‹ La morale indépendante dans son principe et dans son objetChapitre 23 sur 42 · L A MO BALE INDÉPENDANTE · texte numérisé non relu

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objet de dégager par l'analyse ; c’est celte règle qui seule résoudra l’antithèse de l’autorité et de la liberté avec toutes les contradictions qui en découlent en ramenant ces deux principes à un seul; c’est-à-dire en ramenant l’ordre ou l’autorité sociale au développement de la liberté. Une telle règle, ayant sa source dans l’individu, enlève, il est vrai, à l'Etat ce solennel prestige qui lui prêtait, dans la conception ancienne, une existence particulière avec des droits distincts et supérieurs ; mais elle lui donne la force, bien autrement incontestable, des droits individuels, les seuls légitimes, qu’il représente.

L’État n’est plus une entité mystérieuse et sacrée, tirant son pouvoir et sa sainteté d’une autre sphère; c’est un simple contrat de garantie et d’assurance ; mais c’est un contrat auquel chacun participe et que chacun a le devoir et l’intérêt de conserver. La loi armée n’est plus une justicière qui venge le prime sur le coupable. C’est une mesure de sûreté, dont l’objet est de défendre et non pas de punir. En rendant la sentence, en frappant l’acte, le magistrat ne saurait remonter à la conscience, non parce qu’il reste neutre devant la culpabilité, mais parce qu’il respecte la souveraineté inaliénable du juge intérieur.

Ainsi, la morale indépendante, dont on pourrait étendre les applications sur tout le terrain de la société, en ramenant la Révolution, non point à la révolte des instincts opprimés, mais à la conscience armée pour la défense de la justice, en devient la véritable philosophie. Son but n’est pas de détruire, mais d’édifier, dans l’égalité de tous les droits et la réciprocité de toutes les obligations, un nouvel individu, une nouvelle société, une nouvelle famille.

Suit-il de ce rôle, d’ailleurs, que la morale doive proscrire la religion, qu’elle la contredise, qu’elle la traite en ennemie? Nullement. Elle ne fait que déterminer son domaine, et si elle l’exclut de la société, en tant qu’élément des pouvoirs publics, elle ne l’exclut pas de l’âme humaine.

La religion correspond à un sentiment très-profond en nous, la soif de vivre d’une manière indéfinie ; elle prétend combler une lacune : l’insuffi- * sauce de notre existence bornée et restreinte par rapport à nos aspirations.

La philosophie, il est vrai, nous montre dans l’idéal une source d’activité et de perfectionnement, et elle nous enseigne cette résignation calme et haute qui nous permet d’accepter sans murmure tes nécessités du sort. Le juste se contente de la

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récompense intérieure, et, quelle que soit sa destinée dernière, le bien ne cessera jamais pour lui d’étre le bien, et le devoir, le devoir. Toutefois, si sa raison surmonte et si sa conscience domine cet impérieux instinct qui le porte à s’élever au-dessus des lois de la nature par la persistance de son individualité, si même elles contiennent ses élans, elles ne suppriment pas ses retours, et pour les âmes ardentes par le sentiment intérieur, la résignation est difficile. De là ces affirmations à priori d’une autre vie, contre lesquelles la science a droit de s’élever quand elles la contredisent, mais' qui la laissent désarmée et silencieuse tant qu’elles s’attachent à un champ inexploré. Aussi longtemps dès lors que, pour la science, le problème de notre destinée dernière sera un problème non résolu, la spéculation restera libre.

En face du grand et mélancolique inconnu qui s’ouvre devant nous avec la mort, il n’est donc pas défendu à l’homme de conserver l’espérance, et même sur ce fragile fondement d’édifier un monde invisible, où sa soif inextinguible de vie, d’intelligence, de justice et de bonheur trouve une réalité inépuisable. Seulement, il ne doit pas se méprendre sur la nature tout individuelle de sa croyance, qui

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n’a d’autre droit que celui d’une libre expansion ei d’une libre influence. La métaphysique, ayant échoué dans son effort pour démontrer par la logique l’existence de Dieu et d’une autre vie, l’âme religieuse doit revenir aux procédés naïfs des premiers âges, au culte intérieur, et renoncer sans retour à l’autorité de la science et au gouvernement de la société.

La religion, renfermée dans ces limites, n’est plus en opposition avec le principe de la morale indépendante, principe qui ne l'a jamais attaquée dans son fondement psychologique, mais seulement dans son caractère métaphysique et social.

L’âme pieuse, il est vrai, liera toujours à son point de vue l’ordre des faits religieux à l’ordre des faits moraux. L’idéal de justice, conçu par la raison comme purement intelligible, devient nécessairement pour elle l’idéal vivant auquel elle se rattache par la prière. Mais ce lien tout subjectif n’a rien du despotisme envahissant d’un dogme métaphysique. C’est une révélation intérieure et personnelle qui se communique, qui s’inspire, mais qui ne s’impose pas. Pour l’âme pieuse, la conscience portée par la révélation intérieure s’élève de la morale â la religion ; la morale ne reçoit pas de la reli-

gion sa formule. Dieu est pour l’âme pieuse l’idéal animé dans lequel les tendresses expansives du cœur se confondent avec les commandements austères de la conscience ; il n’esl ni un principe ni une conclusion du raisonnement.

L’Iïglise qui s’élève sur ce nouveau fondement (1) renonce entièrement au terrain de la vie publique pour rentrer dans le droit commun de la liberté, et

(t) Quand nous parlons d'un nouveau fondement, nous employons ce mot nouveau par opposition à l’état antérieur à 89. Le principe de l’Eglise libre est proclamé depuis longs temps, et il est non-seulement reconnu, mais réalisé déjà en Amérique dans la constitution du pays. Aussi, chose remarquable, l'idée de la morale indépendante n’est nullement antipathique à l’esprit religieux américain comme à l’esprit français. Nous avons plusieurs fois traité ces questions avec des pasteurs américains orthodoxes, et nous tombions presque toujours d’accord ; tandis que, en France, les non orthodoxes même s’élèvent contre nous. Et pourquoi ? Ils n’en savent rien. Ils saisissent si peu les rapports logiques qui unissent l’idée de l’Église libre à l’idée de la morale indépendante, que, tout eu faisant à ce sujet force déclamations sentimentales, ils n’ont jamais invoqué uuc raison tant soit peu philosophique en faveur de leur thèse. Nous nous proposons de traiter ce sujet ailleurs d’une façon spéciale; la question ici ne pouvant qu’être indiquée.

son expansion extérieure est la mesure sincère de sa force et de sa vitalité dans les âmes. Elle est destituée, il est vrai, des soutiens factices et des mobiles intéressés que lui prêtaient naguère les pouvoirs officiels, mais elle recouvre la seule véritable liberté de ceux qui vivent par eux-mêmes, et comme elle ne reçoit rien d’aucun pouvoir, elle n’a rien non plus à céder à aucun.

Or, une telle conception de la religion, bien différente de la conception métaphysique, nécessite une nouvelle conception de la société ; elle nécessite, en dehors du terrain exclusif de l’Église, un principe vraiment universel de la conscience qui puisse servir de fondement à la vie civile ; l’Église indépendante appelle l’État indépendant, bien loin de le maudire. Si elle s’en sépare, c’est parce que leurs principes respectifs diffèrent, non parce qu’ils sont Incompatibles ; et, en reconnaissant en dehors de son sein la cité et la patrie, le terrain de la vie civile et de l’obligation humaine, l’Église indépendante reconnaît le principe même de la morale indépendante, le contrat équilatéral qui lie tous les hommes en dehors de toutes les religions et sur la seule base de la conscience.

le contrat social

Rousseau a dit : « L’homme est né libre, et partout il est dans les fers. »

Renversant la formule de Rousseau, nous dirons :

« L’homme naît enchaîné, il doit se rendre libre. »

La liberté est une conquête de l’humanilé sur la nature.

Mille liens qu’il n’a pas formés pèsent, en effet, sur l’homme dès l’heure de sa naissance.

Le premier de ces liens, c’est l’ensemble des lois de la nature.

En vertu de son organisme, l’homme plonge dans toutes les nécessités de la vie physique, et ainsi il apporte avec lui une série de besoins auxquels il ne saurait se soustraire, et qui vont diriger son activité vers un but qu’il n’a pas choisi*. Il est assujetti à la faim, à la soif, à la maladie, à la douleur, et il ne

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