CHAPITRE V
COMMENT LA MATIÈRE DE LA MORALE S'EST AGRANDIE TANDIS QUE LA TUTELLE ET LES SERVITUDES ONT DIMINUÉ.
La matière de la morale consiste en une série de droits et de devoirs qui dérivent de la nature de l'homme et des conditions de son existence. Ces droits et ces devoirs demeurent les mêmes partout et en tout temps. Le droit de travailler, isolément ou par association, de disposer des fruits de son travail, de les conserver, de les échanger, de les prêter, de les donner, de les léguer, de les consommer, le devoir de pourvoir à la conservation et à l'entretien de sa vie, d'améliorer sa condition matérielle et morale, de donner le jour à une génération destinée à remplacer la sienne, de l'élever, de lui léguer le capital des connaissances et des hiens dont on a hérité soi-même avec celui qu'on y a ajouté, le devoir de contribuer à la conservation et à la prospérité de la société politique et des autres associations dont on fait partie, le devoir de respecter la vie, la liberté et la propriété de tous les autres hommes et de les assister au besoin, les devoirs envers l'animalité et la divinité, — ces droits et ces devoirs existaient dans le passé le plus reculé, comme ils existent dans le présent, comme ils existeront dans l'avenir, jusqu'à l'extinction de l'espèce humaine. Seulement, ils n'apparaissent que d'une manière successive, dans la marche ascendante de l'humanité. Le droit d'échanger, par exemple, n'apparaît que lorsque l'industrie est assez avancée pour que le travail se diviseet que l'échange devienne possible. Le droit de prêter ne peut, de