LA CONSERVATION ET L'AMÉLIORATION DE L'ESPÈCE
siques, ni d'après les penchants des conjoints. Elle se fait d'après la position sociale , le poids de la dot, les convenances des parents, les considérations du qu'en dira-t-on mondain. Belle sélection , en vérité , quand on n'a consulté ni les antécédents morbides, ni les aptitudes réciproques I Tel père est épileptique, telle mère, folle. Il y a des familles de phthisiques qui se perpétuent juste assez pour livrer <ie nouveaux cadavres au cimetière. Le déchet est énorme. La femme, liée à un ^mari pourri de scrofules , doit faire des enfants voués à la scrofule , si elle ne veut se rendre coupable du crime d'adultère.
Légalement, de son côté, l'homme est voué à la monogamie, de sorte que tout homme devrait entrer vierge dans le lit de sa femme. Seulement, comme de pareils cas sont exceptionnels, il est condamné dans sa jeunesse à dépenser ses forces génésiques dans des rapports qui doivent être improductifs, sauf de maladies vénériennes dont il fera hériter plus tard ses enfants, dits légitimes. Cette obligation de la monogamie a pour conséquence l'institution d'une caste de femmes méprisées et maltraitées par ceux-là mêmes qui les considèrent comme une nécessité sociale et personnelle. Cette classe de femmes est improductive. Si elle produit, la plupart de ses enfants sont voués à la mort ou à l'abandon, aux conditions les plus misérables.
Par contre, l'homme et la femme, réunis par le mariage de convenance, ayant pour objectif de conserver leur aisance, d'assurer à leurs enfants une situation analogue à la leur, limitent le nombre de leurs enfants et arrêtent leur reproduction. Ceux qui multiplient, au contraire, avec insouciance, le plus souvent , sont précisément ceux qui se trouvent dans les pires conditions pour élever leurs enfants. Ils les jettent au monde»
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sans s'inquiéter de la manière dont ils pouront les nourrir. Un grand nombre périssent faute de soins: d'autres n'ayant à leur disposition qu'un sein tari ou un lait falsifié, pourrissant dans la crasse, sont noués dans un rachitisme physique et intellectuel, misérables avortons, à charge à tous et à^eux-mêmes, ne soutenant la lutte pour l'existence, qu'en quémandant des secours, toujours insuffisants.
Tous ces arrangements ne provoquent qu'une eflOroyable hypocrisie. Tandis que notre|société est basée sur la monogamie, partout s'étalent la polygamie et la polyandrie. Tout le théâtre français a pour canevas la lutte entre les besoins de la nature et les^rrangements légaux. Pour empêcher que la femme n'obéit à une sélection dilSérente de celle qui lui a été imposée par la volonté des parents, la loi française n'a pas trouvé d'autre sanction que de s'effacer devant le meurtre du mari sur sa femme et l'amant de sa femme : legs des temps les plus barbares, condamné il y a un siècle et demi, avec indignation, par Montesquieu ; en vertu duquel, Fenayrou eût été considéré , comme un mari plein d'honneur et acquittable, s'il eût tué Aubert sur le corps de sa femme et sa femme avec , au lieu de le tuer au moment où il entrait dans sa maison !
La loi, pour maintenir la monandrie de la femme, n'a pas trouvé d'autre moyen que sa propre abdication.
Tels sont les résultats auxquels ont abouti les arrangements d'autorité, destinés, en France, à régler les rapports sexuels et à assurer la perpétuité de l'espèce. Les types les meilleurs restent stériles ou sont condamnés à une reproduction étroitement limitée. Aurais-je pu former mes troupeaux , si mes taureaux eussent été voués à la monogamie et si l'incoste leur
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eût été interdit ? La femme, légalement, est souvent condamnée à subir un reproducteur, ayant toutes les conditions qui le feraient condamner par un éleveur à- la stérilité. Il faut n'avoir jamais assisté à un conseil de révision pour n'être pas terrifié du sort des femmes qui prendront un mari, au hasard, dans le tas, en dehors de toutes les conditions qui rendent les conscrits bons ou impropres au service ! Et après le service, que restera-t-il des premiers, flétris par la vie de garnison ou usés par les fatigues des campagnes ?
Le matérialiste. — Alors, toi éleveur, tu trouves que les arrangements d'autorité, les conditions légales, pour la reproduction et la conservation de l'espèce, n'aboutissent qu'à des résultats désastreux ?
BakewelL — Je ne juge la question que comme éleveur ; mais, en cette qualité, je déclare que les législateurs du Gode Napoléon se seraient proposé le but d'empêcjier l'amélioration de la race française qu'ils n'auraient pas mieux fait. Du reste, le résultat confirme. Le peuple français ne se reproduit pas et quand il se reproduit, il se reproduit dans des conditions exactement inverses de celles que je cherche à réaliser pour mes troupeaux.
Le matérialiste. — Alors, tu proposes?
BakewelL — Pas d'intervention de l'État, à coup sûr ! Elle a trop mal réussi là pour que j'y aie recours. Darwin dit : « On devrait faire disparaître jtoutes les lois et toutes les coutumes qui empêchent les plus capables de réussir et d'élever le plus grand nombre d'enfants (1). » Mais arrêtons-nous là. Quand on aborde cette question, on se heurte à une telle accumulation d'influences héréditaires, à un tel hérissement
(i) Descend, de ïtomme, t. II, p. 439.
depréjugéfi, que de longs développements, des insinuations, des précautions infinies sont nécessaires. Un livre n'est pas de trop pour la traiter avec liberté. J'ajourne (1).
(1) Ce volume, intitulé : Le mariage, fera partie de mes Etudes de physiologie sociale.