‹ La morale indépendante dans son principe et dans son objet (volume 2)Chapitre 3 sur 73 · DU FONDEMENT DE LA MORALB · texte numérisé non relu

DU FONDEMENT DE LA MORALB

raie sera-t-elle donc emportée dans celte grande submersion des croyances arbitraires? Mais l’homme devrait alors disparaître en tant qu’homme , car la morale c’est l’ordre de la vie humaine, c’est la règle de l’individu et de la société, et l’homme sans morale ne serait qu’un animal livré aux caprices de ses instincts ou à la chance des événements extérieurs. L’édifice de ses vieilles croyances a donc pu crouler, mais la question morale reste tout entière; elle se pose impérieusement devant lui et le met. en demeure de trouver une solution nouvelle. Où la cherchera-t-il désormais? Le ciel s’est fermé sur sa tôle, et la science, en ouvrant devant lui les infinis du monde matériel, a détruit ces régions éthérées où la république des âmes trouvait sa loi dans une spiritualité mystérieuse. L’homme ramène alors ses yeux vers la terre, et il demande aux sciences de la nature la solution du problème . Mais ces sciences ne lui répondent pas.

Les phénomènes extérieurs, en effet, et toutes les déductions qui en dérivent sont complètement étrangers à l’idée morale, et le déterminisme qui en est la loi fondamentale, en rattachant les phénomènes les uns aux autres avec la rigueur de l’antécédent au conséquent, ne laisse pas de place à la responsa-

2S LA MOKAl.B indépendante.

bilité individuelle. Il y a, sans doute, aussi dans la nature un bien et un mal ; mais ce bien et ce mal n’ont aucun des caractères de mérite et de démérite qui constituent la moralité.

Ce n'est point le droit et le devoir que nous trouvons dans la nature, mais la loi de la force et l’initiative de l’instinct.

Quelque chose de dur, d’indifférent et de froid plane sur ses plus riants tableaux. C’est le règne de la nécessité qui en assombrirait toutes les poésies si l’homme n’était doué de la puissance de transporter en dehors de lui la vie idéale qui est en lui-méme. Mais que la science soulève le voile de l’imagination, et derrière ces puissantes harmonies qui ravissent nos sens, derrière ces doux ou majestueux points de vue qui nous enchantent, le spectacle que nous présente la nature est celui d’une série d’actions et de réactions aveugles, ou d’une lutte gigantesque et incessante dans laquelle le progrès et le développement de la vie ne s’accomplissent que par les plus monstrueux attentats contre la vie. Si chaque souffrance, si chaque profanation avait son cri, et si ces cris pouvaient monter jusqu’à nous, c’est alors que la vallée de larmes décrite par le prophète serait réalisée dans toute son horreur. Mais, dans ces ré-

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