‹ La morale indépendante dans son principe et dans son objet (volume 2)Chapitre 26 sur 73 · CE RAPPORT N’A BIEN DE METAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

CE RAPPORT N’A BIEN DE METAPHYSIQUE

science éclairée de la raison souveraine, ignorant du monde extérieur et inconscient de soi , l’homme primitif est exclusivement livré à des impulsions instinctives, et le premier effet de la réflexion chez lui est un effet de crainte et de faiblesse. Devant les grands phénomènes de la nature* la réflexion suspend son insouciance ; il coasidère avec effroi ces forces inconnues dont il ne peut ni pénétrer la cause ni mesurer la puissance, ni reconnaître les conditions.

Perdu dans la' nature comme dans un vaste inconnu dont les forces l’écrasent et dont les violences le terrifient, tout autour de lui respire la terreur et le mystère; tout est signe précurseur, intentions cachées, menaces ou promesses. Il tremble devant l’éclipse qui lui dérobe la lumière du jour; il frémit en entendant le vent qui souffle et la mer qui se soulève; il se prosterne devant la foudre qui éclate et la tempête qui mugit. Les forêts et les montagnes, les entrailles de la terre et les abîmes de l’eau comme les deux éclatants de lumière; sont pleins de divinités contraires ou propices, d’êtres bons ou mauvais dont il s’efforce d’apaiser, la colère par des sacrifices ou de se concilier la faveur par des offrandes. Le bien et le mal, la victoire et la défaile, la mort et la vie appartiennent également à ces dieux incarnés partout

dans la nature, et la morale comme le gouvernement relèvent de leurs volontés capricieuses et despotiques.

Ainsi, l’ignorance l’asservit dès le début, à la superstition et à la peur. Elle fait de lui le jouet de ses propres impressions, l’esclave de la nature, et il faudra des siècles avant qu’il ait secoué ses premiers langes.

Ce n’est point en vertu d’une intervention extérieure que l’homme s’affranchira peu à peu du monde et de lui-même, et, dans la longue lutte qui va commencer, les continuelles défaillances qui, nonseulement retardent son progrès, mais le font même parfois entièrement avorter, montrent que ce progrès ne relève d’aucune loi nécessaire.

C’est, au contraire , par un lent retour de la réflexion intérieure, par un double effort de la raison et de la conscience qu’il commence à se distinguer du reste de la nature, et qu’il prend peu à peu conscience de lui-méme.

« Ce qui a conduit l’homme aux premières études philosophiques, nous dit Aristote, c’est l’étonnement. » Non pas l’étonnement craintif et troublé qui le jette dans l’adoration, mais l’étonnement réfléchi qui le porte à la recherche.

A mesure que la réflexion grandit et devient con-

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