Deut.f ch
un péché, parce qu'encore qu'il ait la corne fendue, il ne rumine point ?
Le Prêtre Egyptien. — Osiris, incarné dans Apis, et Isis, aux cornes de vache, sa sœur et son épouse, ne sont pas les dieux du bien ; Typhon n'est pas le principe du mal, incarné dans le crocodile ; Horus, fils d'Osiris et d'Isis, n'ajamais vaincu Typhon! Mon double n'habite pas mon tombeau, auprès de ma momie ! Il ne peut manger le pain, les œufs, les oies, boire le lait, le vin, la bière, respirer les parfums que sa famille et ses amis lui apportent ! Anubis, à tête de chacal, n'est pas le gardien des momies ! Il est inutile de placer, dans la dépouille du mort, le rituel funéraire, destiné à lui tracer la voie qu'il doit suivre ! Osiris ne s'empare pas de mon âme, et identifié avec elle, il ne parcourt pas les longs et sombres couloirs remplis des monstres, compagnons de la nuit !
Elle n'a pas à comparaître devant Thoth, à la tète d'Ibis et Pacht, la déesse à la tête de lionne pour les méchants et à la tête de chatte caressante pour les bons. Leurs serviteurs ne mettent pas, dans un plateau de la balance, le bien, et dans l'autre, le mal. Osiris ne prononce pas de jugement, Thoth ne l'enregistre pas ; si le mal l'emporte, mon âme ne court pas le danger d'aller habiter un cochon ou quelque autre animal immonde; si le bien l'emporte, Osiris ne lui ouvrira pas les portes du séjour éternel I
La Pythie, assise sur son trépied, la robe gonflée par la vapeur du Dieu qui la pénètre, s*écrie : — Misérable impie, tu oses donc prétendre que Delphes n'est pas le centre du monde. Œdipe aurait pu se soustraire à l'arrêt de l'oracle ! Une créature humaine pourrait échapper au destin ! Tu ne crois pas que Jupiter est marié à Junon, sa sœur !
CROQUBMITAINE. 17
Le Styx ne roule pas des eaux noires qui font neuf fois le tour des enfers. Garon, à la barbe inculte et blanche, l'œil immobile et incandescent comme un charbon, couvert de son sale vêtement, n'est point le nautonnier qui doit passer les ombres. Il est inutile de mettre, dans la bouche des morts, l'obole sans laquelie ne pouvant payer leur passage, ils seraient repoussés impitoyablement par lui. Cerbère n'est pas un chien à triple tête, aux aboiements terribles. Pluton, coiffé du boisseau, au sceptre surmonté d'un aigle, n'est pas le roi des enfers, et Proserpine n'en est pas la reine. Minos, Eaque et Rhadamanthe ne sont pas les juges du sombre royaume. Hécate, tricéphale, n'appelle pas les furies vengeresses à qui appartiennent les coupables. Alexo, Tisiphone et Mégère ne les torturent pas. Ixion, attaché sur sa roue, avec des serpents et des liens d'airain, n'est pas emporté dans une éternelle rotation à travers l'espace. Sisyphe a pu mettre son rocher d'aplomb. Tantale peut boire à son aise. Le tonneau des Danaïdes s'est rempli. Eurynome, dont le visage est violacé comme le ventre d'une mouche à viande, ne ronge pas les chairs des morts jusqu'aux os, et les ombres des Champs-Elysées ne jouissent pas du bonheur décrit par Virgile !
Le Marabout. — Les anges exterminateurs ne viendront pas examiner mon cadavre dans le tombeau; je n'irai pas dans le paradis où coulent des fleuves de lait et de miel, recevoir les caresses des houris aux grands yeux noirs et à la peau couleur des œufs d'autruche; je ne porterai point de bracelets ornés de perles, et ne serai point paré d'habits de soie ; et les pervers ne descendront pas, environnés de leurs crimes, dans un gouffre de feu, et ils n'y seront pas abreuvés d'eau bouillante qui leur brûlera les entrailles ? Allah
n'est pas Allah, et Mahomet n'est pas son prophète î
Le Derviche tourneur. — J'aurai inutilement passé mon existence dans un perpétuel vertige.
Le Santon. — Je plains les saintes femmes qui, ayant eu le courage de baiser certaines parties démon corps sans réchauder, n'auront pas de compensation.
Torquemada. — Je n'ai pas eu de raison de brûler 40,000 Juifs et de pénitencier une centaine de mille hérétiques, relaps et mécréants.
L'abbé du Chayla. — Pendant mes 16 ans de mission dans les Gé venues, j'ai eu tort de torturer les protestants, de leur enfoncer des roseaux pointus sous les ongles, et de lier à des arbres des mères qui allaitaient, de sorte que, tandis que leur sein éclatait sous la pression du lait, elles avaient sous les yeux leur enfant mourant de faim !
Le Catéchiste (1). — Alors les fins dernièresde l'homme ne sont pas la mort, le jugement et l'enfer ; la mort n'est pas la séparation de l'âme et du corps ; le corps ne ressuscitera pas à la fin du monde ; notre âme ne parait pas devant Dieu pour être jugée sur nos bonnes et mauvaises actions. L'âme, en état de grâce, ne va pas au ciel qui est un lieu de délices où les anges et les saints jouissent d'un bonheur éternel et parfait, par la vue et la possession de Dieu ; l'âme en état de péché mortel n'ira pas en enfer qui est un lieu de tourments où les damnés souflfriront, avec les démons, des supplices qui ne finiront jamais ; celle qui, bien qu'en état de grâce, n'est pas exempte de tout péché véniel ou n'a pas entièrement satisfait à la justice de Dieu, n'ira pas en purgatoire. La confession n'est pas nécessaire ; l'Église n'a pas le pouvoir de délier
(1) Extrait du cat(Jchisme du Diocèse de Paris.
dans le ciel ce qu'elle délie sur la terre; les messes pour les âmes du purgatoire sont de l'argent perdu et le Pape commet une escroquerie en vendant des indulgences! Quand je promets une place au paradis, j'emploie des manœuvres frauduleuses pour persuader l'existence d'un pouvoir ou d'un crédit imaginaire dans le but de faire naître Tespérance ou la crainte, et en vertu de l'article 405 du Gode pénal, je devrais être puni d'un an à cinq ans de prison !... Et Notre-Damede-Lourdes ne guérit i as les maladies du corps et de l'âme !... Il n'y a pas dans l'autre vie de châtiment pour les méchants et de récompense pour les bons?
— Non, répond tranquillement le matérialiste.
Le prêtre, dans son horreur, oublie dans son calice le sang du Seigneur. Le pape retire ^on pied des lèvres de la dévote qui le baisait; le capucin s'oublie jusqu'à débarbouiller son corps crasseux; saint Labre, secoue sa sainte vermine, la carmélite relève son voile, pour contempler le monstre, le clergyman interrompt son psaume, le piétiste ouvre les yeux, et cesse son assommant sermon, et tous, prêtres, moines de toutes couleurs, bonzes, lamas, fakirs, brahmes, santons, derviches tourneurs, marabouts, étendant vers }ui un bras vengeur, s'écrient :
— C'est un impie ! il est séditieux ! A mort ! il ou-
20 LA MORALE TItÉOLOGIQUE.
trage les vérités universellement vénérées. Il est sacrilège ! Il nie les esprits, les Dieux et les démons, les châtiments et les récompenses qu'ils distribuent! C'est un fou !
Et le prêtre qui vient de donner l'absolution au sacripant de tout à l'heure, furieux comme un dogue à qui on arracherait son morceau de charogne, jette au matérialiste, à défaut d'autre chose, cet anathème :
— Ta doctrine est immorale !
Et avec la colère de l'homme qui, pendant des siècles, a eu l'habitude d'avoir à son service le bras séculier pour réduire ses adversaires au silence, il ajoute, indigné :
— Sans la maudite loi du 29 juillet 1881 sur la prétendue liberté de la presse, je te l'aurais prouvé en te faisant condamner à l'amende et à la prison pour outrage à la morale publique et religieuse.