédés, d'autant plus perfides qu'ils sont insaisissables, des esprits pervers et de leurs machinations ténébreuses (4). Les hagiographes, enfin, ne sont pas moins concluants : C'est d'abord David et les psalmistes qui s'expriment dans les termes les plus méprisants et les plus flétrissants à l'endroit de l'hypocrisie, des paroles mielleuses cachant l'inimitié, du vil sentiment de l'envie, de la basse jouissance que

(1) Exode, XX, 14; Dealer., V, i8. (4) Igaïe, Jérémle, Éiéchiel, Osée, Am-

(â) Lévil., XIX, Mj Deutér., XV, 9. mo8, passim,

(5) Voy. notre Révélation, p. 86-88.

procure aux mauvais cœurs le spectacle ou la nouvelle des maux du prochain, des assurances amicales dissimulant les pointes acérées de la malveillance (1). Comme pendant à l'expression violente de Tinspiration poétique, genus irritabile vatum^ nous indiquerons le calme et sobre langage de la sagesse populaire, se traduisant en adages, en maximes, en sentences, dont voici quelques spécimens : « Ne forge pas de :< mauvais desseins contre ton prochain, qui se croit en sûreté « à les côtés. — Un cœur qui rumine des pensées iniques est « en abomination à TÈternel. — La haine est l'instrument de « la discorde. — Dieu a en horreur les cœurs tortueux. — La « jalousie fait pourrir les os. — Le Seigneur démolit la maison « des orgueilleux. — Les pensées du méchant sont abhor- « rées de TÉternel (2). » Voilà certes de quoi nous donner une idée de Timmensité de la tâche assignée par TÉcriture à Tempire du mal moral. Mal en actions, mal en paroles, mal d'intention et de pensée, direct ou indirect, ouvert ou caché, réel ou virtuel, aucune de ses innombrables branches, aucune de ses nuances les moins perceptibles n'échappe au regard perçant des écrivains sacrés. Ils nous enseignent, ils nous prêchent l'abstention du mal sous toutes ses formes possibles, comme à tous les degrés de l'échelle sociale.

Bien médités, les textes que nous venons d'invoquer à l'appui de notre théorie nous fournissent encore une autre leçon des plus importantes. Ils respirent, ce nous semble, une réprobation plus vive à l'égard du mal interne, s'accomplissant dans les replis de la conscience, qu'envers le mal externe, se traduisant en actes palpables. Ici encore la raison est d'accord avec la foi, en reconnaissant comme elle l'influence dominante de la cause sur l'effet. N'est-ce pas la pensée coupable qui donne le branle au sentiment vicieux, lequel provoque à son tour les actes pervers? Point de receleurs, point de voleurs, dit la sagesse vulgaire et traditionnelle (3). Eh bien, les mau-

(«) Psaumes, X, 4;XII, 3;XXV1II,3; (â) ProT., III, 48; VI, 17 et «8; X,

XXXV, 16 et 40; XXXVIII, 14; LXI, 8; 12; XI, 30; XIV, 30; XV, 35 et 36. LV, 22; LIX, 5; LXIV, 3-8; LXXI, 43. (3) Vaïykra Rabba, sect. 6.

48 PREMIÈRE PxVRTIE.

vais desseins, les projets iniques, sont les receleurs des mauvaises pratiques : privées du concours des premiers, les dernières deviendraient beaucoup plus rares. C'est à sa source qu'il faut attaquer le mal, si Ton tient à lui faire une guerre sérieuse. La condamnation si sévère du mal intentionnel est inhérente d'ailleurs à la nature propre de la morale révélée. Émanation directe de la sagesse infinie, reproduction plus ou moins fidèle de l'action providentielle, par quelles déviations s'écarte-t-elle davantage de son divin modèle? Évidemment par la mauvaise direction des facultés intelligentes, les seules qui constituent la ressemblance divine. Ce n'est pas le péché corporel, mais le péché spirituel qui accuse le plus notre révolte envers Celui qui donne l'esprit à toute chair (1).

Nous compléterons ces considérations par l'examen des enseignements de la Tradition sur ce sujet, c'est-à-dire le degré de culpabilité du mal interne par rapport au mal externe. Nous nous bornerons aux deux suivants, appartenant l'un à YAgada^ Vautre à la Halacha. Le premier, affectant la forme sentencieuse, affirme que la conception du mal est un fait plus grave que le mal lui-môme (2). Le second a pour objet l'explication d'une disposition du Code pénal : « Comment se fait-il, de- « mande-t-on dans le Talmud, que le voleur encoure une peine « plus forte (quadruple et quintuple amende) que le ravis- « seur s'emparant de vive force du bien d'autrui (restitution « du double)? C'est que celui-ci traite avec une égale insou- « ciance Dieu et les hommes; il ne respecte pas plus l'un que v( l'autre, tandis que celui-là témoigne plus de crainte des « hommes que de Dieu. A le voir se cachant de ses semblatt blés, se glissant dans l'ombre à la faveur des ténèbres de la « nuit, pour les dépouiller pendant leur sommeil, on croirait « que Dieu est privé de la double faculté de voir et d'enten- « dre (3). » On ne saurait être plus précis, formuler un ju-

(I) Nombres, XVI, Î2; XXVII, 16. nn'insa )^^p. Cf. Maïmonide, Guide des

(->) Talmud, yama, 29, ÏTn^2S> "^"llhin Égarés, *ie partie, chap. 8.

* (-) Talmud, Baba Kama, 79.

gemeni plus net à Tégard da mal interne comparé au mal externe.

Maintenant que nous voilà fixés sur l'étendue du domaine, du mal moral, ainsi que sur la plus grande gravité de la pensée par rapport à l'acte coupable, il nous reste encore à déterminer la nature de Tabstention du mal, les conditions dans lesquelles il importe de la réaliser. A coup sûr ce serait Tamoindrir, en diminuer singulièrement l'efficacité, que d'attacher à cette abstention une signification purement négative, en n'y voyant que l'inaction, l'éloignement ou la fuite. Ce serait se méprendre étrangement sur le sens donné à cette prescription dans la doctrine et dans Thistoire du Judaïsme. Avec la double autorité du précepte et de l'exemple, elles nous enseignent l'une et l'autre qu'il ne suffit pas d'éviter le mal, de s'en éloigner, de s'en détourner avec un sentiment de répulsion. Non, il faut le haïr, le haïr de cette haine énergique et salutaire qui ne recule pas devant l'éventualité d'une collision. Pour peu que l'on connaisse la puissance, la ténacité du génie du mal, la variété de ses ressources, les prodiges de son activité, on acquiert la conviction que le seul moyen de l'arrêter dans sa course ardente, c'est de savoir prendre l'offensive contre lui. Telle est d'ailleurs la raison d'être des attributs haineux imputés à Dieu, et devenus le point de mire des attaques de la philosophie et même d'une certaine théologie.

On s'est beaucoup élevé contre le Dieu vengeur, jaloux, colère, vindicatif, courroucé, respirant l'indignation, avide de châtiments, lançant ses foudres du haut du ciel pour écraser les méchants; mais on n'a tant critiqué' ces qualifications hostiles que parce qu'on n'en comprenait pas le vrai sens. En réalité, cela signifie que Dieu est l'adversaire du mal, non pas adversaire platonique, impassible, mais vigoureux et résolu, décidé à ne pas lui faire quartier, le poursuivant sans relâche, en plein air comme dans ses retraites les plus cachées. Mais ces attributs n'étant à tout prendre que les traits épars de cetle physionomie divine dont la Révélation a le secret, et qui finalement doit nous servir de modèle perpétuel, n'en résuUe-t-il

pas que ces sentiments d^aversion et d'horreur pour le mal, qui occupent une si large place dans le Mosaïsm'e et dans le Prophétisme, ne doivent cesser de nous inspirer et de nous accompagner dans nos conflits avec ce redoutable ennemi ? Et puis, observons l'organisme humain, consultons la nature ellemême, si hautement et si souvent invoquée par Tanthropologie moderne; voyons si elle ne confirme pas les données de la doctrine biblique. Qu'est-ce donc que ce besoin d'animadversion et de ressentiment qui ne cesse de fermenter dans nos cœurs ? D'où vient cette irritabilité qui constitue Tune de nos facultés les plus agissantes, sujet de tourment pour nous et pour nos semblables, venin qui empoisonne notre existence, fiel qui trouble nos joies et augmente nos douleurs, écume sentimentale qui trahit nos agitations et nos luttes intérieures? Eh bien, elle est un don de la sollicitude providentielle; elle nous a été octroyée comme un instrument de salut, l'arme de notre défense morale, avec laquelle nous pouvons hardiment engager le combat contre le mal. Sans elle, jamais ne nous viendrait l'idée de prendre l'initiative dans cette lutte; sans elle, nous fuirions constamment Te champ de bataille, sans que cette désertion parvienne à nous sauver; sans elle, les victimes de la violence et de l'iniquité resteraient plus souvent encore abandonnées à leur mauvais sort. Avec elle nous n'hésitons pas à aller de l'avant, nous osons poursuivre le monstre jusque dans sa tanière. Aussi le chantre sacré, le poëte national, fidèle écho des enseignements divins, se vante-t-il de haïr les ennemis de Dieu, de les considérer comme ses ennemis personnels, de leur vouer une inimitié sans fin (1). C'est avec non moins de raison que, s'adressant aux justes, il leur dit : « Amis de Dieu, haïssez le mal (2). » On ne saurait être l'ami de Dieu, si on ne hait pas le mal : pensée vraie et profonde, capable de nous donner le mot de l'énigme, la solution du problème social.

Oui, ce qui semble faire défaut à la société de nos jours, c'est

(I) Pgaames, CXXXVII, 31 et S2.

(â) Ibid., LCVIl, 40 î cf. Amof, V, 18 ; ProT., VIII. 13.

moins peut-être rameur du bien que le frein du mal. Oui, la cha^ rite s'exerce sur une échelle plus large que jamais ; les institutions philanthropiques se comptent par milliers et dépensent par millions; la bienfaisance étend de plksen plus son empire, pénétrant dans toutes les régions comme dans toutes les couches sociales. D'où viennent donc les troubles, les défaillances, les bouleversements, les déchéances, les chutes dont le bruit ne cesse de retentir à nos oreilles ? Peut-être de ce que Ton ne sait pas opposer au mal cette haine virile, biblique, dont nous venons de constater la puissance. Amis de Dieu, répéterons-nous avec le Psalmiste» haïssez le mal, ne vous bornez pas à ne pas le commettre vous-mêmes, ne le ménagez pas, ne lui faites pas quartier, ne lui accordez aucun asile au milieu de vous; ne faites pas comme Israël laissant, contrairement aux ordres de Moïse, le Cananéen demeurer dans son sein, pour son malheur et sa ruine. Le salut de toute une génération peut dépendre parfois de la dose de courage moral qu'elle saura déployer dans cette lutte contre l'esprit du mal. La Tradition nous le dit d'une manière saisissante dans le passage suivant : « Pourquoi, dece mande un docteur de la dernière période talmudique, pour- « quoi sommes-nous si inférieurs aux anciens ? Pourquoi nous « épuisons-nous si souvent en prières vaines, en supplications « inutiles, tandis q'ue nos devanciers n'avaient qu'à invoquer (( le nom de Dieu pour être exaucés? Je vais vous le dire, lui « réplique son interlocuteur : c'est que les anciens n'hésitaient « pas à exposer leur fortune et leur vie pour la défense de la « religion et de la morale, chose que nous ne savons plus faire « aujourd'hui. En voici un exemple, ajoute-t-il : Rabbi Ada (c Bar Ahaba, rencontrant un jour une femme revêtue d'une « robe trop riche et trop voyante, va droit à elle, pour la lui « déchirer. Mais celle-ci, n'étant pas Israélite, cita en justice « le fougueux rabbi, qui fut condamné à lui rembourser la « valeur de sa robe. Le docteur s'exécute aussitôt en disant : « Voilà un acte de précipitation qui me coûte quatre cents « francs (1). » Que faut-il en conclure? Qu'il ne suffit pas

(1) Talmud, Beraoholh, 2P, W,^ ifit ni&<?3 '^ lin» IIM».

82 PRKM ÈRE PAUTIE.

d'opposer au vice, à la démoralisation, une improbation molle, tiède et impuissante, mais chaleureuse, active, ne reculant ni devant le sacrifice, ni devant le péril, pleine de cette haine du mal que le chantre sacré réclame des amis de Dieu.

Une dernière considération, pour compléter la théorie de Tabstenlion du mal. La haine du mal, voilà le principe; la haine des méchants, telle est la conséquence, et la raison en est bien simple : c'est qu'il deviendrait impossible de détruire le mal si l'on ne s'en prenait à ses agents, aux instruments intelligents qui s'en font les serviteurs. A l'appui de cette vérité nous invoquerons le témoignage du Code pénal universel, organe direct de la morale humaine. Quel en est le souffle inspirateur? D'aucuns prétendent, nous ne l'ignorons pas, que la loi morale n'y est pour rien, et qu'il n'a d'autre mobile que la conservation de l'ordre social. Mais n'est-ce pas calomnier et rapetisser l'humanité que de borner son rôle défensif à ce triste combat pour la sécurité de l'existence matérielle, désavoué partons les instincts de la spiritualité, démenti par les nobles aspirations du dévouement individuel ou collectif? En tout cas, la législation de Moïse s'exprime là-dessus avec une rare netteté. La clause déjà citée : « Tu extirperas le mal de ton sein (1) », ajoutée comme sanction à de nombreuses lois.prohibitives, lève tous les doutes à cet égard. C'est bien la haine du mal qui est l'Égérie de sa législation criminelle, qui l'anime de son esprit et la façonne à son empreinte. Envisagée à ce point de vue, la philosophie du droit pénal n'a rien de commun avec le fameux paradoxe d'un écrivain célèbre, faisant du bourreau le pivot de la société (:2). Encore un coup, le mal, voilà l'objectif vrai, direct, de noire haine ; l'agent du mal n'en est que le but secondaire ; entre eux deux il y a la différence que nous reconnaissons entre le principal et l'accessoire. Cette distinction n'est pas sans importance, car elle aboutit aune nouvelle conséquence dont la gravité saute au yeux. Il ne s'agit de rien moins, en effet, que

(l) Deuiér., passim; voy. plus haui, (i) Joseph de M aistre, 5o/r^c» rftf Saiiï/-

page 45, nutu 4. Pélersbovrg.

INTRODUCTION GÊl«iÉRALE. 53

de la facalté modificatrice des peines légales. S'il est avéré qae la pénalité s'inspire, ou du moins, doit s'inspirer de la nécessité supérieure de la réprobation du mal et du désir d'en i*estreindre le domaine, la vindicte sociale est susceptible de toutes les transformations et atténuations compatibles avec l'efficacité de la répression. La loi mosaïque admet-elle ces atermoiements? C'est la loi orale qui nous le dira par Torgane des plus illustres interprètes de la Halacha. Quand on en voit plus d'un s'inscrire en faux contre l'application littérale de certaines dispositions par trop rigoureuses de la loi, notamment contre celles qui sont relatives au talion, à l'extermination de la ville défeclionnaire, à l'exécution de l'arrêt de mort contre le fils rebelle (l), c'est-à-dire embrassant la justice dans sa triple expression civile, morale et religieuse, on est autorisé, ce nous semble, à en tirer cette conclusion que le législateur tient bien plus à l'amoindrissement du crime qu'à la scrupuleuse et minutieuse exécution de ses arrêts contre les criminels. Pourvu que le premier, que le grand résultat soit atteint, il importe peu que ce soit par la réalisation des peines édictées, inscrites dans le code, ou par des expiations différentes, plus en harmonie avec l'adoucissement des mœurs comme avec l'élévation progressive du niveau intellectuel. Cette thèse est sanctionnée par l'Agada qui vient y apposer son cachet propre. Qui ne connaît la sublime interprétation du texte des Psaumes : a Que les pécheurs disparaissent de la terre et qu'il n'y ait plus de méchants (2)?» — «Périsse le péché, et non le pécheur, dit la célèbre Beruria, et alors il n'y aura plus de méchants (3). »

(i) Talmnd, Synhédriii»7l; BabaKama, (:^) Talmud , Berachoth , 10, *\Xitr>

(2) Psaumes, CIV, 55. ^^^,^^ ^t,^ ''

§ 3. De la pratique du bien.

(vu 7"i D>ir>r) sia ntoçi

Fais le bien (Psaumes, XXXIV, 15).

Procédons maintenant à Tégard de la pratique du bien comme nous venons de le faire au sujet de Tabstention du mal, en Tenvisageant sous ses différents aspects généraux. Hâtonsnous de rassurer ceux qui seraient tentés de croire que c'est aux dépens de celle-là que celle-ci a pris le développement dont nous avons dû noter les caractères. Non, le lot du bien n'a pas été sacrifié par la révélation ; il a de quoi contenter les esprits les plus difficiles, ainsi que nous allons le démontrer. En procédant par ordre historique, nous sommes frappé tout d'abord de la large place assignée à la mention du bien dans Timmortel récit de la Genèse : elle a les honneurs de l'insertion double dans la création journalière et dans la création finale. Nul n'ignore que l'œuvre de chaque jour est accompagnée de la formule : a Et Dieu vit que c'était bien (1) », sanctionnée par celle qui embrasse la création tout entière : « Et Dieu vit tout ce qu'il avait fait, et c'était très-bien (2) ». Or, cette expression qui couronne le ifcfaassé Beréschith a déjà de quoi nous édifier sur la vraie nature du bien. Il en ressort avec évidence qu'elle est dans l'activité, dans la réalisation de l'idéal, dans les traces sensibles et visibles de l'exercice des forces et des facultés pensantes et agissantes. Puis, en avançant dans cette étude du langage biblique, en remarquant que, la première fois qu'il est fait emploi du terme « bien (sita) », c'est à propos de l'apparition de la lumière, nous arrivons à saisir la première condition de la bonté. Et quelle est cette condition ? Elle doit découler de la lumière, en d'autres termes de l'intelligence. L'animal n'est pas bon, puisqu'il est dépourvu d'esprit, obéissant aveuglément à la voix de l'instinct; l'homme est bon,

(l) Genèse, I, 4, 10, IS, 18, Si et 25. (i) Ibid,, I, 29.

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parce qu'il est doaé de la lumière divine, de la lampe spirituelle qu'il a plu à Dieu d'allumer, dans son sein, de la conscience qui éclaire les coins et les recoins de notre chambre obscure (l). Oui, la lumière est le bien, parce qu'elle est l'élément nécessaire, indispensable du bien. Et ce n'est pas là une assertion émise au hasard; notre interprétation s'appuie sur la profonde exégèse dont la Genèse a été l'objet de la part de la Tradition, seule capable de nous fournir la clef de ses redoutables mystères. Comment comprend-elle la création de la lumière? « La lumière, nous dit-elle à propos du cinquième verset, c'est l'activité des justes ; les ténèbres, ce sont les agissements des méchants (2). » Leçon capitale, qui proclame là solidarité du bien avec la lumière, en même temps qu'elle dénie au mal la vraie possession des qualités spirituelles I

 cette première condition du bien vient s'ajouter une seconde, également puisée dans cette mine inépuisable de la cosmogonie, c'est la constance ou la durée. Il suffit de rappeler la célèbre définition décernée à l'auteur de la création, « celui qui, par sa bonté, renouvelle chaque jour le Maassè Berésc/it7/i (3) » , définition qui appartient à la morale non moins qu'à la théodicée. N'a-t-il pas été établi que le fondement de la morale révélée, c'est notre ressemblance avec Dieu, et comme conséquence, l'obligation de marcher dans la voie de Dieu ? Prenons donc exemple sur lui ; renouvelons chaque jour l'œuvre du bien, la création morale ; poursuivons cette tâche journalière avec toute l'ardeur du néophyte. Nous ne devons pas faiblir dans cette mission, pas plus que le soleil ne s'arrête dans sa course, que la terre ne se fatigue dans son labeur de production, que les grandes forces, célestes et terrestres, ne se relâchent dans leurs mouvements ou dans leur activité. Nous, qui sommes si exigeants vis-à-vis l'ordre naturel, auquel nous demandons chaque jour et chaque heure une large satisfaction de nos besoins tantôt réels, tantôt chimériques, avons-nous

(!) ProT., XXl, 27. Troix Cycle» du Judaïsme^ p. G7-68

(i) Beréschitli Rabba, sect. 3. Théodicée^ p. 51-&3.

(5) Rtmel , prière de Yotxer Or ; cf. le*

le droit de l'être si peu envers nous-mêmes? Quel étrange contraste entre tant d'excitation, de rajeunissement, de nouvelle floraison dans le mode de l'existence physique, et tant d'indolence et de mollesse dans la vie morale ! C'est pourquoi la Genèse ne se borne pas à nous enseigner la pratique du bien, mais elle a soin de nous montrer, comme deux brillantes étoiles, les deux compagnes de cette pratique, l'intelligence et la stabilité, celle-ci en opérant la consolidation, celle-là contribuant à sa transfiguration. Et c'est grâce à celte sainte alliance de la stabilité avec la spiritualité que notre plus beau titre de gloire, notre assimilation avec Dieu devient une vérité.

A côté de ces grands enseignements, puisés dans la Révélation primitive, vient se placer, sur un plan inférieur, mais plus apparent encore, la théorie des attributs. Ces treize attributs que Dieu veut bien décliner à son fidèle serviteur, avide de surprendre le secret de sa providence , cette énumération où viennent défiler successivement la piété, la générosité, la clémence, la grâce, la mansuétude, le pardon, nobles insignes du gouvernement divin, sont solennellement annoncés à Moïse comme les formes variées, mais éternelles, de sa bonté: « Je ferai passer tout mon bien devant loi (1), » lui est-il dit dans cette vision. Il est donc hors de conteste que ces qualités divines constituent le souverain bien.

Voyons maintenant ce que nous enseignent à cet égard et la Loi proprement dite et la parole prophétique. En ce qui concerne la première, notons le commandement répété dans le Deutéronome : « Tu feras le bien et le juste aux yeux de l'Éternel, ton Dieu (2), » considéré par l'un de nos meilleurs théologiens comme une prescription générique, résumant toute la législation et en exprimant la quintessence (3). Quant aux organes de l'inspiration sacrée, il nous suffira d'invoquer la qualification de « Dieu bon » qui revient si souvent dan$ les Psaumes, qui est comme le souffle poétique du chant national de

(l) Exode, XXXIII, i9. (3) Cf. Na'hmanide, loc, cit.

(i) Dealer., VI, 18; Xlf, 28.

Hallel, nous offrant dans cette bonté Tidéal qu'il faut adorer et surtout imiter (1). Enfin, pour prévenir toute équivoque ou erreur sur la signification de la bonté divine, on appelle Dieu, une fois, l'Être bon et bienfaisant (2). C'est clair : pour mériter le titre de bon, il faut être bienfaisant, se livrer à la constante et sérieuse pratique du bien, ne cesser d'en entretenir le foyer dans son propre sein, afin d'en propager tout autour de soi la douce et vivifiante chaleur.

Nous terminerons ce grave sujet en demandant à la Tradition le concours de sa riche interprétation. Qu'est-ce qu'elle nous apprend d'abord sur le terme « bon », puis sur la double qualification de « bon et bienfaisant »? Le voici : à propos du texte d'Isaïe, « Proclamez le juste bon (3) », le Talmud se demande s'il y a des justes qui ne sont pas bons . Oui , est-il répondu : le juste qui n'est bon qu'à l'égard de Dieu n'est pas bon. Il n'a droit à cette dénomination que s'il l'est également pour les hommes (4). On ne saurait mieux dire ni donner plus de précision à la véritable acception de la bonté. Arrivons maintenant à l'attribut « bon et bienfaisant », dont il est fait une application qui de prime abord nous paraîtra des plus singulières. Cette formule, nous dit le Talmud, devint liturgique à l'occasion de l'inhumation des cadavres qui jonchaient les environs de Bithar, et qui étaient restés là sept ans sans sépulture (5).

N'est-il pas étrange de restreindre ainsi le sens de cette noble expression de la bonté suprême , de la renfermer dans l'étfoite limite d'un acte charitable, nous le voulons bien, mais grossier, vulgaire et répugnant? Eh bien, non; la véritable bonté ne connaît rien de repoussant en matière de charité ; elle choisit parfois de préférence pour théâtre de ses opérations les charniers, les champs couverts de morts et de mourants, ou bien les grabats des malades avec leur cortège de plaies et de

(i) Psaaineji, XXV, 8; LXXIII, i; C, 5; (%) Iwïe, III, 10.

CVI, «; CVII. 1; CXVIII, 1 et â9; (4) Talmud, Kidouschin, 40.

CXXXVI, 1; CXLV, 9. (5) Talmud, Berachoih, 48.

(i) ibid., cxix, 68, y^zù'û*) nnî< aita.

putréfaction. C'est dans ces horribles milieux qu'elle s'exerce dans toute l'ampleur de son action désintéressée. Ces cadavres préservés de la corruption, de la dissolution organique, grâce à une sollicitude providentielle, cette vigilance d'en haut déployée pendant des années à l'endroit d'un ossuaire, cette cendre et cette poussière miraculeusement garanties contre les atteintes du temps non moins que contre la profanation des hommes, jusqu'au jour où elles doivent être restituées à la terre, leur dernier asile, n'est-ce pas la charité élevée à sa plus haute puissance, se déployant dans la plénitude de ses aspirations généreuses? C'est dans un sens analogue que nos sages ont dit : L'exercice de la charité envers les morts, privée de Taiguillon de la reconnaissance et de la réciprocité, est la meilleure école pratique de ce que nous devons aux vivants.

Soyons donc, à notre tour, bons et bienfaisants de cette façon sublime, exempts de tout mobile d'intérêt; sachons mettre de côté la répugnance et le dégoût quand il s'agit de la vie de notre semblable; comprenons enfin que la puissance de la bonté est en raison inverse du rang et du mérite de ceux qui en sont les objets. Plus ceux-ci sont petits et déchus, plus leurs maux sont faits pour inspirer l'aversion, plus majestueuse est la bienfaisance qui vient faire le lit de leurs douleurs. Une chose à remarquer, c'est que la philanthropie ainsi entendue met ses plus riches trésors à la portée des plus humbles. Il n'est pas donné à tout le monde, on le sait bien, de cultiver la ressemblance divine sous le rapport intellectuel; ce n'est pas davantage le lot du grand nombre de la réaliser par des actes de munificence, par de grands sacrifices pécuniaires; mais ce qu'il appartient aux plus petits comme aux plus grands, c'est de la professer, de l'améliorer, de la perfectionner au moyen de cette bonté simple, naturelle, sans art ni apprêts, qui^ nous venons de le voir, vaut à Dieu le surnom glorieux de « bon et bienfaisant ».

§ 4. Nécessité de Valliance de Vabsteniion du mal avec la pratique du bien.

Mets-toi à la recherche et k la poursuite de la paix. (Psaumes, XXXIV, 15.)

Les deux éléments constitutifs de la morale jaillissant, ainsi que nous Tavons démontré, de la crainte et de Tamour de Dieu , nous sommes autorisé, par le fait même de cette origine, à conclure à Talliance de l'abstention du mal avec la pratique du bien, en vertu de cette loi générale qui veut que les traits caractérisant les faits primitifs se retrouvent dans leurs dérivés. Et comme il a été établi que la crainte et Tamour de Dieu, venant se compléter réciproquement, ne sauraient ni se combattre ni se séparer, on peut affirmer a priori qu'il n'en est pas autrement de Tabstention du mal et dé la pratique du bien. L'Écriture consacre cette union des deux principes et nous l'atteste de différentes façons. Elle est déjà contenue implicitement dans la juxtaposition des deux prescriptions : « Fuis le mal et fais le bien, » quatre fois répétée dans cette forme copulative (1). Si, d'autre part, nous jetons un coup d'œil sur l'ordre suivi par Moïse dans l'exposé de sa législation, nous sommes frappé de la confusion, sans doute calculée, des deux principales catégories des lois , nous voulons dire des dispositions prescriptives et restrictives. Loin d'être l'objet d'une séparation tranchée, elles ne font que se mêler et se croiser, entrelacées comme les branches qui s'enroulent autour du même tronc. Il se peut que cette combinaison ait pour but de couper court à des distinctions arbitraires, à toute tentative d'attribuer à Tune ou à l'autre des deux catégories une priorité qui n'était pas dans la pensée du législateur. Nous n'hésitons pas à invoquer en faveur de notre assertion le double témoignage de l'expérience et de la raison. Que nous dit celle-ci au sujet

(1) Psaumes, XXXIV, 15; XXXVII, 27; Ammos, \% 44 et 15.

60 PREMIÊRK PARTIE.

de la connexitë de raction et de rabstentîon? est-elle pour ou contre cette alliance? D'un côté, nous la voyons rendre un éclatant hommage à Faction comme à la loi même de notre être, à celle qui nous rapproche le plus de Tauteur de toute existence, de l'acteur par excellence. Elle nous montre la nature elle-même nous poussant incessamment vers l'activité matérielle et morale , puis le développement physique et intellectuel ne se réalisant que par la mise en jeu de toutes nos facultés viriles, enfin la société moderne avançant de plus en plus résolument dans cette voie du labeur progressif. Mais, d'autre part, et parallèlement à cette direction, elle nous indique la voie de la concentration, comme l'une des plus sûres garanties de la perfectibilité. En effet, dès qu'elle lui tourne le dos, la pratique s'égare, court à l'aventure, voit sa fécondité tourner en stérilité, de nappe bienfaisante devenant torrent dévastateur, pareil au flot qui roule inconscient vers les précipices. Pour échapper à ce péril, il faut s'appuyer sur l'esprit de résistance qui se confond avec l'esprit de préservation. L'expérience nous dit-elle autre chose? Non, puisque partout chez elle nous retrouvons, sous des dénominations diverses, l'alliance de l'action avec la résistance. Nous la constatons dans les espaces célestes, dans l'immense domaine des sphères, sous le nom de gravitation universelle , résultante des deux forces opposées de l'attraction et de la répulsion ; dans le monde politique, elle se traduit dans les rapports du principe conservateur avec le principe libéral, jaloux de se faire contre-poids et d'assurer l'équilibre social ; dans le monde moral, elle s'appelle loi d'action et de réaction qui, nous le verrons plus loin, préside à toutes les grandes évolutions de l'humanité; enfin dans le monde des idées, elle se fait jour au moyen de la double faculté de concentration et d'expansion dont la réalité et la liaison nous sont affirmées par la psychologie. Physique, métaphysique, éthique, mécanique céleste et organique, sont donc à cet égard autant de cercles concentriques, semblables aux Sephiroth de la Kabbale, soumis à une direction identique, obéissant à cette grande loi de Vantinomie qui a fait si grand bruit sous la

plume de l'un des plus grands philosophes de notre siècle. Ceci nous fera comprendre Topinion émise par la Bible et confirmée par la tradition, à savoir que, dans certains cas, Tinaction équivaut à Faction. Celle-là, en effet, déclare que Thomme qui s'abstient de Tiniquité marche dans la voie de Dieud], et celle-ci nous enseigne que Thomme qui a su se préserver d'une mauvaise action doit être considéré comme ayant accompli une bonne œuvre (2). Oui, l'abstention, la résistance devient principe d'action, par cela seul qu'elle s'en constitue le régulateur et le modérateur.

Pour fixer la doctrine par rapport à un sujet de cette gravité, nous avons plus que jamais besoin de recourir aux lumières de la Tradition. Voici ce qu'elle nous dit par l'organe d'un de nos plus grands Àgadistes, R. Simlaï, qui s'exprime ainsi : « La Thora contient dans son ensemble six cent treize com- « mandements, savoir: deux cent quarante*huit commandece ments actifs, correspondant aux deux cent quarante-huit « membres qui composent l'organisme humain, et trois cent « soixante-cinq commandements négatifs ou prohibitifs, égaux « en nombre aux jours de l'année solaire (3). » Que cette équivalence n'est rien moins qu'une comparaison fortuite, simple procédé de rhétorique, c'est ce que tous les commentateurs admettent d'un commun accord, bien qu'ils diffèrent d'avis sur le mode d'interprétation (4). A la suite.de nos savants prédécesseurs, il nous sera permis de chercher la clef de l'énigme. Et d'abord, en ce qui concerne l'analogie de notre charpente corporelle avec les lois actives, elle est facile à saisir. Elle porte sa signification avec elle, nous enseignant que nos membres, nos articulations, nos nerfs, nos veines, nos muscles, les moindres rouages du mécanisme humain, sont tenus de coopérer à la réalisation du bien, d'après la sublime invocation du Psalmiste : a Toute ma charpente osseuse s'écrie : ô Éternel, qui est comme toi (5)? » On peut imaginer à cet égard comme

(1) Psaume», CXXF, i?. (i) Cf. Eïn Yacob, loc, cit.

(i) Talmad, Kidoaschin, 39. (f>) Psaumes, XXXV, 30.

(*) Talmad, Maccoth, 3«.

une sorte d'interpellation adressée à Thomme parles différents organes qui entrent dans la composition de son être : « fils de Thomme! semblent-ils nous dire, associe-nous tous à l'œuvre de ta perfectibilité, fais-nous concourir à ta culture intellectuelle et morale, assigne à chacun de nous une part, si petite, si infime soit-elle, dans l'exploitation du vaste domaine du bien. Nous sommes là pour t'aider dans cette tâche; c'est notre but comme notre désir suprême de mettre nos forces à la disposition de tes efforts les plus méritoires, de tes résolutions les plus saintes. »

Quant au rapport des lois prohibitives avec les jours de Tannée, il est moins saisissable de prime abord, sans pourtant avoir mis en défaut la pénétration sagace de nos théologiens: Pour toucher à la solution de l'énigme, il suffira peut-être de se rendre exactement compte de la véritable nature du jour. Qu'est-ce qu'un jour? A-t-il une existence propre? est-il doué d'une réalité visible et tangible? Non, assurément; il n'est que la mesure du temps. Mais, tout en étant dépourvu de l'existence directe, il sert de cadre impalpable à Tensemble de nos agissements. Eh bien, la prohibition qui se traduit en abstentions n'est-elle pas comme un réseau qui enveloppe notre activité? En nous traçant les limites du terrain défendu, en nous signalant les précipices qui bordent la route du bien, en nous mettant en garde contre les écueils qui obstruent le chemin du vrai et du juste, elle nous facilite l'accomplissement des nobles et bonnes pratiques. L'expression de « jours de l'année solaire .(n^nn riia*i) » rend la comparaison plus saisissante. encore. Oui, de même que le soleil chasse les ténèbres de la nuit, que le grand jour vient expulser des réduits où elles se cachent l'ombre et l'obscurité, de même la prohibition poursuit le mal dans ses plus sombres retraites, lui refusant l'air et l'espace. A son tour, et au même titre que notre organisme, le jour est en droit de nous adresser ses interpellations : « Fils de l'homme^ va-t-il nous dire, prends exemple sur moi. Tu vois bien que ma mission et mon pouvoir ne s'annoncent par aucun fait d'apparat; mon passage ne réveille l'attention que par cette sorte

INTHODUCTION GÉNÉRALE. 63

d'anéantissement où je me plonge dès que j'ai fonrni ma course: C'est pourtant de cette façon que j'honore le maître du monde, le souverain arbitre du temps et de l'éternité; eh bien, tu es appelé à lui rendre un hommage non moins agréable, grâce à ce culte qui consiste dans l'effort négatif, dans la résistance opposée aux mauvais penchants, aux sollicitations coupables, aux tentatives criminelles. Considérerais-tu cette tâche comme au-dessous de toi, au-dessous de tes instincts d'activité? Regarde-moi bien, et tu ne tarderas pas à reconnaître ton erreur : je ne suis rien par moi-même, et pourtant tout existe, tout s'accomplit en moi. Sache donc que ce que tu appelles l'inaction morale, lorsqu'elle est doublée des énergies de la résistance, porte en elle le germe des labeurs sains et des opérations fécondes ».

Et ce n'est pas tout : une autre leçon, non moins importante, nous paraît découler de cette double comparaison; elle a pour objet de nous mettre sur la voie de la supériorité relative de chacune des deux catégories, nous voulons dire des lois prescriptives et des lois restrictives. La première catégorie nous représente l'attrait et le charme de l'activité morale, fondés sur l'immense variété de ses instruments, équivalents aux nombreux rouages de notre mécanisme corporel. Autant lés membres du corps humain diffèrent par leur forme et par leur appropriation, autant la pratique du bien nous offre de nuances, de distinctions, de changements de scènes, de substitutions, de décors bien faits pour exciter notre volonté déjà sollicitée par ses inclinations propres. Évidemment, notre mobilité trouve largement son compte dans cette constante succession d'appels qui sont autant d'aiguillons pour notre initiative. Il est difficile de se laisser plonger dans l'apathie en présence de tant de sollicitations propres à secouer notre torpeur, s'adressant à tous les goûts comme à toutes les capacités.

Vient ensuite la seconde comparaison, pour mettre en relief les avantages des lois prohibitives. Quels sont ces avantages? Il n'y en a qu'un, mais des plus considérables, c'estl'unité! Oui; le principe d'abstention et de résistance possède cette qualité précieuse qu'il n'exige qu'un effort unique, toujours le même.

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Oai, de même que les jours se suivent et se ressemblent, rien ne les différenciant entre eux subjectivement, de même l'abstention nous devient facile par son uniformité, n'exigeant de nous qu'un peu d'énergie dans la résistance. Or cette supériorité réciproque de l'action et de l'inaction, de l'attraction et de la répulsion, des commandements affirmatifs et des commandements négatifs, ne nous fournit-elle pas un nouvel et décisif argument en faveur de leur alliance, basée sur l'éternelle relation de l'unité avec la variété, de cette grande loi de l'harmonie qui règle les choses de l'esprit non moins que celles de la matière?

Nous nous croyons donc autorisé à proclamer cette alliance comme un fait acquis. La pratique du bien et l'abstention du mal ne sauraient se retrancher dans un isolement mutuel, pas plus qu'on ne sépare l'existence de la durée. Si l'activité est l'image du corps, dont les membres, grands et petits, sont toujours en exercice à l'état patent ou latent, la résistance est le reflet du temps, grâce à ses traits caractéristiques, l'immutabilité et l'infini. Il semblerait que la Providence ait pris à tâche de nous rendre facile l'accomplissement de notre double devoir. Pour agir, nous n'avons qu'à nous contempler nousmêmes; il nous suffit de jeter un coup d'œil intelligent sur ces organes, sur ces engins dont il a plu au Créateur de nous doter si richement, et qui viennent se mettre à notre disposition partout et toujours. L'action doit donc sanctifier notre corps comme l'huile d'onction qui communiquait à tous les vases du tabernacle une consécration symbolique. D'un autre côté, pour nous abstenir et nous armer de résistance à rencontre du mal, nous n'avons qu'à nous regarder vivre, qu'à méditer sur les jours, mesure de notre vitalité; aussitôt nous nous sentirons plus forts dans l'organisation de cette défensive, qui d'ailleurs, nous espérons l'avoir démontée, n'est nullement le haïssable far niente^ puisqu'elle fait si souvent appel au concours de tous nos éléments d'activité morale.

En cherchant bien, nous finirons par trouver le lien qui doit relier ensemble les deux pierres angulaires de la morale

dans le texte même qui leur sert de déclaration de principe. Que dit ce texte? « Fuis le mal, fais le bien, recherche la paix, et cours après elle. » Que vient faire ici la paix? de quel droit se pose-t-elle comme la conclusion de ces deux prémisses? Eh bien, elle en est réellement la conclusion finale, nous enseignant qu'une entente cordiale, qu'un accord parfait doit régner entre la pratique du bien et l'abstention du mal, entre Faction et la réaction, entre la concentration et l'expansion, qui se partagent la direction du monde des pensées et des passions aussi bien que le gouvernement des innombrables globes roulant dans l'espace.

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