CHAPITRE II
La Morale individuelle.*
L'existence d'un devoir individuel et celle d'un devoir interindividuel ont été déduites d'un principe supérieur commun, mais ces devoirs se déduisent aussi l'un de l'autre, l'accomplissement du premier rendant possible celui du second, et inversement. De plus, les parties maîtresses de tous deux, du premier surtout, ont apparu avec toute la précision souhaitable dès que nous avons appliqué notre définition du bien au cas particulier de cet univers: nous n'avons pu finir notre Morale théorique sans anticiper sur la Morale pratique, ce dont nous avons conclu que la première, en dépit de son début si abstrait, n'avait rien de chimérique.
Nous pouvons donc être plus bref sur le devoir individuel que nous ne le devrions être si ce dernier Livre était isolé ; les moindres manuels contiennent d'ailleurs à ce sujet des développements qui sont connus de tout le monde, et il est manifeste que nous pourrions transcrire à peu près tout ce qu'ils renferment pour le rattacher à notre Philosophie morale. Aussi nous contentons-nous ici de compléter, au moyen de raisons tirées du parti pris général de cet ouvrage, la doctrine du devoir individuel qui s'en dégage ; et de faire à certains principes que l'on en pourrait dégager trop légèrement, et qui seraient faux, des restrictions en harmonie avec les idées maîtresses qui nous ont guidé.