DÉFINITION DU DROIT. LA LIBERTÉ ET LA PROPRIÉTÉ
Le droit, considéré comme science, peut être défini : la connaissance de la liberté et de la propriété individuelles ou collectives, de leurs limites naturelles et des moyens de les garantir dans ces limites; considéré comme art, c'est l'application des principes reconnus par la science, sous les conditions et restrictions nécessitées par l'état d'imperfection de l'homme et du milieu où il vit.
Mais cette définition en exige préalablement une autre, celle de la liberté et de la propriété.
La liberté et la propriété se rattachent au phénomène économique de la valeur. La valeur est l'objectif de la liberté et la substance de la propriété. L'homme ne peut user utilement de sa liberté que pour créer de la valeur et il ne peut posséder que des valeurs.
Qu'est-ce que la valeur? C'est, suivant la définition que nous en avons donnée plus haut, une force utile créée par le travail de l'homme et des agents extérieurs qu'il découvre et façonne en vue de la conservation et de l'accroissement des forces et des matériaux constitutifs de son être. Le pre-
mier travail auquel il est obligé de se livrer consiste à découvrir et à reconnaître les facultés et les organes qui sont ses outils naturels, à s'en emparer, à les assujettir et à les dresser à la production. C'est l'œuvre de la force dirigeante et libre qui est en lui. Les facultés et les organes dont il s'empare ainsi, en usant de sa liberté, sont des valeurs et, au point de vue du droit, des propriétés. Ce sont des propriétés personnelles. En les mettant en œuvre, il découvre dans le milieu où il vit les agents et les éléments propres à la satisfaction de ses besoins, il s'en empare, les façonne, les multiplie et crée des valeurs et, au point de vue du droit, des propriétés mobilières et immobilières. Ces valeurs sont le produit des forces qu'il a dépensées, de la peine ou de la souffrance qu'il s'est infligée pour les créer. Elles sont une émanation de la puissance libre qui est le moteur dirigeant de son activité et à laquelle elles appartiennent naturellement à ce titre.
En résumé, l'emploi utile de la liberté crée la valeur, et la valeur est la substance de la propriété (1).
Si les hommes vivaient dans l'isolement et ne se trouvaient jamais en contact, il n'y aurait point nécessité de reconnaître leur liberté et leur propriété, de les délimiter et de créer un appareil pour les garantir. Mais les hommes vivent en société. Ils forment des groupes, tribus ou nations, en possession chacun d'une portion grande ou petite de notre globe, et ils sont continuellement occupés à créer des valeurs pour subvenir à leurs besoins. Ces valeurs sont l'objet d'opérations et de transactions de toute sorte. On les emploie à fonder des entreprises de production, on les échange, on les prête, on les loue, on les consomme. Il est donc indispensable de savoir jusqu'où s'étend la liberté de les créer et d'en user, autrement dit, de connaître les limites
(1) Voir notre Cours d'économie politique, t. Ier, quatrième leçon, la valeur et la propriété.