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CHAPITRE II

l'intérêt particulier et temporaire de chaque individu est-il, ou non, lié a ltntérèt général et permanent de l'espèce?

Conserver ses forces et les accroître, tel est l'intérêt particulier de chaque individu et le mobile naturel de ses actes Cet intérêt est-il, ou non, lié à l'intérêt général et permanent de l'espèce? Telle est la première question qui se présente au seuil de l'étude de la morale.

Si cette liaison existe, il est évident que l'individu est intéressé à agir toujours d'une manière conforme à l'intérêt de l'espèce. Si elle n'existe point, il peut arriver que l'individu, obéissant au mobile de la conservation et de l'accroissement de ses forces, soit intéressé à agir d'une manière contraire à l'intérêt de l'espèce.

Il importe donc au plus haut point de savoir s'il existe, ou non, un lien entre les destinées de l'individu et celles de l'humanité. Nous ne possédons malheureusement, à cet égard, aucune information positive et nous nous trouvons en présence de deux opinions diamétralement opposées, qui se partagent le monde des intelligences : 1° l'opinion matérialiste,\ d'après laquelle l'existence de l'individu étant limitée au court séjour qu'il fait sur cette terre, il serait intéressé uniquement à la conservation et à l'accroissement de ses propres forces; 2° l'opinion spiritualiste, qui étend d'une manière indéfinie dans le temps l'existence des individus successifs dont se compose l'espèce et les associe par conséquent à ses destinées bonnes

ou mauvaises. Dans celte hypothèse, l'individu est toujours intéressé à agir d'une façon conforme à l'intérêt de l'espèce, dût cet intérêt se trouver en opposition avec le sien, et dût ce sacrifice de son intérêt lui causer un dommage et une peine. Car il a l'assurance que ce dommage et cette peine obtiendront une rétribution ultérieure, tandis que la satisfaction de son intérêt particulier et temporaire au détriment de l'intérêt général et permanent de l'espèce sera, de même, ultérieurement punie.

Dans la pratique, la prédominance de l'une ou de l'autre opinion a une importance sur laquelle il est superflu d'insister. Si l'opinion matérialiste domine , les actes conformes à l'intérêt particulier et temporaire de l'individu, mais contraires à l'intérêt général et permanent de l'espèce, ne peuvent être empêchés que par l'intervention d'une force extérieure. Quels que soient les progrès de la moralité (et la moralité ne peut guère progresser dans cette hypothèse), cette force organisée pour faire prévaloir l'intérêt de l'espèce contre l'intérêt de l'individu devra toujours subsister. Si, au contraire, l'opinion spiritualiste devient prépondérante, le progrès de la moralité pourra rendre inutile cette force extérieure : un jour pourra venir où la conscience de l'individu suffira pour le déterminer à subordonner toujours, quelque effort et quelque peine qu'il puisse lui en coûter, son intérêt particulier à l'intérêt général. En admettant même que ce jour n'arrive point, il est indubitable que le secours de la force intérieure de la conscience de l'individu qui croit ses destinées liées à celles de l'espèce contribue cà assurer l'observation des règles de la morale.

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