‹ La morale économiqueChapitre 189 sur 242 · LIVRE VII. — L'ORDRE NOUVEAU · texte numérisé non relu

LIVRE VII. — L'ORDRE NOUVEAU

forment une fraction de la population totale qui va jusquau tiers en Angleterre. On s'explique, par l'élévation de cette proportion, que les Anglais s'intéressent beaucoup plus aux événements du dehors que les Français, par exemple, qui dépendent seulement pour un dixième du débouché étranger, et surtout que les Russes qui n'en dépendent que pour un centième ou les Chinois qui n'en vivent que dans une proportion presque infinitésimale. En admettant que les marchés étrangers vinssent à se fermer subitement, un tiers de la population des Iles-Britanniques se trouverait privé du travail et des revenus qui lui fournissent sa subsistance, et l'effet de la répercussion serait très vivement ressenti par les deux autres tiers, tandis qu'en supposant que la Chine vînt de nouveau à se fermer hermétiquement, la suppression du débouché extérieur n'y atteindrait dans leurs moyens d'existence qu'un ou deux millions d'agriculteurs, d'artisans et de commerçants, c'est-à-dire une portion presque insignifiante delà population totale.

Telle est la situation actuelle de l'Etat économique créé par le commerce international des produits, des capitaux et du travail. Nous avons vu sous l'influence de quels progrès cet Etat s'est si étonnamment développé dans le cours de ce siècle. D'après notre estimation, fondée sur les statistiques du commerce extérieur, de l'émigration, etc., son accroissement en un siècle aurait été de 1 à 20 pour le moins. C'est comme si un petit Etat de 30,000 kil. carrés etde 5 millions d'habitants, tel que la Belgique, avait grandi jusqu'à posséder G00, 000 kil. carrés et 100 millions d'habitants. Mais est-il probable que cette progression continue à subsister? N'est-elle pas destinée à se ralentir ou à s'arrêter et même à rétrograder?

Pour résoudre cette question, il faut examiner quelles sont, au sein de chaque Etat politique, les forces et les influences qui agissent soit pour déterminer ou seconder le mouvement d'expansion du commerce extérieur des produits, des capi-

taux et du travail, soit pour l'enrayer. Au premier rang des premières, il faut signaler les progrès qui, en augmentant la puissance productive de l'industrie, déterminent l'extension des débouchés. Si l'on ne peut s'attendre à voir se produire, d'une manière continue, des inventions d'une importance égale à celle de la machine à vapeur, des métiers mécaniques, des chemins de fer, de la télégraphie électrique, on peut néanmoins constater, en consultant la stalistique des brevets d'invention, que le génie du progrès ne cesse point de multiplier ses produits, que les éléments, les agents et les procédés delà production s'augmentent et se perfectionnent tous les jours. En même temps la production du capital et du travail continue à s'accroître.

Toutefois, en opposition avec ces forces et ces influences qui concourent à l'extension de la sphère des échanges, il y en a d'autres qui agissent pour la rétrécir. Tels sont d'abord les vices du self government, qui diminuent la capacité productive de l'individu et qui agissent, par répercussion, pour appauvrir la communauté et la rendre par conséquent moins capable de produire et de d'échanger. Tels sont encore les vices qu'engendre la constitution arriérée et défectueuse du gouvernement politique et économique des États.

Sous le régime actuel de la sujétion, les gouvernements sont entre les mains d'un personnel civil et militaire qui impose ses services et se trouve, directement du moins, indépendant de l'étranger pour ses moyens d'existence. Ce personnel avec ses attenances ne forme guère plus du dixième de la population des États civilisés, mais il convient d'y joindre les bénéficiaires des monopoles et des privilèges, propriétaires et entrepreneurs d'industrie protégés, administrateurs et actionnaires de chemins de fer dont l'exploitation est garantie autant qu'elle peut l'être contre la concurrence, de banques investies du monopole de l'émission delà monnaie de papier, membres de professions limitées ou subventionnées, etc., etc.

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