‹ La morale et la science des mursChapitre 26 sur 61 · PREFACE XXIX · texte numérisé non relu

PREFACE XXIX

raison, de politique, ses recherches ne portent jamais que sur des problèmes théori(iues. Par suite, elle n'est pas moins indifférente que les autres sciences aux questions politiques du jour. Lui demander s'il faut être conservateur, libéral, ou révolutionnaire, c'est lui poser une question à laquelle, en tant que science, elle n'a pas plus de réponse que la mécanique céleste ou la botanique. Sa fonction se limite à connaître des faits avec le plus de précision possible, et à en chercher les lois. Des travailleurs réunis dans un laboratoire de physique ou de physiologie peuvent professer des opinions politiques très différentes : de même, on conçoit que dans une équipe de savants s'occupant ensemble de la science des mœurs, les tendances sociales les plus opposées se rencontrent.

Il est vrai que si la science des mœurs, comme telle, est indifférente à la politique, la politique ne se désintéresse peutêtre pas de la science des mœurs. Les partis sont toujours à l'affût de ce qui peut les servir dans l'opinion publique. Ils n'hésitent pas à s'approprier, sans grande cérémonie, telle ou telle doctrine scientifique, s'ils pensent y trouver un avantage, quitte à n'en plus parler ou même à la combattre quelques années plus tard, quand les circonstances auront changé. Qui ne se rappelle comme les théories transformistes ont servi à ce jeu, dans la seconde moitié du xix* siècle? A peine VOrigine des Espèces avait-elle paru, qu'on en tira les conséquences touchant l'origine de l'homme, et, par suite, touchant les dogmes religieux qui sont intéressés à ce problème. Inquiétante pour les dogmes, l'hypothèse darwiniste eut aussitôt une foule de partisans qui ne s'étaient jamais occupés d'histoire naturelle. VOrigine des Espèces et la Descendance de l'Homme, suspectes à l'orthodoxie religieuse, devinrent les livres de chevet des révolutionnaires. Mais voici qu'un peu plus tard, la lutte pour la vie, la sélection naturelle, l'hérédité des caractères acquis, ont l'air de s'accorder bien mieux avec les tendances aristocratiques qu'avec les idées égalitaires, tandis que des évêques anglicans ne voient plus rien dans le transformisme qui soit inconciliable avec la foi chrétienne. Qu'à cela ne tienne : ce sont les conservateurs, maintenant, qui « utilisent » le darwinisme, et leurs adversaires qui le regardent de mauvais œil. Enfin le moment vientoù les partis portentailleurs leur humeur batailleuse, et abandonnent aux naturalistes un problème qui

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