‹ La morale indépendante dans son principe et dans son objetChapitre 19 sur 42 · SCIENCES MORALES ET SCIENCES POSITIVES · texte numérisé non relu

SCIENCES MORALES ET SCIENCES POSITIVES

et ces instruments, sont les sciences de la nature.

Le rapport qui lie la science morale aux sciences naturelles est donc celui de moyens à fins. La morale détermine le but de la vie humaine, et les sciences de la nature contribuent à sa réalisation.

CE RAPPORT N’a K MSN DK MÉTAPHYSIQUE.

Toutefois, la fin que la morale assigne à la nature n’a, pour nous, aucun sens métaphysique; elle ne remonte point aux régions supra-humames, elle n est point l’objet d’une prédestination antérieure à la vie et qui la domine.

Si, de toute éternité, la nature a été faite pour l’homme et l’homme pour la nature, nous n’en savons rien. Le système de l’harmonie préétablie a sans doute de la magnificence, et il a pour l’esprit d’immenses séductions. Mais, en dépit des grands philosophes qui l’ont développé, et des grands apôtres qui l’ont défendu , il laisse tant de mystères inexpliqués , il est si loin de rendre compte des travaux et des douleurs stériles, des destinées avortées, des injustices, des destructions, des ravages qui remplissent l’histoire de la nature comme l’histoire de l’homme, que nous devons le laisser dans le champ des hypothèses.

La recherche désintéressée de nos premières origines nous détourne d’ailleurs de toute systématisation dans l’histoire.

Les débuts obscurs des peuplades sauvages, leurs progrès inégapx le plus souvent avortés, leur marche si pleine d’irrégularité, de points d’arrêt, de défaillances, manifestent-ils le développement régulier d’une mécanique savante, la sollicitude attentive d’une providence cachée? ou nous montrent-ils, au contraire, une humanité travaillant péniblement sur elle-même pour sortir de son premier ensevelissement?

La critique, aujourd’hui, a dépoétisé la légende. Le destin ne nous conduit plus d’une main ferme et sûre au milieu des dédales du monde et de nos propres contradictions vers un idéal inconscient, et les dieux descendent encore moins de l’empyrée pour nous enseigner l’industrie et les arts. Où est Vulcnin avec son marteau, et Arachnée avec sa toile, et la blonde Gérés et le brillant Apollon? Ils ont fui notre siècle d’analyse, ces poétiques initiateurs, et l’histoire austère nous montre dans nos tristes commencements la terre stérile et peuplée d’ennemis, le ciel indifférent et solitaire, et l’homme faible et nu.

Destitué des connaissances acquises de la con-

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