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LES DEVOIRS DE FAMILLE. LE MARIAGE

Telle est, au point de vue de l'intérêt général et permanent de l'espèce, et par conséquent des sociétés entre lesquelles elle se partage, l'importance des relations sexuelles, et des obligations auxquelles elles donnent naissance, qu'on s'est préoccupé de tout temps de définir ces obligations et d'en assurer l'accomplissement. Le mariage est un fait universel et, partout, il est sanctionné par la coutume ou la loi. Seulement, les conditions et les règles auxquelles il est soumis varient d'une époque et d'un pays à un autre. Sans remonter dans le passé, nous trouvons aujourd'hui dans un grand nombre de pays le mariage polygame; ailleurs, mais à l'état d'exception, le mariage polyandre. En revanche, chez les nations chrétiennes qui sont à la tête de la civilisation, la monogamie est seule consacrée par la loi. Le mariage est contracté à vie et même, chez quelques nations catholiques, il est indissoluble sauf certains cas de nullité. Toutefois, dans la plupart des pays civilisés, il peut être rompu par le divorce, et les époux divorcés sont libres de contracter une autre union légale. Ces différences dans la constitution du mariage tiennent à la diversité des situations économiques et des opinions sur la nature et l'étendue des obligations qui naissent des relations sexuelles; mais l'objet que les coutumes ou les lois ont eu en vue, partout, a été de déûnir ces obligations et d'en assurer l'accomplissement d'une manière conforme à l'intérêt de la société. Elles oppo-

sent des restrictions plus ou moins nombreuses et étendues à la liberté de l'association conjugale ; elles en spécifient les conditions et les règles, et c'est seulement aux unions contractées dans ces conditions et suivant ces règles qu'elles accordent la garantie du pouvoir social.

Les obligations naturelles que les coutumes ou les lois relatives au mariage ont pour objet de garantir concernent, en premier lieu et principalement, les enfants; en second lieu les conjoints eux-mêmes et, en particulier, la femme considérée comme mineure.

Avant tout, le mariage est destiné à assurer la reproduction utile de l'espèce. Toute société se compose d'une série de générations successives. Elle vit dans le temps, et elle s'efforce de s'y conserver et de s'y étendre d'une manière illimitée. Mais ce but ne peut être atteint, au milieu de la concurrence générale des sociétés, qu'à certaines conditions. La première, c'est que chacune des générations successives soit remplacée par une génération supérieure ou tout au moins égale en nombre et en qualité. La reproduction utile de l'espèce apparaît ainsi comme le plus important des intérêts de toute société. L'union libre, dégagée des règles et de la sanction légale, suffirait-elle pour y pourvoir? Elle y suffirait, sans doute, si tous les individus qui composent les générations successives possédaient : 1° la capacité nécessaire pour faire, dans l'union sexuelle, le choix le plus avantageux à l'espèce ; 2° les ressources, les aptitudes et la volonté requises pour assurer l'accomplissement des obligations de la paternité. Mais l'expérience démontre que ces diverses conditions, essentielles cependant, font trop souvent défaut, et qu'il est indispensable de suppléer à leur insuffisance, en faisant intervenir dans l'union des sexes un pouvoir qui en assure, autant que la chose est humainement possible, la fin utile. De là, l'établissement du mariage, c'est-à-dire d'une institution qui soumet l'union des sexes

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