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COMMENT SE FORME LA LOI DE L ETAT ECONOMIQUE

La société économique qui se constitue par l'échange des produits, des capitaux et du travail procède, dans la formation de sa loi, comme ont procédé les sociétés politiques. Le premier besoin qui ait réuni les hommes a été celui de la sécurité : c'est afin de pourvoir à ce besoin, c'est en vue de se défendre contre les animaux et les hommes de proie qu'ils se sont rapprochés, rassemblés, et qu'ils ont formé des sociétés politiques. Les nécessités de la défense commune réunissent les associés contre l'ennemi, quels que soient leurs sentiments particuliers les uns à l'égard des autres. Qu'ils soient individuellement amis ou ennemis, ils agissent de concert pour sauvegarder la société à la conservation de laquelle leur existence est liée. Alors aussi naît et se développe chez eux le sentiment de la solidarité. Ils comprennent qu'ils ont intérêt à ce que leurs associés soient forts et nombreux, car c'est le nombre et la force qui assurent la conservation de tous et de chacun. Enfin, l'expérience leur faisant connaître et discerner les actes individuels ou collectifs qui contribuent à augmenter la puissance de l'association ou à la diminuer, ils établissent des coutumes ou des lois pour provoquer les uns et interdire les autres.

Dans la société économique internationale que le commerce est en train de constituer, c'est l'accroissement de leur bienêtre qui est le mobile des échangistes. Ce qu'ils se proposent, en échangeant leurs produits, leurs capitaux et leur travail, en dehors des frontières de leur Etal politique, aussi

bien qu'en dedans, c'est de se procurer en plus grande abondance et au prix d'une moindre dépense de force et de peine, les choses nécessaires ou agréables à la vie, et d'améliorer ainsi leurs conditions d'existence. Aussi longtemps que le monde barbare a menacé les sociétés en voie de civilisation, cet intérêt du bien-être de chacun a été subordonné à l'intérêt supérieur de la conservation de tous. Le commerce avec l'ennemi était suspendu pendant la guerre et il demeurait entravé pendant la paix par les servitudes que nécessitait le soin de la défense commune. Mais à mesure que la sécurité du monde civilisé s'est accrue, le commerce s'est étendu entre tous les peuples, et il a acquis un caractère de permanence, sauf des interruptions devenues de plus en plus rares. Des peuples qui s'étaient considérés de tout temps comme des ennemis naturels se sont liés par des relations mutuellement avantageuses et, sous l'influence de la concurrence, toute distinction s'est effacée entre la clientèle intérieure et la clientèle étrangère. Pour l'agriculteur, l'industriel, le commerçant, le capitaliste et l'ouvrier, il n'y a plus de Français, d'Anglais, d'Allemands, de Russes ou de Chinois, il n'y a que des clients et des fournisseurs, parmi lesquels ils n'établissent aucune différence. Entre les produits et les services qui leur sont offerts, ils choisissent de préférence ceux qui leur paraissent les meilleurs et les moins chers, sans se demander s'ils proviennent de compatriotes ou d'étrangers, de peuples réputés amis ou ennemis. Il en est de même pour les produits et les services qu'ils offrent sur le marché international : en fixant leurs prix de vente ou de location, ils ne s'enquièrent point de la nationalité de l'acheteur ou de l'emprunteur, et n'établissent, au profit de leurs compatriotes, aucun prix différentiel. Il arrive même, par suite des combinaisons bizarres du système protectionniste, que les Russes, les Français et les Allemands vendent certains articles, tels que le sucre, plus cher à leurs compatriotes qu'aux étrangers.

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