XXXI V PREFACE
nous promettait tout à l'heure, sans avoir à prendre la peine de connaître la nature sociale, par la seule vertu des volontés convergentes ; — mais une libération progressive qui nous tirera peu à peu de quelques-unes des servitudes auxquelles cette nature nous a assujettis, et dont nous ne nous affranchirions jamais sans la science. La bonne volonté n'y suffît pas. Si la prédication morale avait pu « transformer » la nature morale, les leçons les plus sublimes, les exemples les plus beaux et les plus touchants ont-ils fait défaut depuis de longs siècles? Que d'efiforts se sont perdus, que de sacrifices se sont accomplis pour des causes que l'ignorance seule pouvait croire saintes ou utiles ! De même que le progrès de l'intelligence a peu à peu conduit à dominer et à utiliser, dans une certaine mesure, les forces de la nature physique, dont les hommes furent longtemps les esclaves et les victimes, de même la science de la nature morale permettra sans doute d'alléger le poids des nécessités de la vie sociale, si cruellement lourdes pour ceux qui ne sont pas privilégiés. Cette analogie n'a rien de témçraire : mais elle reste, jusqu'à présent, presque purement idéale. Il dépend des progrès de la science qu'elle devienne une réalité ^
1. On n'a voulu considérer dans cette préface, — et sans prétendre être complet, — que les objections des critiques qui contestent le fond aaême de notre thèse, et qui défendent contre nous la forme traditionnelle de la spéculation morale. On n'a donc pas cru devoir discuter ici les théories propres à d'autres critiques, qui, comme M. Rauh, par exemple, se déclarent d'accord avec nous sur un certain nombre de points essentiels, et qui acceptent, du moins en gros, notre méthode, tout en croyant indispensable de la compléter par des recherches d'un caractère différent (l'expérience morale). C'est là une conception fort intéressante en soi, mais dont nous ne pouvions entreprendre ici l'examen.
Nous ne pouvons non plus discuter ici les a applications morales des sciences sociologiques » proposées par M. Albert Bayet dans sa Morale scientifique. L'auteur y accepte, en principe, la distinction de la science des mœurs et de l'art moral rationnel, mais les « applications » qu'il en tire ne sauraient d'aucune manière être considérées comme une interprétation de notre doctrine. En fait, la méthode qu'il emploie est, sans confusion possible, très différente de la nôtre, et, par suite, entre les idées développées dans notre ouvrage et les conclusions auxquelles aboutit M. Albert Bayet, les divergences sont évidentes.
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