‹ La morale merveilleuseChapitre 6 sur 27 · KT L OISEAU QLI DIT TOIT. 9I · texte numérisé non relu

KT L OISEAU QLI DIT TOIT. 9I

i\c nous coiiseilUîi', alin ([iic nous conduisaiil par \ns sa'^es avis, nous n'ayons rien à nous reprocher.

Le (lorsaire et (^orsine Curent bien surpris (pTunc chose qu'ils avaient cachée avec tant de soin, eut été découverte.

— On vous a trop bien informés, dirent-ils ; nous ne pouvons vous cacher que \ous n'êtes point, en effet, nos enfants, et que hi fortune seule vous a fait tomber entre nos mains. Nous n'avons aucune lumière sur votre naissance; mais les pierreries qui étaient dans votre berceau peuvent marquer que vos parents sont ou grands seii>neurs on fort riches. Au reste, que pouvons-nous vous conseiller? Si vous consultez l'amitié que nous avons pour vous, sans doute vous resterez ici, et vous consolerez notre vieillesse par votre aimable compagnie. Si le château que nous avons bâti en ces lieux ne vous plaît pas, ou que le séjour de cette solitude vous chagrine, nous irons où vous voudrez, pourvu que ce ne soit point à la cour : une longue expérience nous en a dégoûtés, et vous en dégoûterait peut-être, si vous étiez informés des agitations continuelles, des feintes, de l'envie, des inégalités, des véritables maux et des faux biens que Ton v trouve. Nous vous en dirions davantage, mais vous croiriez que nos conseils sont intéressés; ils le sont aussi, mes enfants ; nous désirons vous arrêter dans cette paisible retraite, (juoique vous soyez maîtres de la quitter quand vous le voudrez. Ne laissez pourtant pas de considérer que vous êtes au port, et que vous allez sur un(» mer orageuse^; «pie les peines \ sur[);isseut presipie loujoiirs les [)laisirs; «pu^

92 l'eau qui danse, la pomme qui chante

le cours de la vie est limité ; qu'on la quitte souvent au milieu de sa carrière; que les grandeurs du monde sont de faux brillants dont on se laisse éblouir par une fatalité étrange , et que le plus solide de tous les biens est de savoir se borner, jouir de sa tranquillité, et se rendre sage.

Le Corsaire n'aurait pas fini sitôt ses remontrances, s'il n'eût été interrompu par le prince Heureux.

— Mon cher père, lui dit-il, nous avons trop d'envie d'apprendre quelque chose de notre naissance, pour nous ensevelir au fond d'un désert. La morale que vous établissez est excellente , et je voudrais que nous fussions capables de la suivre, mais je ne sais quelle fatalité nous appelle ailleurs. Permettez que nous suivions le cours de notre destinée. Nous reviendrons vous voir, et vous rendre compte de toutes nos aventures.

A ces mots, le Corsaire et sa femme se prirent à pleurer. Les princes en furent attendris, et particulièrement Belle- Étoile, qui avait un naturel sensible et qui n'aurait jamais pensé à quitter le désert, si elle avait été sûre que Chéri restât toujours avec elle.

Mais leur résolution étant prise, ils ne songèrent plus qu'à faire leur équipage pour s'embarquer, car ayant été trouvés sur la mer, ils avaient quelque espérance qu ils y recevraient des lumières de ce qu'ils voulaient savoir.

Ils firent entrer dans leur petit vaisseau un cheval pour chacun d'eux; et après s'être peignés jusqu'à s'écorcher, pour laisser des pierreries à Corsine, ils hi prièrent de leur donner on échange les chaînes de diamants qui étaient

KT l'oiseau qui l>H TOUT. *J3

dans leur berceau. Elle alla les chercher dans son cabinet, où elle les avait soigneusement gardées, et elle les attacha toutes sur l'habit de Belle -Etoile qu'elle embrassait sans cesse, lui mouillant le visage de ses larmes.

Jamais séparation ne fut plus triste : le Corsaire et sa femme pensèrent en mourir. Leur douleur ne provenait point de la cupidité, car ils avaient amassé tant de trésors qu'ils n'en souhaitaient plus.

Petit-Soleil, Heureux, Chéri et Belle-Étoile montèrent dans le vaisseau : le Corsaire l'avait fait faire très bon et très magnifique; le mât était d'ébène et de cèdre, les cordages de soie mêlée d'or, les voiles de drap d'or et vert, et les peintures excellentes.

La princesse était assise sous un riche pavillon, vers la poupe ; ses deux frères et son cousin se tenaient près d'elle, plus brillants que les astres, et leurs étoiles jetaient de longs rayons de lumière sur les flots.

Ils résolurent d'aller à l'endroit même où le Corsaire les avait trouvés, et en effet ils s'y rendirent.

^ UAND les trois [)rinces et la princesse aperçurent le rivage qu ils cherchaient, ils descendirent à terre et voulurent offrir un sacrifice aux dieux et aux fées, pour obtenir leur protection, et afin d'être conduits dans le lieu de leur naissance. On prit une tourterelle pour l'immoler; mais la princesse la trouva si belle qu'elle lui sauva la vie.

— Pars, lui dit-elle, petit oiseau de Vénus; et si j'ai

(pielque jour besoin de toi, n'oublie pas le bien que je te

fais.

Page 1