Ibid., II
426 t>A MORALE.
<( Après avoir abandonné son cadavre à la terre, les parents du défunt s'éloignent ; mais la vertu accompagne son âme '... »
La morale pratique trouve également dans Manou les plus beaux préceptes. Charité, humanité, sincérité, humilité, sontrecommandées sans cesse dans les termes les plus nobles et les plus délicats, a Celui qui est doux et patient atteindra le ciel par la charité ^... On ne doit jamais nuire à autrui, ni même en avoir la pensée ^ » Voilà pour la charité. Quant à la sincérité, peut-on en parier plus noblement que dans ' les paroles suivantes : a Celui qui donne aux gens de bien sur lui-même des renseignements contraires à la vérité est l'être le plus criminel : il s'approprie par un vol un caractère qui n'est pas le sien... C'est la parole qui fixe toutes les choses, c'est la parole qui est la base de la société... Le fourbe qui la dérobe, dérobe toutes choses * ?» Aussi l'hypocrisie est-elle flétrie dans les termes les plus énergiques : a Celui qui étale l'étendard de la vertu , qui est toujours avide, qui emploie la fraude..., a le caractère du chat ^. » (( Le Dcvidja, aux yeux baissés, d'un naturel pervers, affectant l'apparence de la vertu, est dit avoir les manièresd'un héron ^ Tout acte pieux, fait par hypocrisie, va aux Râkchasas. )) La fausse piété, lapiétépharisienne qui s'étale avec ostentation, est condamnée par ces mots qui
1, Lois de M3qoii, iv, 240,
2, IbkL, IV, 246.
3, Ibid., II, IGl.
4„ Ibid., IV, 255-56.
5„ Ibid., IV, 195.
6. Ibid., IV, 196. On ne voit pas trop pourquoi le pauvre héron ost pris ici comme symbole de l'hypocrite.
î*appellent ceux de l'Évangile : « Qu'un homme ne soit pas fier de ses austérités ; après avoir sacrifié, qu'il ne profère pas de mensonge ; après avoir fait un don, qu'il n'aille pas le prôner partout.» On remarquera enfin que dans ce pays de mysticisme et de pratiques ascétiques, la dévotion est mise après la morale, a Que le sage, est-il dit, observe constamment les devoirs moraux avec plus d'attention encore que les devoirs pieux ; celui qui néglige les devoirs moraux déchoit, même lorsqu'il observe tous les devoirs pieux *. »
Toutes les classes de la société peuvent trouver dans les lois de Manou leurs devoirs fixés avec précision, et ces devoirs sont aussi bien applicables à l'Occident qu'à l'Orient. Yoici les devoirs des rois : « Que le roi soit sévère et doux, suivant les circonstances. » — u Un roi qui punit les innocents et épargne les coupables va en enfer. )> — > « Qu'un roi, quelque pauvre qu'il puisse être, ne s'empare pas de ce qu'il ne doit pas prendre ^. » Voici les devoirs des guerriers : « Un guerrier ne doit jamais, dans une action, employer contre ses ennemis d'armes perfides, de flèches empoisonnées ^. Qu'il ne frappe ni un ennemi à terre, ni celui qui demande merci, ni celui qui dit : Je suis ton prisonnier..., ni un homme endormi, ni celui qui est désarmé, ni celui qui est aux prises avec un autre. » N'oubliez pas que cette sorte de droit des gens indien est de plusieurs siècles antérieur au christianisme, et vous en reconnaîtrez la beauté. Voici les devoirs des juges ; « Lot
i. Lois de Manou, iv, 204.