‹ La morale; ou, la philosophie des moeursChapitre 1 sur 30 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

La Philosophie delà religion demande, comme complément naturel, la Philosophie des mœurs. Une critique hienveillante Ta dit avec toute l'autorité de la science : Taffinité de ces deux études est évidente et chacune d'elles est incomplète sans l'autre.

Je n'ai donc pas besoin d'insister sur ce point. Mais il est peut être utile, dans l'état actuel de la pensée publique, de dire un mot sur le rang que la morale doit y occuper.

A ne regarder que les apparences, la morale, objet d'hommages unanimes au sein de toutes les nations, n'a rien à désirer : elle est la plus indépendante, la plus inattaquable de toutes les sciences ; nul ne peut se la soumettre, nul se soustraire à son autorité.

Cependant les deux plus grandes puissances qui régnent sur la pensée générale montrent de temps à autre, plus clairement qu'il ne le faudrait peutêtre, le peu de portée de cette appréciation, plus fastueuse, ce semble, que réelle.

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au contraire, leurs défaillances. Celles-ci tuent le goût des études morales; elles flétrissent les âmes et leur ôtcût avec Télé vation la pureté. Je crois Tavoir démontré dans Touvrage que j'ai consacré à cette question: De Vaffaiblissemtnt des idées et des études morales dans ce siècle.

En effet, les systèmes négatifs et Tabsence de puissantes convictions, religieuses ou politiques, énervent les esprits, tandis que les fortes convictions, même erronées, ou excessives, leur donnent une trempe propre aux grands labeurs et aux sacrifices sublimes, ces vrais maîtres de la science des mœurs. J'en veux pour témoins les plus beaux systèmes de morale et les plus grands actes de vertus nés ensemble et se donnant la main au milieu des plus rudes épreuves.

Cela étant, la vraie mission de la philosopbie pour la science des mœurs n'est pas tant, ce semble, de prétendre lui assurer une place plus importante dans l'opinion, en lui attribuant, par exemple, la première dans ses classifications, que de mettre, par l'élévation de ses principes, en un jour plus éclatant sou affinité, je veux dire son identité d'origine avec la religion, et son hégémonie légitime, sa suprématie d'autorité à l'égard de la politique.

Cette mission essentielle accomplie — et pour la remplir il ne s'agit que de faire de la science pure et vraie, de prendre la morale à sa source — il en est une qui paraît un peu secondaire, mais qui, dans le fond, se rattache à la première et même la complète : c'est d'effacer de l'opinion, au sujet la morale, quelques erreurs qui, pour n'être plus dignes de ce siècle, ne l'en dominent pas moins, et qu'il appartient à la phi-

En effet, la religion, qui dit franchement la morale sa fille, la traite systématiquement comme telle, et jointe la prétention de lui avoir donné le jour celle de la former selon ses fins et de l'établir dans le monde selon ses vues, sans trop d'égards pour ses droits ou ses cris : ses droits sont qualifiés de rationalisme, quand ils sont trop hardis, — de naturalisme, dès qu'ils sont trop vifs.

La politique, quand elle est bien inspirée, se déclare la fille de la morale, cela est vrai ; mais elle la traite à son tour comme la traite la reUgion. Et dans ses moments d'humeur, elle en taxe les leçons les plus pures de délicatesses, de raffinements auxquels l'amour de la science peut avoir raison de tenir dans la sphère de l'abstraction, mais dont il faut savoir s'affranchir dans le monde des réalités, celui des ajffaires. A ce point de vue, les nations elles-mêmes, si pleines de respect pour les principes dans les rapports publics et leurs paroles ostensibles, procèdent, le cas échéant, avec de singulières restrictions et d'étranges licences dans les plus grands actes.

C'est là un fait trop ordinaire pour que je m'arrête à le relever, et j'aidii le signaler plus d'une fois dans «L'histoire des doctrines morales et politiquesdes trois derniers siècles, n Or, il ne se conçoit pas de démentis plus cruels que ces coups portés par la rehgion ou la politique à la saine doctrine, et rien ne paraît plus légitime que de s'élever, au nom de la morale, contre les envahissements de la rehgion et l'omnipotence de la pohtique. On doit considérer, toutefois, que ce n'est pas la trop grande vigueur de l'une ou de l'autre, soit leur étut d'usurpation, soit leur despotisme, qui font le plus de mal à la science des mœurs; que ce sont.-

au contraire, leurs défaillances. Celles-ci tuent le goût des études morales; elles flétrissent les âmes et leur ôtent avec l'élévation la pureté. Je crois Tavoir démontré dans l'ouvrage que j'ai consacré à cette question: De Vaffaiblissement des idées et des études morales dans ce siècle.

En effet, les systèmes négatifs et l'absence de puissantes convictions, religieuses ou politiques, énervent les esprits, tandis que les fortes convictions, même erronées, ou excessives, leur donnent une trempe propre aux grands labeurs et aux sacrifices sublimes, ces vrais maîtres de la science des mœurs. J'en veux pour témoins les plus beaux systèmes de morale et les plus grands actes de vertus nés ensemble et se donnant la main au milieu des plus rudes épreuves.

Cela étant, la vraie mission de la philosophie pour la science des mœurs n'est pas tant, ce semble, de prétendre lui assurer une place plus importante dans l'opinion, en lui attribuant, par exemple, la première dans ses classifications, que de mettre, par l'élévation de ses principes, en un jour plus éclatant son affinité, je veux dire son identité d'origine avec la religion, et son hégémonie légitime, sa suprématie d'autorité à l'égard de la politique.

Cette mission essentielle accomplie — et pour la remplir il ne s'agit que de faire de la science pure et vraie, de prendre la morale à sa source — il en est une qui parait un peu secondaire, mais qui, dans le fond, se rattache à la première et même la complète : c'est d'effacer de l'opinion, au sujet la morale, quelques erreurs qui, pour n'être plus dignes de ce siècle, ne l'en dominent pas moins, et qu'il appartient à la phi-

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