‹ La morale socialeChapitre 12 sur 60 · XII BENOIT MALON · texte numérisé non relu

XII BENOIT MALON

« Je salue et touche une terre de liberté ! » Ces mots lui. sourdent de la bouche comme ils jaillirent en l'autre siècle de celle de Jean-Jacques, à peu près sur le même sol, entre deux montagnes. En paix, à Genève, il subsistera, ce banni, mais comment et de quoi? Comme il pourra, d'une besogne manuelle quelconque. Allons, courage, exilé! Labor omniavincit improbus.

Successivement vannier, typographe, fardelier, il mange et boit, mais ne dort point. Toutes ses études forcément négligées pendant la bataille sociale l'ont sollicité derechef. Il achève alors son instruction, et, quand il possède bien l'orthographe, la syntaxe, la langue, il prône avec sa plume les idées généreuses pour lesquelles il a combattu le fusil au poing. En Suisse, en Italie, il se plonge avec amour, avec passion, dans les œuvres sinon abstruses, du moins abstraites des physiocrates et des économistes, Adam Smith, Quesnay, J.-B. Say, Malthus, Ricardo, Mac, Culloch, Dunoyer, Rossi, Filangieri, Romagnosi- Verri, Beccaria, Michel Chevalier, Bastiat, Joseph Garnier, en même temps que les sociologues Saint- Simon, Fourier, Louis Blanc, Pierre Leroux, Cabet, Desamy, Proudhon, Considérant, Pecqueur, Vidal, Karl Marx, Robert Owen, Lassalle, Tourreil, Fauvety et J.-S. Mill, son auteur de prédilection, l'initient tour à tour aux œuvres de la science, et lui révèlent tous leurs secrets, et le voilà si bien ferré désormais sur les questions qui le préoccupent et l'absorbent qu'il nous offre coup sur coup : en 1 87 1 , la Troisième Défaite du Prolétariat français; en 1872, Exposé des Écoles socialistes françaises et l'Internationale, son

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