RAPPORT DES SCIBNCES MORALES ET DES SCIENCES POSITIVES
Les sciences morales diffèrent profondément des sciences positives, par la nature de leur point de départ et par leur objet direct, et pourtant les unes et les autres ont une fin commune dans la vie humaine.
Le point de départ des sciences positives est objectif, et leur méthode est l’observation extérieure.
Le point de départ des sciences morales est subjectif, et leur méthode est l’observation intérieure.
L’objet des sciences positives est ramené à la constation de ce qui est, il est réel. L’objet des sciences morales, à la détermination de ce qui doit être -, il est idéal.
Les sciences positives s’appuient sur un principe absolu, le déterminisme , en vertu duquel tout phénomène est la conséquence rigoureuse de ses conditions, si bien qu’en reproduisant les conditions, on
reproduira avec certitude le phénomène, on en deviendra le maître et en quelque sorte le Créateur.
Or, ce principe suppose dans la matière sur laquelle on agit un enchaînement fixe et régulier ; il suppose que l’ordre naturel est gouverné par des forces dont tous les effets se rattachent les uns aux au très d'une façon nécessaire et se déterminent en vertu d’actions et de réactions d’une certitude rigoureuse.
Les sciences morales, au contraire, s’appuient sur un principe, la liberté, dont le caractère essentiel est d’échapper au déterminisme par la négation du déterminisme même, et d’opposer la justice à la force comme une éternelle contradiction. La liberté crée le monde moral qui va se développer parallèlement au monde matériel, indépendant dans son principe, mais incessament lié à celui-ci dans ses manifestations; si bien que l’antinomie de la nécessité et de la liberté trouvera sa solution dans la vie humaine.
Dans l’homme, en effet, les sciences positives et les sciences morales vont se rejoindre : les sciences morales en déterminant la destinée humaine, et les sciences positives en contribuant à sa réalisation.
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Se transformer soi-même el transformer le momie avec soi, selon l’idéal de la justice, tel est le problème posé par la science morale, problème que les découvertes des sciences positives permettront seules de résoudre au moins dans sa généralité.
En effet, pour vivifier la morale en soi-même, la volonté propre suffit, et, dans le monde intérieur que chacun porte avec soi, il appartient à chacun dé réaliser la justice.
Mais, quand il s’agit de transporter cette même justice, de l’individu au milieu, de la constituer collectivement dans les institutions, comme elle est constituée individuellement dans les âmes, l’homme se trouve en face d’obstacles nouveaux, et il a besoin pour les vaincre de recourir à de nouveaux moyens.
Ici, les vices intérieurs de l’âme, cherchant au dehors un point d’appui, ont suscité dans le milieu, des institutions qui les favorisent, et la perversion humaine fomentant la perversion en a accru doublement les forces.
La mollesse de l’âme, par exemple, l’égoïïme et la servilité portent à constituer le gouvernement sur un principe arbitraire qui les favorise, et la constitution du despotisme réagit à son tour sur les âmes pour les abaisser.
La superstition s’unit au despotisme pour supprimer, par la prépondérance des religions d’Élat, le premier des droits de la conscience humaine, celui de la libre croyance, et la religion officielle réagit sur les âmes par l’intérêt et la peur ; elle les porte à la bassesse et à l’hypocrisie.
L’amour effréné du gain cherche un point d’appui dans l’inégalité sociale et fonde sur le privilège un système économique qui favorise et les jeux de hasard et les spéculations de la richesse mal acquise. Ce système réagit ensuite sur les âmes, pour les porter au mépris du travail, à l’ambition malsaine des fortunes rapides et à l’exploitation des travailleurs.
La sensualité grossière spécule sur l’appât du luxe et s’en fait un auxiliaire pour ériger en institutions le plus honteux abandon de soi, pour les consacrer dans la loi elle-même. Puis ces institutions réagissent sur l’esprit public par leurs brillants scandales. Elles affaiblissent la conscience par les spectacles qu’elles étalent sans pudeur, elles troublent l’esprit, elles amollissent la volonté.
Enfin, si nous voulions parcourir toutes les faces de la vie collective, nous pourrions assigner à chaque immoralité sociale son origine dans les passions hu-