BENOIT MALON XI
un jour de malheur », ces paysans des Gaules, ces serfs, ces esclaves embrigadés sabrent, fusillent et mitraillent imbécilement tous ceux qui voulaient les faire libres, hélas ! leurs frères de la capitale hier décapitalisée, en cendres aujourd'hui. Tout tombe dans un chaos incandescent et sanglant de chairs et de boue. Ah ! c'est fini ! Les soldats citoyens échappés aux bourreaux de Galiffet et de Vinoy sont dispersés et, si Pyat respire, Delescluse n'est plus. S'arrachant à regret et le dernier de son poste de combat, le maire de Batignolles, membre de la Commune, rencontre les troupes fumantes qui viennent d'égorger son héroïque ami Varlin. Elles ne le reconnaissent point, bien qu'il leur soit signalé. Calme, imperturbable, ayant fait le sacrifice de sa vie, il passe à travers leurs rangs ; il est passé, sauvé peut-être. Une femme, mère de l'un de ses compagnons d'armes, lui propose un asile qu'il accepte. Hélas ! chacun a peur de son ombre pendant cette terreur bleue et blanche, et lui, le rouge, est expulsé de sa retraite, le lendemain, et presque livré. La mort ne voulait pas de lui. Traqué, harcelé, serré de près, il est recueilli par une intrépide citoyenne qui le conduit chez elle, et là, son. mari, vieillard austère et sculpteur renommé, lui parle ainsi : « Qui que vous soyez, vous êtes ici le bienvenu, puisque vous êtes l'une des victimes du monstre qui triomphe aujourd'hui sur les ruines de Paris et déshonore l'humanité. » Six semaines environ le proscrit résida chez ce cœur auquel sont bien dus les hommages de tout philanthrope digne de ce nom, et, lorsqu'il quitta son refuge et la ville saccagée, le fils de son hôte l'obligea à prendre son propre passe-port et sa bourse. Enfin, ayant franchi la frontière, il s'écrie :