‹ La morale et la science des mursChapitre 11 sur 61 · Revue de Métaphysique et de Morale, juillet · texte numérisé non relu

Revue de Métaphysique et de Morale, juillet

PflÉFACE XXIl

nîr. Comment chercher des applications, sans avoir réfléchi sur les fins et choisi celles que l'on voudra poursuivre? Pour les sciences de la nature physique, le problème est aussitôt résolu que posé. Aucune hésitation n'est possible. Les sciences médi- *iales servent à combattre la maladie et à protéger la santé. Les sciences physiques et me'caniques servent à domestiquer les forces naturelles et à économiser le travail humain. Mais les sciences de la réalité morale, à quoi les appliquerons-nous? Une spéculation d'un autre ordre sera évidemment nécessaire pour démontrer que telle fin est préférable à telle autre, au point de vue de l'individu ou au point de vue de la société. Il faudra établir une échelle de valeurs. La science des mœurs, par définition, est hors d'état de le faire. Sa fonction unique est d'analyser la réalité donnée. En sorte que, en l'absence de la morale théorique qu'elle prétendait remplacer, cette science des mœurs restera inutilisable. La morale théorique actuelle essaie au moins de déterminer le fondement de l'obligation morale, l'objet suprême de notre activité, les rapports des tendances égoïstes et des sentiments altruistes. La science des mœurs n'en fait rien. Supposons-la achevée : elle ne nous est d'aucun secours en présence de ces problèmes. Mais si elle ne nous sert pas à les résoudre, nous ne pouvons pas non plus nous servir d'elle : car, pour l'employer, nous devrions d'abord savoir h. quoi.

L'objection est spécieuse. Elle exprime, sous un aspect nouveau et saisissant, le trouble que produit la substitution de la science des mœurs à la morale théorique, et les difficultés d'une transition qui n'est pourtant pas aussi brusque qu'elle peut le jjaraître.

Ici encore, l'histoire de la philosophie et des sciences nous fournira une analogie précieuse. Quand les sciences positives de la nature physique se sont définitivement substituées à la spéculation dialectique qui les avait précédées, en ont-ellos accepté Ihéritage entier? Ont-elles repris h leur compte, sous une forme nouvelle, tous les problèmes auparavant agités? Certes non. De ces problèmes, elles ont retenu seulement ceux qui relevaient de la méthode expérimentale et du calcul. Quant aux autres, aux problèmes transcendants, elles les ont considérés comme hors de portée, et elles se sont abstenues d'y toucher. Mais elles n'ont pas nié pour cela qu'ils existassent, ni

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