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COMMENT L'OPINION AGIT POUR BANNIR LA GUERRE DE

l'état économique.

Déjà, à la fin du siècle dernier, l'opinion naissante de l'État économique, en voie de formation, avait le sentiment de la nécessité de la réforme de la constitution morale et politique des sociétés civilisées. Elle aspirait à un état de choses où la paix régnerait dans le monde et où la liberté réglerait les rapports des hommes. Mais cette opinion purement sentimentale ne possédait point les notions nécessaires pour opérer cette réforme, en faisant succéder la paix à la guerre, les rapports libres aux rapports imposés, la liberté à la servitude. Les procédés qu'elle employa étaient empruntés à l'état de choses encore prédominant et n'eurent d'autre résultat que de reconstituer, d'asseoir même sur une base plus large et plus solide l'ancien régime. Pour que l'opinion sentimentale se transformât en opinion raisonnée et sur le but à poursuivre et sur les moyens de l'atteindre, il fallait que de nouveaux faits et de nouvelles expériences se produisissent, qui montrassent clairement le changement qui s'était accompli ou était en voie de s'accomplir dans le caractère de certains actes collectifs ou individuels. Parmi ces actes, le principal était la guerre. Jusqu'alors, la guerre avait été considérée comme nécessaire et même d'institution divine par l'opinion raisonnée, et tous les États politiques étaient constitués et gouvernés en vue de cette nécessité; pour que l'opinion changeât, il fallait que des expériences de nature à frapper les

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esprits vinssent attester que la guerre avait cessé d'avoir sa raison d'être et n'était plus qu'une source de nuisances. Ces expériences ressortirent des guerres de la Révolution et de l'Empire, de la guerre de la Sécession américaine et finalement de la guerre de 1870. Les guerres de la Révolution, entreprises dans le but humanitaire de libérer les peuples de la servitude, n'aboutirent qu'à des changements partiels et temporaires de domination, tout en alourdissant le fardeau de celte domination. Les guerres de l'Empire entreprises dans un but tout différent et même opposé, savoir, l'exploitation des Etats vaincus, conquis ou rançonnés, démontrèrent non seulement, comme l'avaient fait les guerres de la Révolution, que la guerre ne pouvait plus être un instrument productif de civilisation, mais encore qu'elle avait cessé d'être un instrument productif d'exploitation. Aux profits qu'elles rapportèrent à leur début succédèrent des pertes supérieures et une faillite colossale qui mit en péril l'existence même de l'Elat dont elles avaient un moment fait la fortune. Après cette expérience décisive, la guerre se trouva visiblement condamnée, à titre d'industrie productive. Mais il fallait que les progrès extraordinaires de l'industrie intervinssent pour démontrer, d'une manière irrécusable, qu'elle n'était plus simplement improductive pour les États qui s'y livraient, qu'elle était nuisible à la généralité des Etats. Cette leçon, les guerres du dernier quart de siècle, et en particulier la guerre de la Sécession américaine et la guerre de 1870, se sont chargées de la donner au monde. La guerre de la Sécession a provoqué, au sein de tous les Etats consommateurs de coton une crise qui a atteint des millions d'individus dans leurs moyens d'existence ; la guerre de 1870 n'a pas causé seulement une perturbation temporaire des intérêts, elle a déterminé un accroissement du risque de guerre, dont l'effet a été de doubler, dans toute l'Europe, le poids des appareils au moyen desquels il est pourvu à ce risque, et d'enrayer l'essor de

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