CHAPITRE VIII
LES RAPPORTS DES PEUPLES CIVILISÉS AVEC LES PEUPLES BARBARES OU ARRIÉRÉS.
Tout l'édifice des institutions et des luis de l'ancien régime était fondé, comme nous l'avons dit, sur la nécessité de la guerre. Les États politiques étaient constitués, organisés et gouvernés en vue de l'exercice du « droit de la guerre » qui dérivait de cette nécessité et qui se résolvait dans un droit d'expropriation et de destruction des moins forts et des moins capables par les plus forts et les plus capables. En exerçant ce droit, ceux-ci agissaient non seulement d'une manière conforme à leur intérêt particulier et actuel, mais encore à l'intérêt général et permanent de l'espèce. Leur victoire était, par conséquent, utile et morale. Utile et morale était aussi la servitude qui subordonnait tous les devoirs et tous les droits aux devoirs envers l'État et aux droits de l'État. Grâce à cette servitude ou « sujétion », les maîtres de l'État pouvaient appliquer au besoin toutes les forces et toutes les ressources de la population asservie ou assujettie à l'exercice du droit de la guerre, établir et imposer les institutions et les lois qu'ils jugeaient les plus propres à les développer. Mais un moment arriva où la guerre, cessant d'être inévitable et nécessaire, devint au point de vue économique, nuisible, au point de vue moral, immorale. A dater de ce moment, la servitude établie en vue de la nécessité de la guerre commença à perdre sa raison d'être et à devenir à son tour nuisible et immorale. En effet, l'État, armé du pouvoir que