SCIENCES MORALES ET SCIENCES POSITIVES
mairies, qui, en s’incarnant au dehors, constituent une nouvelle force du mal à côté de la force intérieure, et appuient les infractions à la morale de la loi nationale même.
Or, pour conjurer cette solidarité du mal, qui a parfois les racines les plus profondes dans l’iiistoire d’un peuple, dans ses coutumes et dans ses inclinations; pour établir une solidarité du bien qui transforme les barrières en appuis, les difficultés et les écueils en guides et en lumières, il faut autre chose que la volonté, il faut la science.
C’est par la science qu’éclairé sur la nature et l’origine des phénomènes physiques, nous arrivons à séparer l’ordre moral et l’ordre naturel de l’ordre religieux et métaphysique; à constituer l’État sur un principe indépendant qui tire la liberté collective de la liberté individuelle et incarne dans des institutions l’égalité et la souveraineté des individus; milieu politique qui seul appuie et favorise les vertus viriles du citoyen.
C’est par la science que nous arrivons à régulariser les grands phénomènes physiques, à féconder la terre et à en multiplier les produits de manière à asservir la vie matérielle à la vie morale, à éviter les fléaux, les cataclysmes, qui non-seulement déciment
15ft LA MORALE. INDÉPENDANTE.
et épuisent les populations, mais qui les démoralisent et les terrifient.
C’est par la science que nous nous affranchirons des travaux les plus asservissants abandonnés aux machines; c’est par la science aussi que nous arriverons à garantir aux travailleurs, avec la liberté et l’initiative individuelle, une équitable répartition du fruit de leurs efforts, et que nous créerons ainsi un milieu économique qui favorisera l’égalité et la bienveillance. .
C’est encore la science qui nous permettra de généraliser un enseignement solide et fort, qui, détruisant les superstitions honteuses, affermira la conscience en affermissant la raison.
Ainsi, les sdences de la nature contribuant à leur manière à créer un milieu qui préserve, développe et honore la personne humaine, on pourra dire que, sur ce terrain, elles rejoignent la morale, et que chaque vitloire de la science devient indirectement une victoire de la justice.
La morale, il est vrai, demeure indépendante des sciences de la nature en tant que principe de l’individu, mais elle ne saurait se réaliser dans le milieu de l’activité humaine, sans les instruments qui la rendront maîtresse de ce milieu,