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LIVRE VII. — L'ORDRE NOUVEAU

Ce personnel exploitant du monopole politique et des monopoles économiques qui en ressortent possède une influence hors de toute proportion avec le nombre et la qualité de ses membres. Jusqu'à présent, son opinion a été généralement prédominante, et elle a déterminé la conduite des gouvernements tant à l'égard des populations qui leur sont assujetties de gré ou de force qu\à l'égard des autres nations.

La tendance naturelle de cette « classe gouvernante » | comme de toutes les autres est d'augmenter ses revenus en j raison des jouissances qu'ils procurent. A l'époque où la j guerre était une industrie productive, elle les tirait princi- I paiement de cette source, soit au moyen du pillage, soit par l'exploitation régulière des populations conquises et assujetties; depuis que la guerre a cessé d'être une source de pro-

fits même pour les Etats qui y excellent, elle les demande à une exploitation plus complète et plus savante des popula-

| tions placées sous sa domination. Ses intérêts, il ne faut

i pas l'oublier, sont en opposition immédiate avec ceux de la multitude gouvernée. Tandis que celle-ci est intéressée au plus haut point à la diminution des frais de gouvernement, la

I classe gouvernante ne l'est pas moins à leur augmentation.

j C'est pourquoi ses hommes d'Etat et ses financiers s'ingénient, les uns à étendre son débouché intérieur et extérieur, en multipliant les fonctions alimentées par l'impôt et en conquérant des colonies dont la destination essentielle est de fournir des emplois à l'excédent de la classe des fonctionnaires de la mé-

| tropole, les autres à rendre l'impôt plus productif, tout en empêchant les populations de s'apercevoir qu'il devient plus lourd.

En même temps la classe gouvernante est intéressée à fomenter, au sein de la multitude gouvernée, un esprit d'hostilité à l'égard des autres nations. En effet, si l'expérience lui démontre que la guerre, même quand elle est la plus heureuse, ne couvre plus ses frais et qu'elle expose ceux qui

la font à de ruineux retours de fortune, la paix armée n'a pas cessé de lui procurer un ample et lucratif débouché. Or, cette paix armée, les populations n'en supportent les charges écrasantes qu'à la condition de se croire continuellement menacées dans leur propriété et leur liberté par une invasion étrangère. D'un autre côté, les charges, les gênes et les vexations que le système protectionniste inflige à la multitude ne seraient point longtemps supportées si elles n'étaient point fondées sur l'appréhension terrifiante des ravages que ne manquerait point de causer l'invasion des produits étrangers non moins destructive et meurtrière que celle des hommes de guerre. De là une politique qualifiée de patriotique et destinée à entretenir et à raviver au besoin la haine de l'étranger, politique qui aurait pour résultat, si elle était logiquement suivie, d'empêcher l'internationalisation des intérêts et l'extension de « l'État économique. »

Dans les pays qui ne se trouvent encore rattachés que par de faibles liens à l'Etat économique, cette politique d'isolement hostile n'a pas cessé de prévaloir. On peut constater même qu'elle s'est accentuée davantage à mesure que les progrès de l'industrie et des moyens de communication, en facilitant et multipliant les relations entre les peuples, ont développé parmi eux le sentiment de la solidarité et généralisé l'amour de la paix. En Russie, par exemple, elle a réussi à arrêter et même à faire reculer le mouvement d'annexion de ce vaste empire à l'Etat économique (I). Mais il en

(I) A dater de 1S79, le tarif russe a été exhaussé à diverses reprises. Voici quels ont été les effets de cette politique ultrafiscale et protectionniste sur le commerce extérieur de l'Empire :

Importations.

1879 olS. 212. 000 roubles.

1882 ol8.363.000 —

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