LE DROIT DES GENS
Comme les individus qui les constituent, les nations ont leurs libertés et leurs propriétés, dont les frontières naturelles sont délimitées par le droit. Comme les individus aussi, elles ont une tendance naturelle à dépasser leur droit, en empiétant sur le droit d'autrui. Seulement, à la différence de ce qui existe pour les individus, il ne s'est constitué jusqu'à présent dans le monde aucun pouvoir supérieur chargé de reconnaître les limites de la liberté et de la propriété de chaque nation et de les garantir dans ces limites. Chacune se considère comme maîtresse de les fixer à sa guise, et elle les fixe de la manière qui lui paraît la plus avantageuse à ses intérêts, sans s'embarrasser de savoir si le droit positif qu'elle établit se rapproche ou s'écarte du droit naturel. Toutes étant animées de la même tendance égoïste, et aucun pouvoir supérieur n'existant pour y mettre un frein, les conflits entre elles sont inévitables, et pendant de longs siècles elles ont eu uniquement recours à la force pour les vider. La guerre a été alors l'état permanent de l'humanité. Cependant, le besoin de sécurité et les progrès de l'industrie ont fait naître entre les nations des rapports d'intérêt mutuel, elles ont conclu des traités de paix. Mais ces traités ne pouvaient subsister qu'à la condition que les contractants s'accordassent pour reconnaître et délimiter les droits de liberté et de propriété de chacun. Cette reconnaissance et cette délimitation ont été spécifiées dans des conventions,