BENOIT MALON XV
des campagnes du Centre, oui, lui, très humble passereau qui n'alla jamais à l'École mutuelle et que les paons, ou plutôt les geais du Sénat et de la Chambre regardaient du haut de leur arrogante nullité quand il se campa de par la volonté du Peuple souverain au milieu d'eux; c'est lui, de qui personne n'eût attendu tel cadeau, c'est lui qu'il faut remercier de ce livre superbe qui sera tôt ou tard l'une des Bibles, sinon la Bible des déshérités...
Ah ! si j'avais votreburin,Bracquemond; votre pinceau, Duran ; votre pointe, Rops ; votre ciseau, Rodin ; ah ! comme je graverais, comme je brosserais, comme je sculpterais l'image de cet ouvrier, de ce penseur, de ce poète, oui, de ce poète de votre caste, la basse, et dont la débauche n'a pas infirmé l'esprit, desséché le cœur, appauvri les muscles et les chairs ; il est plus beau vraiment avec sa face rougeaude et long poilue, avec ses épaules de portefaix ; il le fut, et se glorifie de l'avoir été, certes ! avec ses yeux doux et fins, son allure paysanne et faubourienne à la fois, et sa tête d'apôtre bon garçon, que tous les chlorotiques de la haute ou de la moyenne qui papillonnent autour de vous, chers amis, pour que vous daigniez les magnifier sur une feuille de papier de Hollande ou de Japon, sur quelque peu d'étoffe, sur une plaque de cuivre ou dans un bloc de marbre.
Il se soucie bien d'avoir sa statue ou son portrait sur toile ou sur vélin, lui, là-bas, en sa maisonnette de Chatou, lui qui, tandis que les politiciens de 1870, ses anciens collègues, enrichis par leurs intrigues et leurs apostasies, ne s'efforcent qu'à répandre leurs dernières gouttes de sperme dans la vulve des catins ; lui qui, loin de singer ces lazzaroni des lettres, des arts,