LA MORALE HU^L\L\E
L'ÉDUCATION MoRALË
moral qui est celui de Fœuvre à eux confiro. (iruiid serait leur aveuglement, grand aussi serait leur insuccès, s'ils netaient imbus les j)ivmiers de Tidéal religieux et moral dont ils S(uit institués gardiens et interprètes. L'œuvre sociulo qui est remise à leurs soins a toujours été considérée comme religieuse et morale. Ils se troniporaient donc loui'dement et ils travailleraient à la ruine de la société qu'ils représentent, s'ils logardaient l'éducation comme n'étant pas aulre chose quune formation professionnelle, ou bi.-ii une instruclinn de Tintelligence, à conduire plus ou moins loin selon la condition, les aptitudes ou les ambitions des personnes intéressées. Ce genre de formation est, à la vérité, indispensable, mais il n'est pas suffisant ; l'on pourrait pres(ju(î dire que, socialemeid parlant, il n'est rien sans la formation religieuse et morale.
Les grandes religions ont bien compris celle iK'cessilé de l'éducation j>lénière, qui a son couronnement dans la moralité, et elles ont, à Inir façon, essayé d'y pourvoir. Beaucoup de n^s contemporains ont pu connaître encore un temps où notre éducation nationale était censée être ;v. ligieuse, (m les religions officiellement reconm;.'S avaient aussi une place officielle dans l'enseign»^ment (TLIat. (Vêtait suivre, au moins en app;i-
rence, la tradition immémoriale de notre peuple et de tous les peuples. Naguère on y a renoncé, toujours officiellement, i>arce que cette économie extérieure de l'éducation nationale devenait (le plus en plus chez nous un faux semblant. La plupart des maîtres de l'enseignement public ne ju'ofessaient plus en réalité aucune des religions reconnues ; ces religions mêmes étaient consi- (léî'ées comme des systèmes de doctrine tout à lait périmés, étrangers à la science et en contradiction avec elle ; et l'on croyait, en conséquence, pouvoir se passer des religions et de la religion ; l'on s'étuit fait une conception soi-disanl rationuelle de l'éducation ; d'après celte nouvelle méliiode, la formation scientifi(iue et littéraire de- \uit suffire à tout, la moi'ale ayant d'ailleurs son cfiiq^tre marqué dans le progrannne des matières à «'useigner. Mais la morale ne s'enseigne pas çoiiune l'arithmétique et la grammaire, et l'idée <l une morale purement laïque, c'est-à-dii'e pureiii'iit scientifique, pourrait bien n'être pas très viable. Toujours est-il que le i)rincii)e de laïcisali ai. officiellement maintenu, n'a pas cessé d'être aMénué dans la praliciue. On a laissé en fait aux I lirions une place, sans en faire une théoriquelii ad à la religion, et ce sont surtout les maîlres qu'on a la'icisés. Mais la situation a quelque chose
LA MOUALE HUMAINE
L EDUCATION MORALE
de faux, et réducation ne peut manquer de sVn ressentir.
Cependant, si le catholicisme et les autres ivligions des peuples européens se trouvent tomber en discrédit par le mouvement de la civilisation et révolution démocratique des peuples, c'est que ces religions n'ont pas su diriger ce mouvement, entrer dans cette évolution et s y adapter. Si, dautre part, cette civilisation et ce mouvement, d'origine chrétienne, paraissent menacés d'aboutir ù une barbarie pire que celle des peuples incultes, ou à une anarchie compl^r. c est parce qu'ils ont perdu ou laissé dépérir en eux le sens de la moralité, le sens de rhumanit<'\ qu'ils tenaient de la religion et qu'ils auraient eu besoin de cultiver, au lieu de le négliger et de le combattre. Les religions, dans des proportions qu'il est inutile de déterminer ri pour des causes sur lesquelles il n'y a pas lieu d'insister, ont failli au rôle qui leur appartenait dans l'éducation morale des peuples. Les peuples, éblouis par le mirage d'une fausse indépendance, ont failli au respect du devoir, qui est ! i condition de toute liberté. Religions et peupli s ont manqué de religion.
Il serait grand temps pour les peuples de reconnaître qu'ils sont en péril par le défaut de
leur éducation sociale ; qu'il n'est pas d'éducation ^itciale sans moralité vraie ; qu'il n'est pas de moralité vraie sans le sens mystique de la religion, sans le respect de l'idéal humain. Une éducation purement rationnelle et scientifique est un non-sens, tout comme une éducation purement religieuse. L'homme n'est pas un être de raison pure ni un être purement mystique ; il est l'homme, un animal qui tend à devenir raisonnable, et qui le devient dans la sociabilité, dans la religion de l'humanité. L'éducation humaine doit être intégrale, ou elle n'est pas ; elle est nécessairement une culture morale, ou bien elle ne fait pas d'hommes.
l'homme moral