‹ La morale économiqueChapitre 52 sur 242 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LES DEVOIRS ENVERS LA GÉNÉRALITÉ DE L'ESPÈCE. LES OBLIGATIONS NATURELLES.

Les devoirs envers la géne'ralité de l'espèce ou les devoirs envers le prochain consistent avant tout dans l'obligation d'user de ses droits sans empiéter sur les droits d'autrui. En supposant que cette obligation fût strictement remplie, l'ordre et la paix régneraient dans le monde. Chacun agissant dans les limites naturelles de sa liberté et de sa propriété, c'est-à-dire dans la sphère de son droit, il n'y aurait point de querelles ni de conflits et aucune des forces individuelles ou collectives de l'espèce ne serait détournée de son emploi utile. Mais avons-nous besoin de dire qu'un tel état de choses ne s'est jamais rencontré et ne se rencontrera probablement jamais parmi les hommes? Il suppose une perfection intellectuelle et morale dont l'espèce humaine peut approcher, sans doute, mais qu'elle ne peut guère espérer d'atteindre. D'abord rien n'est plus difficile que de connaître son droit, de savoir où il finit et où commence le droit d'autrui. Tous les codes renferment à la vérité l'inventaire des droits que chacun peut exercer et qu'il a le devoir de respecter chez les autres. Mais à ces codes de la loi positive viennent se joindre ceux de la loi religieuse, de l'opinion et de la conscience individuelle sans parler de la raison d'Etat. Ces lois émanées de sources différentes ne s'accordent pas toujours entre elles, et elles diffèrent toutes plus ou moins de la loi naturelle. A laquelle doit-on obéir de préférence? Sans doute,

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