ET L OISEAU QUI DIT TOUT. ST
nous lui en donnerions un pour époux; car (jui pcnt-ello jamais trouver d'aussi parfait qu'eux?
— Lorsque je les rencontrai, dit le Corsaire, je ne vis rien qui pût m'instruire de leur naissance; seulement les pierreries qui étaient attachées sur leur berceau faisaient connaître que ces enfants appartenaient à des personnes riches. Ce qu'il y aurait de singulier, ce serait qu ils fussent tous jumeaux, car ils paraissaient de même âge.
— Je souj)çonne, dit Corsine, que Chéri n'est pas leur frère; il n'a ni étoile ni chaîne au cou.
— Il est vrai, répliqua son mari; mais des diamants tombent de ses cheveux comme de ceux des autres; et, après toutes les richesses que nous avons amassées par le moyen de ces chers enfants, il ne me reste plus rien à souhaiter que de découvrir leur origine.
— Il faut laisser agir les dieux, dit Corsine : ils nous les ont donnés; et sans doute, quand il en sera temps, ils développeront ce qui nous est caché.
Belle-Étoile écoutait attentivement cette conversation. L'on ne peut exprimer la joie qu'elle eut de pouvoir espérer qu'elle sortait d'un sang illustre; car, encore qu'elle n'eût jamais manqué de respect pour ceux dont elle croyait tenir le jour, elle n'avait pas laissé de ressentir de la peine d'être fille d'un Corsaire. Mais ce qui ilatlait davantage son imagination, c'était de penser que Chéri n'était peutêtre point son frère : elle brûlait d'impatience de Tentretenir, et de lui raconter ainsi qu'aux autres cet entretien extraordinaire.
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Elle monta sur un cheval. Les crins noirs de ce bel animal étaient rattachés avec des boucles de diamants (car elle n'avait qu'à se peigner une seule fois pour en garnir tout un équipage de chasse) ; sa housse de velours vert était chamarrée de rubis. Elle monta, dis-je, promptement à cheval, et fut dans la forêt chercher ses frères.
Ee l)ruit des cors et des chiens lui lit assez connaître on ils étaient : elle les joignit au bout d'un moment. A sa vue, €liéri se détacha de ses com])agnons, cl \inl au-dovani d'elh* pins xîh* que U^s anlres.
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— Quelle agréable surprise! lui cria-t-il; Belle-Étoile, vous venez enfin à la chasse, vous que l'on ne peut distraire pour un moment des plaisirs que vous donnent la musique et les sciences que vous apprenez.
— J'ai tant de choses à vous dire, répli(|ua-t-elle, (jue je suis venue vous chercher.
— Ilélas! ma sœur, dit-il en soupirant, que me voulezvous aujourd'hui? Il semble qu'il y a longtemps que vous ne me voulez plus rien.
Elle rougit; puis, baissant les yeux, elle demeura sur son cheval, triste et rêveuse, sans lui répondre. Enfin, ses deux frères arrivèrent : elle se réveilla à leur vue comme d'un profond sommeil , et sauta à terre : ils la suivirent tous; et quand elle fut au milieu d'une petite pelouse ombragée d'arbres :
— Mettons-nous ici, leur dit-elle, et apprenez ce que je viens d'entendre.
Elle leur raconta exactement la conversation du Corsaire avec sa femme, et comme quoi ils n'étaient point leurs enfants. On ne peut s'imaginer toute la surprise des trois princes. Ils agitèrent entre eux ce qu'ils devaient faire : l'un voulait partir sans rien dire ; l'autre ne voulait point partir du tout, et l'autre voulait partir et le dire.
Le premier soutenait que c'était le nuiyen le plus sûr, parce que le gain que le Corsaire et sa femme faisaient en les peignant les obligerait de les retenir; l'autre répondait qu'il serait bien d avis de les quitter, si l'on savait un lieu fixe oij aller, et de quelle condition l'on était; mais que le
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titre de chevaliers errants n'était pas agréable; le dernier ajoutait qu'il y aurait de l'ingratitude de les abandonner sans leur agrément; qu'il y aurait aussi de la stupidité à vouloir rester davantage avec eux au milieu d'une forêt, où ils ne pourraient apprendre qui ils étaient, et que le meilleur parti c'était de leur parler, et de les faire consentir à leur éloignement. Ils goûtèrent tous cet avis. Aussitôt ils montèrent à cheval pour venir trouver le Corsaire et Corsine.
Le cœur de Chéri était flatté par tout ce que l'espérance peut offrir de plus agréable pour consoler un amant aftligé : son amour lui faisait deviner une partie des choses futures. Il ne se croyait plus le frère de Belle-Étoile; et son affection , dès lors moins contrainte , lui inspirait mille tendres idées qui le charmaient.
Ils joignirent le Corsaire et Corsine avec un visage mêlé de joie et d'inquiétude.
— Nous ne venons pas, dit Petit-Soleil, pour vous dénier l'amitié, la reconnaissance et le respect que nous vous devons. Bien que nous soyons informés de quelle manière vous nous trouvâtes sur la mer, et que nous sachions que vous n'êtes pas nos parents, la pitié avec laquelle vous nous- avez sauvés, la noble éducation que vous nous avez donnée, tant de soins et de bontés que vous avez eus pour nous sont des engagements si sacrés que rien au monde ne peut nous affranchir de votre dépendance. Nous venons donc vous renouveler nos sincères remercîments ; vous supjiliei" de nous raconter un événement si rare, et