‹ La morale indépendante dans son principe et dans son objet (volume 2)Chapitre 27 sur 73 · CB RAPPORT N’A RIEN DE MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

CB RAPPORT N’A RIEN DE MÉTAPHYSIQUE

sciente d’elle-mêrae, à mesure que l'observation prend un caractère suivi, l’homme commence à saisir dans le monde extérieur un certain enchaînement. La succession régulière des grands phénomènes de la nature, qui ramène à époques fixes les mêmes séries d'effets et de causes, les mêmes combinaisons dans les mouvements des astres du ciel, les mêmes résultats de température et de croissance, d’engourdissement et de floraison, lui montre dans l’univers un lien général que l’observation et le raisonnement rendront de plus en plus manifeste. Dès que l’homme a entrevu l’enchaînement des phénomènes physiques, cet enchaînement devient pour lui un point d’appui nouveau, et il comprend qu’au lieu d’avoir à fléchir par des prières et souvent par des sacrifices odieux une divinité inconnue, c’est par l'effort et la recherche qu’il parviendra à pénétrer les secrets de la nature et à en conjurer les débordements. Alors, ses terreurs superstitieuses s’apaisent. Rassuré contre cette volonté, tantôt clémente et tantôt cruelle, mais toujours arbitfaire, qui lui apparaissait naguère comme la cause et la maîtresse de tout, sq raison se relève peu à peu, son étonnement change de caractère, ses pensées de direction... Au lieu de se prosterner, il cherche, il interroge, et Aristote peut s’écrier encore :

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« Seule, entre loules ies sciences, la philosophie mérite le nom île libre, car seule, elle ne dépend que d’elle-même-, et, si la divinité était capable de jalousie, c’est de la philosophie qu’elle le serait. »

La philosophie, en effet, méthode d’abstraction et de généralisation, a droit au nom de libre, parce que, ne relevant que de la raison, elle nous affranchit de toute autorité extérieure. Or, chose étrange ! l’étonnement philosophique une fois éveillé, la première question que l’esprit se pose est celle à laquelle il ne pourra sans doute jamais répondre : Quelle est la cause, ou quelles sont les causes de tout ? Et sur le problème ainsi posé, il balbutiera pendant des siècles.

Ainsi, la difficulté pour l’esprit n’est pas de s’élancer très-haut, c’est, au contraire, de se restreindre, ou plutôt de se mesurer ; c’est d’assurer sa base, de peser ses efforts et d’introduire la sévérité dans ses méthodes. Mais si la philosophie à ses débuts est pleine d’aberrations illusoires, elle possède en elle le principe qui lui permettra de les réviser.

La critique conduira peu à peu l’esprit humain du rêve à l’étude, de la foi à la science, et la science transformera complètement le point de vue de la nature.

Appuyé sur la science, l’homme se raffermit sur

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