DE LA TROISIÈME ÉDITION
Il est généralement admis qu'en matière de morale les chan- V^ements se font avec une extrême lenteur. C'est une observation qui ne vaut pas seulement pour les règles morales ellesv mêmes, mais aussi poui; la spéculation philosophique sur la ! morale. Cette spéculation n'entre pas volontiers dans de nou- -/ velles voies. Elle s'en tient de préférence à ses problèmes 2 traditionnels. Elle ne les croit bien posés que sous leur forme ^ habituelle. Essaye-t-on de montrer que cette forme est surannée ^ et que ces problèmes, ou du moins certains d'entre eux, ne V doivent plus être posés, aussitôt des malentendus et des conflits se produisent.
La Morale et la Science des Mœurs devait en faire l'expérience. A peine ce livre avait-il paru, que l'on pouvait lire dans un compte rendu sommaire* : « L'auteur... nous apporte un "^ • traité de morale... » Avoir mis tous ses soins à faire voir qu'aux traités de morale construits par les philosophes, il faut substi- . tuer désormais une science des mœurs, qui ne prétendra nulle- ^ ' ment être normative, et un art moral rationnel, fondé sur cette science; — et s'entendre répondre aussitôt, sans ironie, que 't^^'J'on apporte un traité de morale ! Je n'en croyais pas mes yeux, S^j -je l'avoue. Depuis lors, je suis revenu de ce grand étonnement. Le mot qui m'avait d'abord si vivement surpris est devenu pour moi une indication précieuse. Il m'a éclairé sur les dispositions d'esprit de la plupart de mes critiques. Il m'a donné par avance la clef d'un grand nombre d'objections qui me furent faites. Celles-ci aussi supposent, implicitement, que la Morale et la Science des Mœurs est, ou doit être, un traité de morale. Mou