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OBJET DE LA MORALE. L INTÉRÊT GÉNÉRAL ET PERMANENT DE L'ESPÈCE

Si nous considérons l'humanité, dès les premiers âges historiques, elle nous apparaît partagée en une multitude de sociétés ayant chacune un code plus ou moins complet de coutumes, d'usages ou de lois, dont l'objet est de servir de règle aux actes individuels ou collectifs. En un mot, chacun de ces groupes a sa morale incarnée dans un code. Qu'est-ce qui a déterminé la formation de ce code? C'est le besoin de conserver la société et, s'il se peut, de l'augmenter. Or, la conservation et l'augmentation de toute société dépendent des forces dont elle dispose. Son « intérêt » consiste donc à acquérir et à posséder la somme la plus considérable de forces. Il suit de là que tous les actes individuels ou collectifs

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qui contribuent à la conservation et à l'accroissement des forces de la société soiU moraux, que tous ceux qui contribuent, au contraire, à leur destruction ou à leur diminution sont immoraux. L'intéréf.jûu l'utilité de la société, tel est le fondement de sa morale.

Si nous embrassons l'ensemble des sociétés qui constituent l'espèce humaine, nous trouverons qu'il existe, de même, un intérêt général et permanent de l'espèce, lequel consiste à lui procurer le maximum de durée dans le temps et d'extension dans l'espace. De même encore, cet intérêt ne peut être satisfait que par la conservation et l'augmentation des forces de la généralité. D'où il résulte que tous les actes qui contribuent à conserver et à augmenter les forces de l'espèce sont moraux, et que tous ceux qui contribuent à les détruire ou à les diminuer sont immoraux. Or l'intérêt général et permanent de l'espèce est naturellement supérieur à l'intérêt particulier de chaque société, et à plus forte raison, de chacune des générations et de chacun des individus qui la constituent. Si une société particulière s'affaiblit et périt, l'espèce continue néanmoins de subsister, si l'existence de l'espèce est -menacée, toutes les sociétés dont elle se compose sont exposées à périr. Il existe donc une morale universelle, fondée sur l'intérêt général et permanent de l'espèce, aux règles de laquelle chaque société et chaque individu doit conformer la

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