‹ La morale économiqueChapitre 43 sur 242 · LIVRE III. — LA MATIERE DE LA MORALE. — LE DEVOIR. 6b · texte numérisé non relu

LIVRE III. — LA MATIERE DE LA MORALE. — LE DEVOIR. 6b

capables d'en bien user. D'un autre côté, les moins capables et même les indignes, assurés de celte part, qu'ils l'aient méritée ou non, attendent volontiers dans l'oisiveté qu'elle vienne à leur échoir quand ils ne l'escomptent point chez des prêteurs complaisants. Les parents sont impuissants à s'y opposer, car leur autorité, en l'absence du droit de disposer de leurs biens, cesse d'avoir une sanction aussitôt que la loi a déclaré les enfants majeurs, si peu en état qu'ils soient de gouverner leur vie et de résister aux entraînements de la jeunesse. Comment les parents ne se désintéresseraient-ils pas alors d'une conduite sur laquelle ils sont sans action? Leurs sentiments se refroidissent, tandis que les enfants qui ont fait, sans être retenus par aucun frein, le coûteux apprentissage de la vie, se trouvent trop souvent en proie à la gêne et n'attendent pas sans impatience l'événement qui les mettra en possession delà fortune de leurs débiteurs légaux. C'est la subversion des sentiments naturels qui unissent, à leur mutuel avantage, les générations successives.

En résumé, les devoirs de famille comprennent d'abord les obligations réciproques des parents et des enfants et ils peuvent être ainsi spécifiés : 1° chaque génération a l'obligation d'appeler à la vie celle qui est destinée à la remplacer, dans la proportion du débouché ouvert à la population; 2° chaque génération a de même l'obligation de gouverner sa reproduction de manière à ne point abaisser et s'il se peut, à élever la qualité de la population ; 3° elle a encore l'obligation de faire à celle qui va la remplacer l'avance du capital nécessaire pour la former physiquement et moralement. Cette avance constitue une créance de la génération qui s'en va sur celle qui arrive; elle peut être exigée ou non, mais elle ne doit l'être qu'à l'époque où la nouvelle génération est parvenue à sa maturité ; 4° chaque génération doit léguer à celle qui lui succède les biens qu'elle a acquis par son travail ou qu'elle a reçus par héritage, mais en usant dans l'accom-

plissement de ce devoir du plein exercice de sa liberté et de ses droits de propriété; 5° la génération nouvelle aie devoir de se soumettre à la tutelle de celle dont elle procède jusqu'à ce qu'elle soit en état de pourvoir à sa subsistance et de supporter la responsabilité de ses actes, comme aussi de rembourser les avances qui lui ont été faites pendant sa minorité ; enûn 6° soit que le recouvrement de ces avances soit exigé ou non, les enfants doivent à leurs parents une somme de reconnaissance proportionnée à l'affection et aux soins qu'ils ont reçus d'eux et qui, par leur nature, ne comportent point de remboursement.

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