‹ La morale en action, ou Elite de faits memorables et d’anecdotes instructives, propres a faire aimer la sagesse, a former le cœur des jeunes gens par l’exemple de toutes les vertus, et a orner leur esprit des souvenirs de l’histoire. Ouvrage utile aux eleves des ecoles secondaires, des lycees et maisons d’education de l’un et l’autre sexeChapitre 33 sur 37 · L.v iCOllALi; K> Al, 1 ION · texte numérisé non relu

L.v iCOllALi; K> Al, 1 ION

•■...Sl.-cs .saiNl Jaan « saml L' 1“'F

‘'''tri.:’:*::'ré i,:

:“i::^a;:i.;.iiir,c>.uéacicsrc

i;:r,::s;u iucrl“t "u i.»;,» vièior,

r,n Oc lois les cirélico» JcsGaulcs, i-our lu, r -

‘rr" e? 0 -Îcipitalio^^ lui fit voir qucncore ûl .-.ison <lo vouloir qu'on célol.rAl la ré.urrce- ‘ 1 llm-'oclio la pratique aidërcnte de quelques S^tl'al^ori^aitiL.Lséparerdel^^

^ autres H appuyait ses raisons de lautorilé mondes aut ^-j-cessenrs de Victor, qa.

eu ce point de la sage condesceuduuce "'"’irUcliait de lui il.spirer. Il écrivit plusieurs lettres Tviclor et é daulres évêques,

dispute et ^ et

‘"""rieurs Lii'e./e rlpos les Asiatiques, T eut enfin obligés de se conformer i\ l usage nu par l'autorité du concile œcuménique de

commun, p*^*

' ConOuiie Oes éré^ner d'Afrll"'',

^ Donatiites.

n certe s’était élevée contre l'Eglise, dès le com-

„ono''en.c,*On -, 101 -'»-= «'ac, sous 1. non, Oc Oon,

LA MORALE E5 ACTIO-N

listes, les:uels furent |.reniiùrcniciit scliisiuat 4 iics . ensuite hérétiques. Leur schisme vint de ce qu un cer u,i„ I)o„.nl, 6.4.1.1C de Cascs-Noircs, c.

1, Immérité d ordonner Majonn, evéque de au préjudice do Cécilien, évêque légllune, qu. aw.t canoniquement succédé à Mensunus. Apres la moiU Majori.l, les schismatiques élurent un autre eveque nommé Donat, et c’est celui-ci qui donna le nom au

ichisme des donalistcs. , i ’ i „y fitres-

Les donatistes étaient incxcnsahlcs a deux t • d’ahord iiar le fond de leur doctrine sur la rebaptisa-

lion, ■1‘''. <>‘••1’"'' “'"'“'""o'

dans un concile g;n4ri,l, cl par icscl„,HüK 'l" '

avaicnl la lOnulilidc faire al. c I l-.sl.ae ninlclselle. Il |■étaicnl encore par le.s ïinlcnces et les rrnaulcs iiiou.e rm ils cr.Tîaie.,l conlrc les call.oll.iucs. <;=1“"‘';'" efarité .le sainl Ansnslin et des autres c'’*!,-'* ^ ^ que s’abaissa, pour ainsi-dire, jusqu aux pitd^ hommes criminels. L'Eglise s épuisa en avances t e p à leur égard, cl fit une grande plaie a sa discip , pour hnr faciliter le retour à l unité. ^

Comme les donalislcs avaient consacre un graii nombre d'évêques pour les sièges même occupes par es catholiques, ils jiouvaieiit craindre de perdre leur rang en revenant à fliglisc. Aurèic et les saints evêqiies qui formaicnlcc concile, furent d'avisde le leur conserver, et décrire aux autres prélats, et principalement au pape Anastasc, pour les engager à .se relâcher en ce (le la scvérltc des canons.

Saint Augustin, qui fut un des principaux auleiiis de cette résolulion, dit qu’en cela ils faisaient, pour faire eutreu’ les donatistes dans funitc de 1 Pplise, une petite ouverture à la discipliuc ccelcsia^l^uc, ainsi

T.A ^!O^.Ar,F. f.N ACTtoN. 3 ;ü

..uaïul 01 . ento un oAr», »" f"'"

icom; ....lis q..o 1» “ ' «'"'M'"' '•'"«H»»

Icj canons, (lu’ell» c»"''' f" "

sue commise contre la si.v.Tili-.les r,-sles, ..lie ..u, convre la n„.Uil..de .les |*1.«. F.„ co.,s.-.l,.cnce, les ilnualisLcs furent toujours Ucii traites uaus les coiul-

Les évèriurs enll.olriues ïîrent i.lus encore , e 1 on a ucine à comiirenaro-iae i.nu. «l'aussi imchantshoiunuis on ait pu gilrc une si licllo chose, t,. les peuples, disent ces vênérahlcs évèqitcs, dans leur ép.lre iV Marcellin qui présidall à ces coiilcrcnces au tioiii de 1cmiKiicur, si le peuple clirétien ne peut soullrir d avoir ensemble deux dvilques, contre rordiuairc, nous nous euaaneons à nous démettre de l épiscox^l. H nous suffil pour nous-mèmes d'être cbrêlicns tidèles cl obéissants. C'est pour le peupile quou nous ordoune évêques i usons doue de répiscopnl selon quil est utile

pour la paix du peuple.

Avant que de faire celle offre dans 1 asseinbloe, dit M. GodeaU, quelques évêques t-xamiiièrenl avec s^iint Augustin, ceux qu’on jugeait à peu près y cons?nlir ou s’y opposer, cl jk-u leur semblaient capables de f;iire un si grand sacrifice. Mais quand ou en vint à l’exécution, de près de trois cents, évêques calboliqucs qui assisuûcnl à la conférence, il ii> en euKiu’uu déjà fort âgé, qui s'y opposa formellement, et un autie qui, par sa contenance, témoigna aussi qu’îl n’en était pa.d'avis. Toutefois, quand ils virent cjte tous les autifS 5 e portaient avec tant de zèle, non pas à perdre l’épiscopat pour le bien de la paix, mais à le mieux assurer rnti fî les mains de Dieu, Us curent honte de contrarbir

(les scntimcnls héroïques, et ils consentirent à i’üflrc, comme les autres.

Qu’il y a (le grandeur dans ce charitable ahaisse ment à rég:ard des plus méchants hommes ([u il y eiU peut-être alors! Ou se sent pénétré d'un tendre amour, et saisi d une respectueuse admiration pour ces inimitables evéques. Ôuelle générosité! (jue d’entrailles! i'c sont là le.s zélés (jue l Eglise avoue. Des hommes pleins de feu pour se réunir à leurs frères, quehpie méchants qu’ils soient ; des hommes capables de tout abaissement pour les adoucir, de tout saci-Mice pour {jagnci leur cœur et pour les guérir.

Plusieurs chefs des donatistes revinrent A l’unilé, et un grand nombre de fidèles y revint avec eux. Dos démarches si chrétiennes ont toujours des succès heu reux. C’est qu'il n’y a que l’e.sprit de Dieu qui puisse inspirer de si saintes vues et une si puissante charité : il bénit toujours les desseins de paix qui .sont conçus par des motifs aussi purs, et dans lesquels on ne suit d’autre loi que celle d’un amour temlre pour scs frères.

J^a paix est si chère, et les luis de la charité si es^ gcntielles et si étendues, qu’on ne doit jamais croire d avoir fait trop d avances pour gagner les esprits, cî pour vivre dans une concorde parfaite. Ce n’est p.is assez de chercher là paix, il faut, dit l’apôtre, après 1« prophète, courir avec ardeur après elle ; il faut la poursuivre par toutes sortes de routes jusqu’à ce qu’on y parvienne. ^

Légion fulminante

Dans le temps que l’empereu'’ Marc-.\urèle faisait

T. V MOUALE EX ACTION. \

la guerre contre les Sarnialcs, les (.)uades, les Marcomans et autres peuples de la Germanie, son année s'en^a-’ca dans un pavs enferme de bois et de montagnVec’est aujourd hui la bohème). Les Romains y étaient extrêmement incommodés de la faim et «le la soif, sans pouvoir se retirer, jiarce que les barbares^ qui étaient en bien plus grand nombre, occupaient tous les postes desimvirons, et les tenaient comme asslé«g& : l’armée était sur le point de périr dans l’extrémité où elle était reduile.

Il V avait dans l’armée un grand nombre de soldats chrétiens-, ils se mirent tous A genoux, et faisaient A Dieu de ferventes prières. Les ennemis son étonnaient; mais ils furent bien plus surpris de ce qui arriva. U s’amassa tout à coup de grands nuages, puis il tomba une pluie extraordinaire. D abord les Romains levaient la lôte, et la rercvaieiil dans la bouche, tant la soif les pressait ; puis ils en remplirent leurs casques, burent abondamment, et abreuvèrent leurs chevaux. Comme les Barbares les attaquaient en même temps, ils buvarenl en combattant, et il y en eut des blessés ({ui burent leuf sang avec l’eau.

Cependant il tombait sur les ennemis une grêle (Sjiouvantable, mêlée de foudre : l’eau et le feu sem- Idaient tomber du ciel dans le même endroit : mais le feu ne touchait point aux Roniair.s, ou s’éteignait aussitêt : au contraire, la pluie ne servait de rien aux barbares , elle les brûlait comme 1 huile; en sorte que tout mouillés ils cherchaient de l’eau, et se blessaient l’un l’autre pour éteindre le feu avec le sang. Plusieurs passaient du côté des Romains, voyant que l’eau n’était salutaire que pour o'>x c; Marc-Aurèle en eut pitié.

3'6 ï-.l- MnllALK KN ACÏIOS.

A celte occasion, l'armée lui doinia le uom J em^) reur pour la seplîème lins-, il le rei:iU coiiune duciel; car tout le iiiotiJe rccoiinaissail col evoneni ^ comme miraculeux. Les troupes des avaient attiré ce miracle, furent iiommee.s la U^.! lulminaule. On voit encore à Rome un monument de ce proiliee dans les lias-relieb de la colonne i n iiieune, laite en ce même temps.*Les Romaïusy sou Cüprésenlés les armes à la main contre les lîarbares , que l'on voit étendus par terre avec leurs clievaux, e sur eux IouiIjc une pluie nielée d éclairs et de ou res. On dit qu’à celle occasion, Marc-Aurèle écrivit^ ^ s lettres où il témoignait que son armée, prêle à peru, avait été sauvée par les prières des cliréliciis.

Apprenons à recourir à Dieu dans nos pressant besoins, les ferventes prières attirent les grandes gi àccSf

ïViompfte àe la charité et de la modestie.

De GaAiNCouT, dans l'Hi.sloire des hornmes illusp-es de la Marine française, rapporte un fait bien ho

jiorable a i\I. de Cornick, ^

La Garonne était débordée; les matelots les plus hardis ii’osaieul s’e.xposer à la viclence du courant,qm semblait devoir tout entraîner. M-de Cormek fut réduit à forcer, le pistolet à la main , quatre des plus v igoureux d’eutre ces matelots, de monter avecUu da un canot qu'il tenait près de la maison qui! habiiail aux environs do Bordeaux. Avec ce canot il alla snc- (^ssivemcnl dans toutes les maisons de l’île de Saint- Georges, d^bù il relira les habitants a demi nO)és et

mourants de Ir.i)eur.

Il tran'^i'oti.t ou icn’e ferme plus de .six cents per-

r t.A MORALE Ë.N ACTION. 3;;

sonnes de tout sexe et de tout ;'-e, c! m: c. ssa ijcud.ujt trois jours de pusser c» rcpasseï la nvièrc,i.üur sauver les cllets de ceux (lu’ll avait .::îs en srtrel.y L pour leur porter des subsistances. Quoicpic M. de Coriiick ne fût pas riche, qu’il fil par cel acud.-iU une perle coiisidt:rallie, 11 iiouiril à ses frais peiid.uil plusienp.s jours les luallicureux qu il avait sauves, be i]aii 5 .^cr p.isse, IVl. de Cornick se retira chez lui, et s’y tint coiistauimeut rcufermû,se refusant aux s ppiaudisseiucuts et aux reuiercîmeiits delà ville de liordcaux.

La Légion tJiébéennc.

Entre les légions qui couiposaiciit les armées romaines du temps des empereurs iMaxiniieii cl Dioclétien, il y eu avait une nommée la Théhéeiiue, toute composée de chrélieus, quoiqucllc fût contruc les autres de G,Guo Ijoinmcs. Mais ce qui est le plus étoyuaiit, c’est que non-sculeiiicnt louÉ 1. s officiers et les soldats de celle légion avaltiU l’avau lage'd'élre chrétiens, mais qu ils élaieiil des chrcliciis rcinplis de ffiiet de religion, cl que la piété régnait au milieu deux avec plus d'éclat qu’on ne la voit régner dans plusieurs commuiiaiités des plus réglées. Ils reudaieul tous au prince l’obéissance et le respect qui lui élaieuL dus. Us combattaient et .s’acquitlaicot des autres devoirs de leur état avec exactitude : au iiiilicu de la dissipation inséparable des fonctions miliLaires, ils mciialciil une vie recueillie, modeste, humble, péuilcnte.

L’empire n’avait pas de meilleures troupes , parce que ceux qu’une piété solide conduit, sont toujours les plus exacts à leurs devoirs, et les plus ardents à les pratiquer. Les empereurs les eussent toujours vir.

fi

] \ MOUALK action.

•• Innrs ordres, s’ils ne leur co eussent jamais Tonné de contraires à la loi dc-6ésus-Clirist. Cécité crlvall pour «pllaipc im »int oITiCor, Po....»

irur;;LvaU

venu que >" ' > ,, |a ,„etc de

lof. Vn.no., savaieu.anicvl,.ureu^

':::Æterci^^^^ ^,«0 ..s l»a.,qncs a»

’'t::;™fMann,ien,..aaa,,s.es^^^^^^^^^^^ pour emnbattre la faction des Bagaudes, i • VOrieiil ItA légion i héhéenne. Loiiuue

■ -'itevir ™.ur üà!, 1.. cl.re.ic.s qui é.a.cn. da.n

Gaules, elle refusa doheir. La légion c ai t.amT au pied de la montagne que I on nomme air '"?n-d liui le Grand-Sainl-Bernard. L’empereur unir

•«•.qi-ince o-do’ina quelle lut décimée, afin que

U crainte l’obligeât à se soumettre.L ordre fut exécuté

’ ,,c (,U aucun des soldats, ni des olliciors,(iui avaicii , iL armes à la main fit la moindre résistance pour défendre scs compagnons. Ceux que ie sort 1 n de se plaindre du traitement ciuon faism . * :Tlres envJaient leur gloire et leur bonheur. Quam. Pexéculion fut achevée, tou« ceux qui rcs.aicn p .slèrcnt qu’ils ne prendraient jamais aucune paît au nlélés uuoii voulait leur faire commeltre, qu - ''mient chrétiens, et qu'ils souffriraient tout, put • ^ „ d’a“ir centre leur foi. Ou rapporta leur pio cS <• tofâïT-Tenvqnuentrantc^

T. l MORALE EV ACTION. of-j

iju’on lesilécim.'ît une seconde rcis.On fil donc^corc mourir le dixi^'inc selon le sorlj et les îiulrcs s^^ïioïtaient à persévérer.

Us élaicni principalement encouragés par Maurice, Exupère et Candide. Ces hommes généreux, qui étaient persuadés que c’était vaincre que de mourir 'mur ne pas ollcnser Dieu , couraient de rang en rang, animaient leurs soldats à demeurer fermes dans la covife.ssion du nom de Jésus-Christ, à rexcmplc de ceux qui venaient de les précéder. Cejienrlant ils convinrent tous d envoyer une requête à l’empereur, pour lui faire voir l'équité qu’ils faisaient de lui obéir.

Voici ce que cette remontrance porta l : « Nous sommes vos soldats, seigneur, mais nous sommes en même temps servi^enrs de Dieu-, nous nous en faisons gloire, et nous le confessons volontiers. Nous vous de vous le si rvicc de guerre ; mais nous devons à Dieu finnoceme. Nous recevons de vous la paye, il nous a donné la vie. Nous ne pouvons vous obéir, en renonçant à Dieu, notre créateur, notre m :.trc et le vôtre. Si on ne nous demande rien qui l'offense, nous vous obéirons comme nous avons fait jusqu’à présent ; autrement, nous lui obéirons plutôt qu à vous. Nous offrons nos mains contre quelque niicmi que ce soit; ma s nous ne cro; ons pas qu’il soit peruiis de les ü’emp. r dans le sang des innocents.

« Nous avons fait serment à Dieu avant que devons le faire, et vous devriez vous défier de nous et de notre fidélité, si nous vdolions la promesse que nous avmns faite d’être soumis à Dieu. Vous nous commandez de rliercher des chrétiens pour les punir; pourquoi jeter les yeux sur des étrangers? nous voici : nous confessons l-ifu le père, auteur de tout, et son fils Jésus-Christ.

35o MOR VI. h. K N a<:tio:<.

Nou 5 .aT 0 ns v.. é;org« nos '■""'FS"»"* plaiffie; r.om nous sommes rc,ows auils ont eu de souaVir pour leur R^eu et vô . L’injustice avec l.'upielle on les a traites, ne point excités à nous révolter; nous avons encore armes à la main, mais nous iic resistcron^ pas, parce que nous aimons mieux mourir innocents que de vivre

coupables. » Mtyî

Cette généreuse remontrance ne fit qu irriter Maxi

mien. H eut lionle de cé:ter à la force de la vente, parce quelle sortait de la bouclie de ceux qu il croyait obliges Tune obéissance entière, et qui ne devait souftnr aucune exception. Désespérant de lesabattre, il ordo-nna qu’on les m mourir tous. 11 fit marcher des troupes pour les envirormer et les tailler en pièces Mais ces Cmmes pleins de (bi, dont la piété^avait arrête la main lorsqu'ils pouvaient facilement se défendre contre ceux cui les avaient décimés, étaient bien éloignes de fane aucune résistance à l’approche d une mortqu ils regardaient comme le terme de leurs maux, et le commencement de leur félicité éleriiclle. Dès qu’ils virent leurs bourreaux arrivés, ils mirent leurs armes bas, et .se laissèrent égorger comme des agneaux , sans ouvrir la

bouche pour se plaindre. ^ i • ;

Le soldat qui sert le mieux son pays, c est celui qui sort le mieux son Dieu, ^’ous sommes tous soldats de /ésus-Christ; s'il fallait donner mille vies pour le service de notre divin m 'ilrc, nous devrions nous estimer heureux de les lui ollrir.

La couronne qu’il nous prépare après nos combats, n'est pas une couronne périssable comme celles de la terre, mais immortelle et durable; tâchons de la mériter.

tA MORALE EN AC. ON. ôt>\

Rien de si i,u}énien.r r/t(fî la churilé. Rêconciliaiion des /ingeidns rebelles m>ec la cour. Caractère du f>rc-la( fpii iei- récoriciiie.

IS- 16.^1 , flans la guerre ([u’on appelle des prières, ta reine mère, irritée de la révolte de la ville d’Aii-crs, sétait avancée jinf-iuü Saoninr pour presser le siège de ia ville et lui faire porter la peine de sa rehedlion.

\] \niaiid . <pii en était évécpie, prévoyant les maltieurs fini allaient fundre sur son diocèse, presse les rebelles, les cslmrle, les sollieiu , leur propose des conditions de paix; mais tout cela ne ser\it <pfà le rendre suspect. Il fnt obligé de sortir de la ville, par la Iktiüii d’une trouiedo séditieux tpû trouvaient leurs avantages dans le.s désordres de la guerre. Ce bon pasteur oubliant rinjure faite à sa dignité, ne songea tpi’.’l aller trouver la reine, pour til-ber de la fl-icbir par se.s prières et par ses larmes. Mais la voyant inllexible, il eut recouos à un moyen cpil montre bien (jnil 11 y a rien de si ingénieux (pie la cltarilé. Cette pvînce.ssc fré- (Hieiitait souvent les sacrements. Iiilleviutdonc mi jour dans une égli.sc où il ofliciait poii'iliciilcTnciit , pour participer aux saiul.s mystères. Le pi élul, plein du zèle (pie lui communiîpiait l'auguste hostie (pi'll venait de recevoir et tpi il tenait encore entre ses mains, s’approche de la reine avec un visage où était peinte une modestie pleine de majesté, et, lui pré.sentanl la sainte hostie, il lui dit d'un ton assuré : « TveccYez, içadanie, voire Dieu cpii a piardontié à scs ennemis en mourant .sur la (U’oix. » Un pardon ainsi demandé est une grâce olilenue. La princesse désarmée ne pensa plus i la piiiii- [ion des coupables, et lit éprouver peu de temps après aux rebelles les eflets de sa bonté cl de sa clémence.

Henri Arnaud étaiî. le second Ois du célèbre M, Ajt naud J cet avocat si illuslrc par hn-mêine, encore plus par scs enfants et ses pelils-enlarits. Ne a Paris eu 1097 ^ il iv'çut dans sa famille une éducation telle qu une des plus veiTucuses mères était capable de la donner. Nommé a révêcbé d'Angers, en 1649 , p^trut un homme tout rempli de 1 esprit apostolique. 1 ! se livra tout ciilier à son église, et la gouvenia pendant tjuaranlc-qoaire ans dune résidence non interrompue, avec un 7 a le, une prudence el une cliai’ité sans Ijortiei* Il no la quilla quiuie seule fois à la prière du prince de Tarenlc, qui rinvila k venir conlérer avec lui sur la religion, dans son clnUeau de Tliouars. C( seigneur, ébranlé par la lecture de la perpélullé de la foi, ne résista pas k la douceur, aux manières insiniKuitcs, et surtout a leloquence du prélat, et il rentra d*uis le sein de fEglisc.

11 aurait manqué quelque chose à ce digne pasteur, vraiment père de son peuple, s il tdavait été spécialemeiU le père des pauvres. Il suffisait d abojdcr sa inaisou, pour apercevoir quelle place ils tenaient dans son cœur, On eu trouvait souvent un grand nombre qui hordaicut ses escaliers : on aurait dit que c’élaif'uL les gardes du seigneur qui habitait la maison. Touché particulièrement des pauvres honteux, il leur faisait des aumônes que le secret rendait doublement agréables : pour subveolr à cette dépense, il s était réduit luimême à une ^^raridc pauvreté. On a su que dans un seul jour il donna une somme de deux mille livres, provenant de lods et . eole d’une terre ; la manière Joui il fit cette largesse, /tait du grand hoiurae qui la faisait. II avait accordé uéreur une diminution;

mais U avait mis pour ^ î^nrgerjt hii serait

LA

■. ORhL’; en action.

à son Ooontnno. 4,0 so sor ill ui>[,oso a une hbornhlo s, “tenu "aili-.lo auni.'.nc on on doU joindre nne se-

„„d- no I:. i„ odl,ne<d.nnlo'dui,rélalso surpsso oll^ loâine’ il Â-lil survenu à Augei#uuc disrUe de

mÏ Pembnl .^ue les nohes pouvatou. à peine pourvoir à leurs propres hesoii.s, les pauvres rcslaieii dans la plus grande misère. lAViulls i ue Irouvcr d autre uourluure -tue celle des biucs de U

scniaicut, aux yeux des spcclateurs .[uc ues s.pi JeUes liideiix, lout dêc!.anR-.s. Le charil,ihic pasteur ne separ'Mia pas dans celle occasion. Il eiupbya une seule L/iusrruà dix mille livres pour ramener 1 about aiice dans la ville, Mais son hnmilib ordinaire sut caclier si bien les prodiges de sa cbarité, tpie toute la gloire en fut attribuée à M- b gouverneur de la pro\ iiice, et tpc le hasard seul a l’ait découvrirj un peu avant sa mort, pu'il en élait l'atilcur. C’est ainsi 4»^ ce vigilaul pasteur, lOLit occupé du soin spirituel de ses ouaihes et ,1e leur salut, étendait son zèle sur leurs misères lemporellcs. U avait appris de saint Grégoire , que la scluenec de la parole ne germe jamaib plus sùrcmenl dans les coeurs, que lorsqu'elle est arrosée qiai- la luaiii u

nrcdîcMleur* .

Ce n'étaU pas assez pour la cliarUé de M. d Auger

d’étre prodigue envers les pauvres ; Ingénieuse poui e sendee de ses citoyens, elle était encore généreuse envers ses ennemis. Ce cpii caractérise la générosité de cet amour chrétien pour tous ceux qui lui faisaient quelque peine, c’est que non content de leur par douiici de bon cœur tout le mal qu'il recevait deui, il clierchailavtx une .-.orte d'cuipre.rscmcnt les occa-

LA MORALE ES a O f I O N.

.‘ions Je leur rendre servicej eu sorte qu'il était passé ni proverlæ, que le meilleur titre pour obtenir des grâces de M. d Angers, était de lavoir onbnsé. Ou dit iiiéino quil (eiiait une liste de ceux qui lui avaient rendu de mauvais offices, afin de se souvenir dans l’occasion de leur eif rendre de bons. Si ceci parait héroïque, comme il Test en effet, il faut convenir que cest une espèce toute neuve d’héroïsme.

Tous les ans M. d’Angers faisait prestjue toujours à pied la visite de son diocèse, portant partout la lumière et la paix. Un carrosse suivait, mais il ne servait qu à ceux de sa suite cpii ne pouvaient marcher : c’est ce qui le lui faisait appeler Icrt agréablement io/z infirmerie. A un travail continuel, fju il n’interrompit que pour se livrer à la prière, il joignit une sobriété étonnante, et deo austérités que ni la vieillesse, ni scs infirmités, ne purent le porter à suspendre. Comme on lui représentait qu’il devait prendre un jour de la semaine pour se délasser : te Eh bimi, répondit-il, je écraide bon cœur ce que vous souhaitez, pourvu que vous me donniez un jour où je ne sois pas évéque. w

(( Sa sainteté jointe à sa vigilance pastorale, dit une dame ingénieuse (de Sévigné), est une chose qui ne se peut comprendre; cest un hoiimie de quatrevingt-sept ans, et qui n’est plus soutenu dans les fotigues continuelles qu’il prend, que par l’amour de Dieu et du prochain. J’ai causé une heure en particulier avec lui; j’ai trouvé dans sa conversation toute la vivacité de lesprit de ses frères. C’est un prodige que je suis ravie d avoir vu de mes yeux : tant Je vertus le rendent les délices de ses diocésains, et leur font craindre de le perdre. :)

Il mourut le 8 juin ‘dequaîre-*\*ingt-qiiiiî 7 ,c

LA SiOn.VI.E EX ACTION. Oùo

ans Jamais évèquc n a été plus regretté. Comme il éf.it rempli de bouté pour les pauvres et les petits, eùl honuêtelé pour les grands, il fut pleuré généralement de tons. Le concours était si grand pour lui baiser les mains, qu’on fut obligé de le lakser plus !on-t-temps exposé, pour satisfaire à la dévotion des diocésains. Ibs ne se lassaient point de regarder, pour la dernière fois, celui dont les visites épiscopales les avaient si souvent l'emplis de consolation pendant sa vie L’a- adémicien qui prononça son éloge funèbre dans une assemblée de 1 académie d'Angers, dont le défunt était membre, dit que les témoignages que le peuple donnait de =a douleur auprès du défunt, allaient au-delà du respect et de la vénération. Que peut-il y avoir au-delà dç ces deux choses, si cc n est l'invocation?

Réflexions sur l’éducation de la jeunesse.

Cet ouvrage se rapportant principalement à l’utilité de la jeunesse, il n’est pas hors de propos de faire quelques réflexions sur son éducation.

De tout temps l’éducation de la jeunesse a été regardée comme le devoir le plus important et la partie la plus essentielle du gouvernement. L’éducation, eu ■ ellét est seule capable de développer les talents naturels, d’élever et de perfectionner l’esprit. Son véritable objet est de former par l’étude de la religion le chrétien; par celle de la morale, le citoyen; et celle d§s sciençes humaines, Vhonune de lettres. î es hommes qui sont 1 élite et la gloire d'une nation , ne doivent le développement de leurs talents qu’à l’éducation et à l'instrucliori.

l’our élever des étudiants, comme pour former des

I, I M 0 II A r K EX A C T 1 0 X ^

nacrricrs, il llmt une ir.élhoile sage, sL'VÙre el sou- Lime. La plupart îles maitrc-spniliculicrs .suivent pour méthode, non pas toujours la plus sage, mais la plus conforme à leur goCit. Chcrcheiil-iis imi^lucmeuL eu (lia le bien de leurs élèves? ou liieii pré tendent-us par-là se donner un relief d'iuibilelé, s imposer à euxmêmes un fardeau moins pesant et moins enuujcnï, se procurer plus lot le salaire (jui leur est promis? c est ce que je nexamiiie point, mais je sais du moins qu i est très-aisé de se tromper dans le choix.

L'éducation publique oc dépend point du caprice d’un seul homme. Etablie par des décrets de plusieurs personnes d’une sagesse reconnue, le succès eu est certaini c'e,sl la voie que les nations les plus polies ont suivie, où les savants les plus fameux ont inarchu. L’autorité el la possession de plusieurs siècles lui .servent de caution. , ( I r •

].a discipline scolastique, à 1 exemple tic la clnscipline militaire, doit encore être exacte et sévère On trouver celle sévérité, celle exactitude? Sera-ce thms la iriaîsoii paternelle, où un maître perd son élève s il l’aime avec trop de Icmlicsse, où 11 se perd Im-niême s'il veut prendre et soutenir le caractère de fcTiuete cul lui convient?. Sera-ce à l'ombre de raulorilé d un père qui, déjà occupé des alTaires publiques ou de scs soins domestiques, content de payer les frais de 1 education de son lils, ne sc croira pas obligé d’en partager

l’ennui et le chagrin?

Sera-ce sous les yeux d'une mère, qui sans cosse nlarinée sur la sauté d'un enfant chéri, rendra les livres • responsables de la plus légère incommoditt; (Aont elle le verra attaqué? Coinmeut un maître pourra t-il donc entreprendre de cultiver 1 esprit de son dis-

la r,iou.vi.E K N ACTION.

rinlc par des soins assidus? et, ce cpii est encore beaucoup plus important, comment pourra-t-il réussir doinpter riiumcur de son élève, k mettre un frein aux passions dont cet Age nest que trop susceptible?

'■ Sans vouloir pénétrer dans 1 intérieur dos famd’es, on peut le dire eu général, tous les pères ne craignent pas de communiquer leurs défauts à leurs enfants-, toutes les mères ifappréliondent pas de les voir trop instruits; touslesdomestiques ne respectent pas l’innocence de ceux dont ils redouteront un jour la puissance. Toutes les maisons particidièrcs ne sont pas fermées aux flatteurs; toutes les tables n'y sont pas si austères; toutes les conversations et toutes les maximes qui s’y débitent ne sont pas si saines; tous les divertissements n’y sont pas si modestes qifiis n'inspirent jamais le goût de la licence à un jeune cœur avide de tout ce qui porte avec soi le caractère du plaisir.

Il n’en est pas ainsi des écoles publiques; outre que la jeunesse y est à couvert de la plupart de cos dangers, on y fait mettre à profil les di.spositions fpi’elle apporte, soit pour la vertu, soit pour les sciences. L’on corrige ou du moins l’on fait tout ce qu il faut pour en corriger les défauts; et la seule crainte du cbAlimeut suffit souvent pour eraj^iêcber qu’on ne le mérite. Il n y a •plus de mère qui puisse soustraire son eber fils à une peine salutaire, point de parents, point d'étrangers qui se déclarent les avocats d une mauvaise cause , et qui flattent quand il faudrait punir.

Quand on parle dune éducation particulière, quelle autre idée peut-on s'en former que (fun exercice obscur, sans vie et .sans Ame, où le maître et le disciple, toujours réduits à eux mêmes, son', eut ennuyés ■'uM de l’autre, se dégoûtent mutuellement, l’un d’ap-

IHTOtlrc, l'autro tleuseigncr? Au contraire, Idlnra- Lon publique ne présciile-t-elle pas tout cequ tni peut imaginer de plus vif, de plus aiiiijiéj de plus capable cf exciter même les plus blclics, je veux dire des jt \ aux, des combats, des victoires et des triomphes

Ce ii’est point légalité, ni de fortune, ni de naissance , qui dans les académies littéraires assortit les rivaux, c’csl la capacité seule qui décide sur ce point. Tous courcnl la même canière-, aucun ne peut e.s])érer de SC distinguer que par sou esprit, son étude et son application, bes combats sont toujours vifs et animés; (uns sont obligés de prendre les armes; tous à 1 envi se (lisprulenL Ihonneur de la victoire; tous peuvent égabraeiit y prétendre, et le maître seul peut l'obtcjiii. bcs vainqueurs sont sûrs délre couronnés après le combat; et les lauriers se distribuent souvent au bruit (les acclamations et des applaudissements d’une assemj lue nouilireuse,

F.sl-il rien de plus puissant que des espèces de combats et de triomphes pour exciter dans les jeums cœurs l’aidcur et fémulation? rien de plus capable de leur inspirer ces sentiments nobles qui, dans un agi; pins avancé, produisent les grands hommes et les héros en tout geiire? Leur âge, quoique tenche, en est è"aleineTit.susccplihle; l’olijet en est différent, à la vér ilté . mais les sentiments sont les mômes. Ce sont dhcurcuses semences, qui dans la suite do la vie se développeront plus sensiblement, et produiront les pins heureux eUtîls.

Cil autre avantage des collèges, rt le plus grand de tous, c'est d’apprendre à fond la religion, d’en puiser la connrjsscncc dans lc.s sources mêmes, d en comiaîtie le vêritaHe esprit et la véritable grandeur, et de sc

la morale en action. ÔSvJ

i rérnunir contre les dan|;crs que la foi et la piété ne reiicoiilrcnt que trop dans le monde. 11 nesl pas impossible, mais certainement il est rare de trouver cet avantage dans les maisons particulières-, aussi a-l-on toujours vu, et nous le voyons encore tous les jours, que des personnes aussi distinguées par leur esprit et leur capacité, que par leur rang et leurs emplois, se déterminent à se priver pour un temps de ce qu elles ont de plus cher, dans lu pensée qu’un dépôt si précieux croîtra a\ cc usure dans des mains étrangères, et ne reviendra dans les leurs que comme les vaisseaux qui, après un voyage de long cours, reviennent charocs clç j ichcsscs iiiiincnsos.

llistoire édifiante.

Il y avait dans la provliK*Te du Daiipliine un eccl(5siasticpCj homme de condition , nomrn('ral)])édc Saze. II passa sa jeunesse et une pai tic de sa vie dans un dérèglement que son état rendait encore plus crlmineî, et il devint fameux par scs dé!)auches. Dieu le toucha enfin, et cette première grûcc fut suivie du bonheur qu’il eut de trouver un homme d esprit et d’un mérite rare, pour le conduire dans la nouvelle voie qu il avait résolu do suivre • c était le supérieur de Toratoirc d'Aviçuon, nommé le pere Allard. L’abbé de Saze s’établit dans cotlo ville sous les ^eux de son pieux directeur, et après avoir passé les premiers temps de sa conversion dans les œuvres les plus pé** nibles de la plus austère pénitence, il alla se renfermer dans le château de Saze, la maison de scs pères, à six lieues d’Avignon, où il vécut le reste de sa vie dans une entière retraite, et dans les accupatioüs saintes de son état.

3go l-V MORAMv E.N a ch O. N'.

Pendant son séjour à Saze, il entretint un commerce fréquent avec le père Allard, quil eg.iidait comme le ministre de l’œuvre de Dieu, et uueamilie siiHulière. Un des jours de carnaval, l'abbé de S re lui^écrivit, et le pria d’aller passer les trois derniers jours gras avec lui à son château. Le père Allard , qui ne perda t aucune occasion d’instruire et d'animer son pénitent, lui répondit en ces termes : « J irai chez vous avec joie, monsieur, passer un temps destiné par les enfants du siècle à des occupations et a des plaisirs qui devraient être inconnus à des clireticns. Que nous serions heureux dans notre retraite, si nous pouvions, par nos gémissements et par nos larmes, réparer en quelque iâçon les dérèglements de ces malheureux jours! Quel aveuglement, quelle misère, de prévenir un tem|)sdc pénitence et de miséricorde par des actions qui méritent de n’en recevoir jamais Ne cessons point de louer le Seigneur de nous avoir séparés de celte multitude ({ui se damne : mais craignons à chaque instant de perdre, par nos infidélités, des grâces que nous n’avons pas méritées. C'est pour nous forlifici’ dans ces dispositions que je me rendiai chez

Celte lettre écrite, le supérieur la donna au portier de l’oratoire, et lui dit simplement de l’envoyer à son adresse. Le portier ayant pris le nom de Saze pour celui de Suze, crut que la leltre s’adressait à labbe de Suze, à Suze, et la lui envoya par un homme exprès. Que vos voies sont admirables, ô mon Dieu ! et combien vos jugements sont incompréhensibles! Cet abbé de Suze était alors tout ce que l’abbé de Saze avait été autrefois. C’était un homme de grande qualité, prêtre, possédant de riches bénéfices, mais d un

r;:iïrs::.™;:ous-ia,aysctacs,ius*.,.

et

était

noiir Y prendre toute sorte (le djvertisseinciits. que l’on peut se procurer innocemmen a la campagne lui parurent fadL; il songea à rassembler chez bu ioui ce uni pouvait contribuer à saKsfan-e presepe ^tou es

les Lssions à la fols, et renclienr sur toutes ms dé-

baucbcs dont on av<ait ouï parler jusquc-la. ^ .

Un projet si abominable était prêt à s exécuter, était dans l’attente du reste de la compagnie, ciu, devait venir participer à de si funestes plais.rs,(iuana on lui vint dire ciu’un licmmc demaudait à lui parler de la part du supérieur de l’oratoire d’Avignon. Un nom si jcspectablc fit presque Uémir 1 abbe de Suze; la vertu, si aimable et si douce qu’elle soit, est toujours suspecte au vice: l’abbé se rassura pourtant, il Ct entrer ect homme dans’sa chambre ; son étonnement rc doubla, quand il vit une lettre du père Allard; il ne sait s’il la doit recevoir, ou s’il en doit faire seulement li sujet de ses plaisanteries avec ses amis; ils viennent eux-mémes à son secours, et le déterminent à ne faire que rire de cette aventure.il ouvre enfui cette lettre,îl en lit une partie : mais qui peut exprimer son trouble et son embarras, quand il voit ce quelle contient? Une veut point achever de la lire, et il est contraint par une force qu'il ne connaît pas : il la jette par terre ct la ramasse à différentes reprises -: il donne (les malédictions à l’auteur de cette lettre, il faccable d’injures. Scs amis le voyant dans cette agitation, se moql t nt dcluijCt veulent le distraire; mais il ii était plus au

pouvob' de l liommc de calmer l’hcureLfx trouble (ju'i était eu lui.

IVabbé de Suzc passa un temps considérable dans ces pnmiers mouvements, qui étaient encore mêlés de fureur; enfin une profonde tristesse snccètle à scs transports. Quelle aventure ! s ecric-t-il ; qui peut l'avoir causée? Que me veut ce bon père? Pourquoi s'adresser k moi? Pourquoi venir interrompre le cours de mes plaisirs, quand je les goûte avec le jdns de douceur et de tran<piillilé,p3r une Iclirc <pn cliange la situation de mon àme, et qui renverse tous mes projets?

Les amis de l’ablié de Suze, surpris de l’impression exliaordimiiie que faisait une lellre sur un liornme sur qui les vérités les plus sensibles de notre religion n'cii avaient jamais fait,cl h qui les sacrifices ne coiilalent rien, crurent qu'il était attaqué de (pielque vapeur, qu’il fallait lui laisser passer en repos le reste du jSiir et de la Tiuit, cl que le leudemaia il se trouverait délivré de ses agitations. L’abbé de Suze lé crut luiméme, et après avoir quitté la compagnie cl s’ôlre renfermé dams sa cbambre, il espéra trouver dans le sommeil ce qu'il ne trouvait pas dans ses réflexions ; il se coucha; mais,ô mon Dieu ! vous vouliez consommer le dessein Je votre miséricorde sur cette 3inc, et la mallicureuse IranquiUilé dans laquelle le pécliciir mérite (pie vous l’abandon niez, ne devait point être la fin de ce prédestiné.

li reconnut la main de Dieu qui le venriit tirer da Tabîme où il était; mais qu'il le trouva protond et terrible, à DT ■ que la lumière de la grice rcckiLrait! Il se lève, ii ^ prosterne devant son Dieu, d adore les décrets de sa providence*, des toiTcnls de larmes sont le premier sacrifice qu’ii offre* Le leridcnlairj ^ son

LA MORALE ES ACTION. 3j3

pr^mior soin Ait de ronvoyer la compasme qui otail loi. ])h qu'il se vit. llAre, !*• pi-cmere clio«; qu il fit fut .lïcrire au p^rc- Allard. Comme il uc savait point que la dilïerence d une lettre une autre, et qm avait lait piciidœ le nom de Su 2 c pour celui de ba/.e , .'iv'ait causé loiile cette aventure., il ne douta point <imc Dieu n’eût insfiiré au père Allard la pensée de lui écrire. Il lui mandait qu'il devait être bien satlsliiil de sa lettre, s'il avait eu dessein de l’arrêter dans la cari ùre inlmne de ses débauclics j que jamais Iroubie ii av .lit été pai eil au sien; mais quajirès nu combat pénible, il reconnaissait la gr.lce vicLorieuse; qu il se jelait à ses pieds, (ju'il le suppliait de ne pas laisser son ouvrage imparfait; quil ue vntilail jtoiiiL le voir cKe/. lui;qu il était indigne d'une telle faveur, mais qu'il lui demandait celle de prier jiour lui, et de vouloir bien le recevoir sur la fin du carême; qu il espérait de 1 aller trouver à Avignon, et de faire ses pieds un aveu général de ses iHUles.

Après avoir oiiToyé sa lettre, Il ne piensa plus qu’ii faire une pénitence jiropnrlionnée a ses égarements. Il n’y en eut jamais une plus sincère et plus alFrcusc; il passait les jours et les nuits dans les larmes et les austérités, et lie se permettait pas b s plus légers adoucisscimmls : 11 passa de cette façon tout le carême, et se disposa an voyage d'Avignon dans la semaine sainte. Le Lruil de .sa conversion se réji-mdil dans tout le voisinage. Un l.iOu père capucin, jilus ("uclié u admiration que les antres, voulut aller voir de près les meiTcilles qu’il entendait conter de ce nouveau péiiitmit ; il sufii-sail autrefois délre preire, religieux, liomme de bien, pour ii’oser aliordcr dans U maison de l'abbé de Suze, sans s’cxpioser à des insultes; niais io

capucin sachant qu’il n’y avait plus rien a craindre pour lui, y alla avec confiance; il était connu dans a maison : les premières pei-sonnes qu’il rencontra a Suze, lui parlèrent du changement de l’abhe; les pauvres ne connaissaient plus la misère; les domestiques ne sentaient plus la servitude; les louanges de Dieu letenlissaient où peu auparavant on ii entendait que es blasphèmes; la paix, la douceur, la tranquillité, ren datent cette maison le séjour des a-a^^es.

Le père capucin, pénétré de joie, ne pouvait retenir ses larmes : c’était un saint religieux. Labbe do Suze le vint recevoir; il se jeta à ses pieds; a peine i)Ut-il lui conter son aventure; les sanglots, les soiqnrs entrecoupaient son discours; enfin il lui apprit Ihc^ reux changement qui lui était arrivé. Le bon père coûta avec admiration, et, soit qu'il fût inspire de Di.eu, ou qu'il crût que l’abW de Suze avait suliisai^ me'ut satisfit aux règles de féglise pour recevoir 1 a^ solution de ses péchés, il lui projiosa de profiler de son séjour à Suze jiour se confesser; il lui rcprescuU qu’il ne fallait pas dilTerer plus long-temps de recevoir un sacrement qui devait être le gage de sa réconciliation avec Dieu. Labbé de Suze, prévenu du désir d’aller trouver le père supérieur de l’oratoire à Avignon s’opposa quelque temps aux sollicitations du ère capucin; mais il les redoubla avec tant d instance, que fabbé de Suze se fit un scrupule de résister à un conseil qu’il crut venir de Dieu; il se prépara le reste de la journée et toute la nuit à une action dont il connaissait toute fimportaucc; il renouvela ses prières et

ses larmes. ^ ^

Le lendemain il confessa taus ses péchés avec une

amertume et une conUilion inspirée pai celui qui de-

LA M 0 B. A t E C ACTION*

vail les lui remcllrc : U avoua qu'U y avait plus de 'rcTilc aiis qu’il n’avait été à rouffsse. Le pcrc capucin , Umdic et salislait de la douleur de son pénitent, Un donna raLsolulion, qu'il reçut avec des sentiments d’amiiLir et de recomiaissancc. Après avoir 1 un et l'autre rendu RrÛces à Di.-u, le bon père dit i l’abbé de Su-^e, (lue ce n'était pas assez d’avoir rempli ce praluier devoir; quü était prÔlre, sans en avoir prcsiiue jamais lait aucune lorictinii ; qu il fallait dire la messe sans dilTércr; que Dieu ne lui laîsait peut-elie pas U grilcc de trouver dans sa vie de si beiireuscs dispositions, et qu'cnflii il le lui ordonnait par tout le [Kmvoir qu'il venait de prciulre sur lui.

L’rtblié de Suze frémit à cette [iroposltion ; Vliorreur de ses crimes lui faisait penser qu’il ne pouvait jamais lire admis à la célébration de nos mystères : il conjura le bon père de ne lui point ordonner une action dont 1 était iadl;;ne. Mais le capucin persista avec taiitd’aulorlté, que son pénitent craignit encore de désobéir à Dieu en lui résiNtant; il se prépara donc à dire la messe, et la dit avec tant de foi, tant d’ardeur et tant (le piété, que l’on crui voir un ange à rautc.1 au lieu i’un lioiuine.

Après la messe et l'arlion de grAces, le péire capucin prit congé de lui, se rerommanda A ses prières, î’exliorta à la confiance qu'il devait avoir ru Dieu; et l’abbé de Suze, de son côté, le remercia, et se trouva dans une paix dont il n’avait pas encore joui depuis sa conversion. Tant dévénements extraordinaires ne pouvaient être que miraculeux. Le bon père capucin n'était pas A la porte du château, qu’ou le rappelle avec précipitation jioiir donner sa béiicdicliou à l'nb)>é de Suze qui so inoarait. Ek effet, une heure

LA MORALE EM ACTJOM

.-inrùs avoir .lil la messe, il lomba en i^rniilcxle; sans perdre connaissance ,11 iierdit b parole; mais la paix et la traiitiulllilé de son àmc fpii j araissalcnl sur son visiK'e, furcnl d une édifiration plus -randc que n auraient été scs discours. Le père capucin lui donna les derniers secours, et le péuilciil mourut de b mori des iustes, laissatil un exemple admirable cl bien loucliaiit des miséricordes du Seigneur.

Réflexions sur le bonheur fh ihomnie vertueux.

Tous les faits que nous avons rapportés dans cet ouvra''e , nous ont paru bien propres à faire aimer et nraliqucr b vertu. Wicn de plus naturel que de le termitmr pwr quelques réücxions sur le bonheur de

I houiuie vertueux. i i ,,

(^'est en vain que 1 homme cherche son bonheur

1 ors de b vertu ; elle seule peut lui procurer mi i repos; elle seule peut lui procurer de vrais plai- Ijti hüiTinie est-il verlueui ? il possède im bien ^ lidc qui comble les vœux. U p est point tourmenté des désirs toujours inquiets; il ne connaît point dé-'oùt mcr'.el qui suit b jouissance de tous les ^ T.îpne ■ il ne craint point que les riches trésors

1 t il jouit lui soient enlevés : les revers de la torpjnjusiice des hommes ne peuvent rien sur ce * ■ s'il craint de le perdre par la défiance qu ÎI a ^*^TVmôine, ali ! que celte crainte est diflerenle de *^°lle^qu‘iuspirenl bs frêles trésors ilc la terre! celle-ci ' 1 ‘ e b cœur de riiomme, celle-là ne trouhb point doni il jouit: celle-ci b plonge dans bs plus ^ ^ Ibs agilalious, îe rend victime de b défiance*, là b l'ib33 tranquille, tandis qu’elle l’arme contre

sa blbbssc.

r,A MORALE E.v a‘:TIC>-.

Dans cet l.eurei.x état, quesl-ce qni [.ourrail troubler sa iranqulllîté? la perle des honneurs ,1 les meprise; celle des richesses, il en est detnehe ; le menris, il y est insensible ; la calomnie, il la clcdnigue; la malice des hommes, elle ne saurait Im nuire; Icor ingratitude, il s’y attend; la douleur, elle ne sort qn a exercer son courage; la mort, il ne voit en elle que le coi.nnencemcnt dune plus heureuse vie. Que des revers accablants le précipitent des postes les pins cieves dans la poussière ; que ses biens lui soient eiileves par rinjustlce des linimnes; que reiivie verse .sur tniües se.s actions .son plus noir poison; que Ic.sdoidenrs les pins aiguës déclurenL son corps; que tonte nature se ligue pour le pci-dre; supérieur à tout cr- qui lenviv'ironiie, il est intrépide; il est inébranlable au milieu des plus étoniiarites révolutions, des puur alîreux dangers. Que le ïiionde s écroule dtins scs loudeuiCTits ^ ses ruines l’accahlcronl sans l^épouvantcr.

L’homme vertueux craint 1 Pire suprême, et il un point d'autre crainte; il fait gloire de se soninettrc à ses lois, ne connaU point dautre servitude, lienrense crainte , heureuse soiionssion , qui, loin de trouliler son repos, en sont les fondements inébranlables,

il n est point de cornlilion à laquelle la vertu nassure de vrais plaisirs. Plaisirs pour le grand, dans le bon usage qu il fiit de son autorité; plaisirs pour le riche, dans les secours quil donne à Pindigent ; piaisirs pour Phonuiie privé, dans la satisfaction snen Le qiPil trouve à remplir son devoir; pour le pau’ Vie, pour celui quoii pe sécule, pour celui que la inaiadie et les douleurs accablent, dans leur résignation aux ordres du cicl^ dans leur constance, dans

LA MüHALE EN ACllON

Fespoir des récompenses qu’ils ont droit d'en attendre ; ulaisirs pour tous les états dans l’observation des lois salutaires, que la vertu ne prescrit à riiommc que pour le rendre véritablement heureux. En est-il de plus sensibles et de plus flatteurs? Innocents, ils ne sont troublés par aucuns remords-, touchants, ils comblent le cœur de joie-, abondants, ils remplissent toute l'iuno; solides, ils ne dépendent point du sort; durables eiiini, ils ne sont jamais interrompus.

Page 1