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CHAPITRE VII

L'objectif

Civilisation scientifique et productive — Ses caractères. — Utilité morale de la science et de l'industrie. — Altruisme de la misère et altruisme du bien-être.

Substitution de l'intelligence à l'instinct ; de la volonté individuelle à l'obéissance : une seule civilisation peut obtenir ces réalisations pour l'homme.

C'est la civilisation scientifique et productive.

Dans cette civilisation, celui qui produit jouit de l'utilité qu'il a produite. Il ne l'échange que contre des services réciproques.

Do ut des, je te donne pour que tu me donnes. Elle a été établie sur le premier marché qui a été tenu.

L'habileté de l'homme consiste à concilier des choses contradictoires. Or, sur chaque marché, il y a deux intérêts opposés : celui du vendeur et celui de l'acheteur. Après libre débat, ils finissent cependant par se

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mettre d'accord, en vertu d'un acte de décision personnelle : et cet accord qui s'appelle l'achat d'un côté, la vente de l'autre, est le contrat librement consenti, non imposé. La civilisation productive substitue la décision personnelle à l'instinct.

La réciprocité des services, la reconnaissance du droit de chacun sur les utilités qu'il produit, la conciliation des intérêts opposés, développent les sentiments altruistes.

La puissance de cette civilisation est fondée sur le développement intellectuel, physique, moral, matériel de chaque individu : elle établit la solidarité entre tous les hommes, tandis que la civilisation guerrière est basée sur l'affaiblissement et la ruine des conquis et la civilisation sacerdotale sur l'abrutissement et la spoliation des fidèles.

Elle a pour but d'augmenter la puissance de l'homme sur les choses, et d'éliminer la puissance coercitive de l'homme sur l'homme.

Elle prépare la substitution de la décision personnelle à l'impulsion instinctive, en affranchissant l'homme de la discipline militaire et ecclésiastique.

Elle habitue à l'examen des choses dans le but de les voir telles qu'elles sont et non pas de flatter nos illusions ou de prouver une thèse à priori, et ainsi, prépare la science qui, à son tour, la complète.

Elle ne peut être réellement fondée que par le développement de l'industrie. Autrefois l'homme qui avait de grandes aspirations de puissance et de jouissances n'arrivait à les satisfaire que par l'assujétissement des autres.

Maintenant la vapeur, l'électricité mettent à sa disposition des millions et des millions de travailleurs mécaniques. A voir les merveilles accomplies depuis un

a34 LES PROBLÈMES.

siècle, au milieu des crises de toutes sortes, des guerres civiles des guerres étrangères, des aberrations gui jettent encore les peuples les plus civilisés dans toutes les absurdités et consomment de la manière la plus improductive les énergies de toutes sortes, nous pouvons dire que, dans le siècle prochain, rhumanité aura subi une évolution plus complète qu'aucune de celles qu'elle a accomplies jusqu'à présent.

Nous serons meilleurs. Pendant le moyen âge, l'altruisme, ne s'adressant qu'aux misérables mourant de faim, rongés de vermine, forcément était dépressif. Il se dépensait en lamentations ou en secours toujours insuffisants. Puis il était traversé de ces méfiances, de ces haines sans raison qui hantent tout à coup les cerveaux mal équilibrés.

Entre gens bien portants, assurés de la satisfaction de leurs premiers besoins, la sympathie ne prend pas aux uns pour donner aux autres ; en se communiquant de celui-ci à celui-là, elle devient plus vive, s'agrandit au lieu de s'éteindre. Lebonhexœ rayonne, échauffe chacun de sa chaleur.

Il en résulte qu'il n'y aura plus de ces haines de vainqueurs à vaincus, de sujets à despotes, de ces révoltes de l'intelligence contre l'orthodoxie religieuse ou sociale, qui ont rempli l'histoire. Ck)mme l'a démontré Herbert Spencer (1), les sentiments altruistes sont en raison inverse de la prédominance du type déprédateur (militarisme) et en raison directe de la prédominance du type industriel (industrialisme).

Donc, ceux qui se sont efforcés d'établir un altruisme obligatoire ont employé le moyen exactement contraire au but qu'ils poursuivaient. L'altruisme s'établit d'au-

(i)Sociol. i.2. 403.

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tant plus aisément, est d'autant plus actif, qu'il est spontané. Le milieu le plus favorable à son développement est la société dans laquelle les arrangements d'autorité sont les plus relâchés. Il s'épanouit, non en serre chaude, mais en plein air (1).

(1) Je n'ai qu'à constater ici la forme de la civilisation la plus utile à rallruisme, je ne fais pas un traité de politique. Voir sur le rôle de l'état dans la civilisation productive : — Yves Guyot, la Science économique. — Nos préjugés politiques. — Menier, Avenir économique, i. I.

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