‹ La morale et la science des mursChapitre 4 sur 61 · IV PREFACE · texte numérisé non relu

IV PREFACE

pales causes qui tendent à la prolonger. Sans reprendre ici cette étude, signalons du moins un préjugé qui se retrouve sous beaucoup d'objections qui nous sont faites, et dont presque aucun critique n'est tout à fait exempt. On veut que la spéculation sûr la morale soit morale elle-même, et, comme la science des mœurs est aussi dépourvue de ce caractère que peut l'être la physique ou la mécanique, on lui en fait grief. Cependant, quelle raison y a t-il, api'iori, pour qu'une science participe aux aspects moraux ou esthétiques de son objet? Attend-on d'un traité de physiologie qu'il soit « vivant », d'un ouvrage d'acoustique qu'il soit « harmonieux »? Considérez les figures d'un livre de biologie : quelle distance n'y a-t-il pas de ces dessins aux fonctions vitales dont ils représentent l'analyse ! Pareillement, on s'habituera peu à peu à trouver, dans les ouvrages qui traitent de la science des mœurs, non pas des déductions abstraites ou des réflexions de moralistes, mais des observations ethnographiques, des réponses à des questionnaires, des courbes statistiques, des colonnes de chiffres, toutes choses qui sont en effet, pour l'appréhension immédiate, extrêmement loin de ce que nous appelons « morale », Le seul intérêt dont la science, en tant que science, ait à se préoccuper, n'est-il pas d'objectiver le plus parfaitement possible la réalité qu'elle étudie ? Ensuite, mais ensuite seulement, on pourra se placer au point de vue de la pratique, et les applications seront en général, d'autant plus fécondes que la recherche scientifique aura été plus désintécessée.

Cette conception pouvait difficilement trouver grâce aux yeux de critiques qui, loin de distinguer ainsi le point de vue de la spéculation de celui de la pratique, se représentent au contraire la morale comme à la fois théorique et normative, et plus normative encore que théorique. Certains d'entre eux vont même jusqu'à lui demander uniquement de systématiser ce que la conscience commune ordonne. Toute autre recherche leur paraît superflue, pour ne pas dire nuisible. « Gomme les savants, écrit M. Cantecor, ne se croient pas obligés de tenir compte, pour décider du vrai, des opinions des Patagons ou des Esquimaux, il serait peut-être temps d'en finir aussi, en morale, avec les histoires de sauvages ^. » L'intérêt théorique disparait ici

d. Cantecor, Revue philosophique, avril 1904, p. 390.

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