‹ La morale indépendante dans son principe et dans son objetChapitre 20 sur 42 · CE RAPPOBT N’A BIEN DE MÉTAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

CE RAPPOBT N’A BIEN DE MÉTAPHYSIQUE

science éclairée de la raison souyeraine, ignorant du monde extérieur et inconscient de soi, l’iiomme primitif est exclusivement livré à des impulsions instinctives, et le premier effet de la réflexion chez lpi est nn effet de crainte et de faiblesse. Devant les grands phénomènes dp la nature, la réflexion suspend son insouciance ; il considère avec effroi ces forces inconnues dont il ne peut ni pénétrer la cause ni mesurer la puissance, ni reconnaître les conditions.

Perdu dans |a nature comme dans un vaste inconnu dont Igs forces l’écrasent et dont les violences lp terrifient, tout autour de lui respire la terreur et le mystère ; tout est signe précurseur, intentions cachées, menaces ou promesses. Il tremble devant l’éclipse qui lui dérobe la lumière du jour; il frémit en entendant le vent qui souffle et la mer qui se soulève; il se prosterne devant la foudre qui éclate et la tempête qqi mugit. kes forêts et les montagnes, les entrailles de la terre et les abîmes de l’eau comme les deux éclatants de lumière, sont pleins de divinités contraires ou propices, d’êtres bons ou mauvais dont il s’efforce d’apaiser la colère par des sacrifices ou de se concilier |a faveur par des offrandes, J.e bien et le mal, la victoire et la défaite, la mort et la Y»e appartiennent également é ce.s dieu* incarnés partout

dans la nature, et la morale comme le gouvernement relèvent de leurs volontés capricieuses et despotiques.

Ainsi, l’ignorance l’asservit dès le début, à la superstition et à la peur. Elle fait de lui le jouet de ses propres impressions, l’esclave de la nature, et il faudra des siècles avant qu’il ait secoué ses premiers langes.

Ce n’est point en vertu d’une intervention extérieure que l’homme s’affranchira peu à peu du monde et de lui-méme, et, dans la longue lutte qui va commencer, les continuelles défaillances qui, nonseulement retardent son progrès, mais le font même parfois entièrement avorter, montrent que ce progrès ne relève d’aucune loi nécessaire.

C’est, au contraire , par un lent retour de la réflexion intérieure, par un double effort de la raison et de la conscience qu’il commence à se distinguer du reste de la nature, et qu’il prend peu à peu conscience de lui-même.

c Ce qui a conduit l’homme aux premières études philosophiques, nous dit Aristote, c’est l’étonnement. » Non pas l’étonnement craintif et troublé qui le jette dans l’adoration, mais l’étonnement réfléchi qui le porte à la recherche.

A mesure que la réflexion grandit et devient con-

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